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5 février 2021 5 05 /02 /février /2021 11:35

Quand on a un peu, comme moi, pratiqué l’archéologie, on est attentif à certains indices qui peuvent révéler des traces d’anciennes activités humaines.

C’est ainsi que, survolant grâce au site Géoportail une section de la vallée de l’Arnon, j’ai remarqué, au nord du village de Saint-Baudel toute une série de taches sombres dans les cultures au voisinage du bois de Toux. De diamètres sensiblement identiques et assez régulièrement espacées, ces traces m’ont évoqué quelques bribes de mon histoire familiale, quand les hommes de la région allaient gagner leur pain en produisant une denrée recherchée alors: le charbon de bois.

A partir d’outils très simples et facilement accessibles sur internet, on peut reconstituer sommairement le socle d’une histoire qui remonte à la Révolution industrielle.

La carte d’Etat-major note au milieu du XIXe siècle l’existence de trois forges entre Mareuil-sur-Arnon et Saint-Baudel.

Au début du XXe siècle, au moins deux d’entre elles sont en ruine. D’anciennes cartes postales les montrent très délabrées.

Il est connu que les sols du Berry ont été riches en fer. Le minerai, de qualité, était extrait à faible profondeur. La castine était disponible à peu de frais. Le charbon de terre, produit par les mines de la région de Montluçon, circulait en Berry, chargé sur des péniches qui circulaient sur le canal dit «de Berry». A chaque fois que celui-ci se vide pour des réparations ou suite à une sècheresse, on trouve dans son lit des quantités de morceaux de ce charbon tombé des bateaux.

Or, le canal passe très loin de la vallée de l’Arnon, et ne pouvait approvisionner les petites forges rurales, qui ont du se tourner vers une denrée moins calorigène mais bien plus locale: le charbon de bois.

Sa production était assurée par une profession ingrate, les charbonniers, ou charbounniers, dans le langage régional. Ceux du Berry ne sont pas différents de partout ailleurs en France et en Europe. Comme leurs homologues d’autres régions, il coupent de petites perches de bois qu’ils réunissent en meules.

Certains arrivent à en écorcer une partie pour vendre leur récolte à des moulins à tan, qui alimentent les nombreuses tanneries de la région. La meule, couverte de mottes de terre, est ensuite mis à feu pour une combustion lente et surveillée de près par les charbonniers.

Une fois la meule éteinte et refroidie, commence le dur ensachage du charbon de bois dans des sacs livrés en charrettes à cheval. Les brindilles charbonneuses trop petites pour être ramassées ne se décomposent pas et restent sur place. Il arrive qu’on trouve en forêt des reliefs d’anciennes meules truffés de restes de charbon. C’est ce charbon qui forme ces taches sombres qui apparaissent sur les clichés satellite.

Si les petites forges ont périclité face à la concurrence des grandes usines qui utilisaient du charbon de terre, plus efficace, la production de charbon des forêts s’est maintenue après la deuxième Guerre mondiale, souvent pour approvisionner les villes dont beaucoup d’habitants se chauffaient avec des petits fourneaux à charbon de bois. De grandes cuves de fer, dont on trouve encore parfois des vestiges, ont en partie remplacé les meules de bois et de terre. La production a même mis à mal des hectares de bois. Des parcelles apparentes sur des photographies aériennes des années 50 sont aujourd’hui en culture. C’est souvent sur ces surfaces qu’on retrouve les stigmates du passage des anciens charbounniers.

 

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27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 18:28

 

C’est une question que je me pose depuis que, à quelques centaines de mètres au sud de Meslon, a disparu le panneau ci-dessus, pour être remplacé par le panneau ci-dessous.

 

 

Au moins souhaite t-on toujours la bienvenue au voyageur. C’est toujours ça. Ce qui hérisse mon individu tout entier dévoué à la Culture de sa région, c’est la stérilisation (ou l’intention d’y parvenir un jour) d’une valeur chère à beaucoup d’habitants des départements alentours: l’identité régionale.

Peu importe qu’on se ressente Marchois, Nivernais, Berrichon ou Bourbonnais, il existe par ici des sensibilités qui restent vives et qui n’ont rien à voir avec les obsessions identitaires cultivant l’héritage d’un ancien maréchal porté au pouvoir par la défaite de 1940.

Régulièrement, au cours de mes conférences, je rencontre un public attaché à l’histoire de son terroir, fier de son passé et curieux de l’explorer. Certains de mes auditeurs se réclament du Berry, du Bourbonnais, de l’Auvergne quelquefois, sans aucune obsession souverainiste.

Or, comme on peut le déplorer sur la seconde illustration, la sémantique officielle fait désormais litière des repères historiques (ou pseudo-historiques - Meslon a été en Bourbonnais pendant plusieurs siècles) et géographiques. Disparus les mots Berry, Marche et Boischaut, et le village stylisé (une certaine affiche "Force tranquille" ayant fait recette en 1981 aurait-elle encore un effet urticant sur certaines mémoires?). Le concepteur du panneau actuel a voulu, je suppose, faire preuve de modernité, parlant du cœur de la France, symbolisé par un énorme cœur jaune piqué dans une sorte de cible, évacuant les repères passéistes.

Je sais. Le mot Berry est trompeur. Les internautes anglo-saxons qui passent par les moteurs de recherche ordinaires arrivent plus sur des pages à la gloire de Chuck Berry ou de la strawberry que sur celles de Bourges ou Châteauroux. La France, vue sous la forme d’un jeu de fléchettes ou d’un carton de tir sur un stand de fête foraine, ça relègue la bonne vieille carte routière au rang d’antiquité, alors qu’un visuel tout droit sorti de l’univers des jeux sur écran, ça fait, je suppose, bien plus moderne.

 

© Olivier Trotignon 2020

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 00:22

 

Les habitués de mes blogs et les auditeurs de mes conférences savent tout l’intérêt que je porte à l’ancien prieuré fontevriste d’Orsan, dans le Cher. Aujourd’hui, c’est un témoignage exceptionnel du pillage que connu ce monastère en 1569 qui mérite d’être étudié, indirect, certes, mais de source paysanne, et, à ma connaissance, inédit.

Replaçons nous dans le contexte de l’époque. Une partie de ce qui deviendra des siècles plus tard le département du Cher est traversé par une armée protestante commandée par Wolfgang de Zweibrücken, plus connu sous le titre de duc des Deux-Ponts. Les exactions au passage des soldats sont nombreuses : fermes, hameaux, moulins sont ravagés par la troupe qui s’acharne sur les populations. Le petit prieuré d’Orsan, près du Châtelet, fut pillé comme moult autres endroits, et c’est un témoignage de cet évènement dramatique qui fut relaté, bien des années plus tard, dans des circonstances sans lien direct avec les guerres de religion.

En 1669, s’ouvrit une enquête à Orsan pour faire le point sur des marques de dévotion populaire à l’égard d’une relique très particulière : le cœur du bienheureux Robert d’Arbrissel, fondateur de l’Ordre de Fontevrault et du prieuré d’Orsan, décédé en ses murs au début du XIIe siècle. La relique, conservée dans la chapelle priorale sous une pyramide, attirait en effet de très nombreux fidèles.

Parmi les habitants de toutes classes sociales venus spontanément témoigner se présenta un certain Martin Allegret, laboureur, demeurant au bourg d’Orsan et âgé de quarante ans. Ce paysan vint raconter, après avoir juré sur les Saints Evangiles, les faits suivants : « feu son père Blaise Allegret aussi laboureur demeurant audit village d’Orsan mort depuis quinze ans à l’âge de quatre-vingt-dix-huit-ans en son bon sens lui a recommandé plusieurs fois dans sa vie et particulièrement à l’heure de sa mort la dévotion d’aller à l’église d’Orsan et de se mettre en prière du coté de monsieur Saint-Cœur ». Il ajoute que son père « le frappoit quand il y manquoit apportant pour raison que de ce coté là il y avoit force et vertu particulière pour guérir des fièvres et de plusieurs autres maladies ».

C’est la suite du récit qui est très intéressante car il précise que «  ledit feu son père avoit vu les hérétiques de l’armée de monsieur lavédan ? duc de pont ruiner ladite église y mettant leurs chevaux et leur faisant l’autel de mangeoires et ne sestant contentez d’avoir jeté les images de saint Jacques et saint Eutrope dans le feu qui en sortoit sans lésion et qui subsistoit encore il y a environ douze ans et d’avoir traisné l’image de sainte Anne avec des cordes jusque dans la forest la flagellant par mépris avec outrance qui se néanmoins se retrouvoit toujours sur l’autel de sa chapelle, un soldat voulant avec une pièce de bois démolir la dite pyramide y donna un coup sur la pointe où il y avoit pour lors une teste de figure d’homme qu’il rompit et incontinant ledit soldat devint tout estropiat sans remuer bras ni jambe et tout incensé lequel ne put guarir qu’au préalable il ne se rendit catholique dans le même lieu et pour ceci quitta la compagnie ce qui fut la cause que sondit père lui recommanda tant la dévotion de ce lieu ».

Que penser de ce récit ? L’âge de Blaise Allegret semble suspect. Qu’un paysan atteigne les quatre-vingt-dix-huit-ans avec toute sa tête et, surtout, connaissant son âge exact a de quoi étonner mais est peut-être en soi une première forme de miracle et aucun des confronts présents lors de la déclaration du fils n’élève d’objection. Si on fait le calcul, Blaise Allegret serait né en 1556 et aurait eu treize ans au passage des Protestants. Ce détail a son importance, car il expliquerait qu’il a pu entrer dans les bâtiments du monastère, les soldats ne faisant pas attention à un gosse furetant dans leur campement. On apprend ainsi que la chapelle avait été utilisée comme écurie et que les statues ont été dégradées. Le paysan utilise le mot « image » pour désigner les statues de bois et de pierre. Ce terme est employé à Saint-Amand-Montrond à la même époque pour qualifier une statue représentant la Vierge dans le couvent des Carmes. Une auberge accueillant les pèlerins portait le nom d’ « hôtel de l’Image ».

Plusieurs faits surnaturels se produisirent : les statues de bois que le feu ne put entamer, la statue de sainte Anne traînée dans un bois voisin pour y être fustigée - là, l’intention des profanateurs nous échappe – et qui retrouve sa place et surtout ce reître qui, tentant de fracturer la pyramide-reliquaire, fut frappé de paralysie et ne fut soulagé qu’en embrassant la foi catholique, ce qui l’obligea à déserter ou, en tout cas, à abandonner l’armée du duc de Deux-Ponts.

Comme pour tout récit sans recoupement possible, cette histoire doit être lue avec les précautions d’usage. Le témoin était adolescent au moment des faits et sa mémoire a pu, beaucoup plus tard, ajouter et surtout oublier beaucoup de détails. Les précisions sur la chapelle transformée en écurie sont crédibles, comme le saccage de la statuaire fontevriste. La statue de sainte Anne a sans doute été retrouvée et ramenée sur son socle après le départ des pillards. Les cas d’hérétiques, d’idolâtres ou de païens guéris après leur conversion sont connus depuis le haut Moyen-Âge dans la littérature religieuse. Là, ce qui étonne, c’est que la source soit la parole d’un petit paysan berrichon.

 

 

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 21:55

Cet article a été publié pour la première fois en 2012 dans le trimestriel Berry magazine, trimestriel disparu depuis plusieurs années. N'ayant jamais été dédommagé pour mon travail, et n'étant référencé nulle part, je fais profiter de son contenu les lecteur du Livre de Meslon. Merci à toutes et tous, et bonne lecture!

 

 

Bien au delà de leur coté pittoresque, auquel sont surtout sensibles les gens qui ne les fréquentent pas souvent, les cafés de campagne sont un des emblèmes de la vie dans les zones rurales. Leur disparition révèle les mutations silencieuses d’un espace et d’une société bouleversés par de nouveaux modes de vie.

 

Nous nous arrêtions parfois dans ce minuscule café juste en face du cimetière dans ce hameau quelque part entre le Châtelet et Châteaumeillant. La patronne, une petite femme qui avait largement dépassé l’âge de prendre sa retraite, était toujours là, derrière son comptoir, sur son haut tabouret. Pour la déranger le moins possible, nous nous servions nous même, allant chercher les bouteilles de vin blanc et de limonade dans leur casier. Avant de repartir, nous ramenions verres et bouteilles derrière le bar et passions même un coup d’éponge sur la table de bakélite. Elle rendait la monnaie, un merci d’une voix fatiguée, et le carillon de la porte vitrée a tinté, un jour, une dernière fois.

Personne n’a repris le débit de boisson après elle. Comme des centaines d’autres en campagne, mais aussi en ville, surtout dans des quartiers qui s’organisaient comme des petits villages, ce bar a disparu. Quelquefois, les propriétaires n’ont pas eu le courage d’aller retirer les vieilles enseignes lumineuses et ont presque tout laissé en l’état. Le plus souvent, le petit café a été transformé en appartement, et il faut avoir l’œil exercé à repérer des détails comme des espaces pour garer les charrettes, des jardinières en ciment, des portes à impostes, des anneaux pour attacher les chevaux ou un vestige d’urinoir en plein air pour identifier ces lieux qui ont eu leur vie propre pendant des dizaines d’années avant de devenir des bâtisses ordinaires ou de tomber en ruine.

 

Le poids des lois

 

L’opinion généralement admise pour expliquer le peu d’enthousiasme des jeunes à devenir à leur tour cafetiers vise la sévérité des lois sans cesse durcies pour lutter contre les fléaux engendrés par l’intempérance de certains consommateurs. Depuis 1959, lorsqu’est reconnue pour la première fois l’infraction de conduite en état d’ivresse, le législateur a sans cesse réduit la tolérance des juges à l’égard de la boisson. De 1,2 grammes d’alcool par litre de sang acceptés pour un conducteur dans les années 70, on passe progressivement de 0,8 à 0,5. Les appareils de mesure du taux d’alcoolémie brandis par les forces de l’ordre sont aussi beaucoup plus précis que les premiers alcootests des années 60. Ces mesures ont eu des effets spectaculaires sur la diminution du nombre d’accidents sur les routes, et ont dissuadé nombre de consommateurs de s’arrêter boire un verre avant de rentrer chez eux. La reconnaissance de la responsabilité du débitant de boisson qui n’aura pas su empêcher un auteur d’accident de s’alcooliser avant de prendre la route fait peser sur le métier un risque que beaucoup de commerçants n’ont pas le cœur d’assumer. L’alcool n’est pas seule cible des parlementaires. Le tabac, désormais interdit à l’intérieur des lieux publics, faisait partie des habitudes des clients. On n’oubliera pas que beaucoup de cafés de campagne assuraient une petite activité de restauration. Dans la cuisine familiale se préparaient les repas pour des ouvriers en déplacement, des chasseurs ou les clubs sportifs. Non loin d’Avord, une mairie avait conclu avec le bistrot du village un contrat qui avait permis de sauver l’école communale. Une pièce était ouverte pour les enfants de l’école et le café faisait cantine scolaire à midi. Devenus intraitables sur les problèmes d’hygiène, les services sanitaires ont imposé des mises au normes inaccessibles pour trop de petits restaurateurs occasionnels.

 

Ces motifs, objectifs, ne suffisent pas à expliquer la constante érosion du nombre de cafés dans les villages. Indépendamment des rigueurs de la Loi, ce sont les bouleversements du rythme de vie dans les espaces ruraux qui ont fait le plus de mal à la profession. Les plus anciens se souviennent des tournées électorales, lorsque que le bistrot servait de lieu de débat entre les futurs députés et leur électorat. Bien des maires s’y sont fait élire en payant à boire à leurs concitoyens. On raconte aussi ces soirées enfiévrées, lorsque les clubs sportifs et les amicales de village y tenaient leurs réunions, les tables en fer à cheval autour du poêle à mazout. A y regarder de près, le café était le seul endroit laïque de la commune disponible pour des assemblées publiques. Les propriétaires s’occupaient de tout, ce qui simplifiait bien des choses, et étaient payés de leur peine par le montant des consommations. Maintenant, l’incontournable salle des fêtes communale s’est substituée aux arrières salles décorées de publicités en tôle émaillée et de cartes postales, et les républicains s’assemblent désormais sous les néons anonymes des salles polyvalentes quand revient le temps des élections.

La clientèle elle-même a changée. La campagne, dans les écarts comme dans les villages, est aujourd’hui peuplée par des familles dont les parents travaillent à la ville, et circulent en voiture, ramenant des supermarchés tout le nécessaire au fonctionnement de la maison dans leur coffre. Il reste parmi ces gens des ouvriers, bien moins nombreux qu’il y a encore une trentaine d’années, quand les entreprises locales embauchaient encore une masse de salariés dont tous n’habitaient pas en ville et tous n’avaient pas le permis de conduire. On s’en souvient peu, mais des gens faisaient des kilomètres en vélo ou en cyclomoteur avant de se présenter à leur atelier ou sur leur chantier, et tous retournaient par le même chemin le soir. Pour certains, personne ne les attendait chez eux, et personne n’avait chauffé la maison avant leur retour. Toute cette population connaissait par cœur les étapes indispensables avant d’arriver à bon port, où parfois les verres de blanc étaient déjà sur le comptoir avant que retentisse le grelot de l’entrée. Au café, on trouvait de la chaleur, matérielle et humaine, la boisson qui récompensait de sa journée de labeur, les sourires de la patronne, une des seules femmes proches qu’on avait dans sa vie, les paquets de cigarettes ou de tabac à rouler qu’on glissait dans sa poche, parfois le repas qu’on allait ranger dans les sacoches avant de rentrer chez soi. On se souvient encore de ces cyclistes ivres passant la nuit à dormir dans un fossé, que le voisins ou parfois les gendarmes relevaient le matin quand personne ne s’était soucié d’eux avant. Le café était le lieu de vie de toutes ces existences solitaires, et c’est avec les transformations du monde du travail que leur déclin a été scellé. 

 

Un monde ouvrier en mutation

 

Il y a des cas extrêmes, comme celui des mariniers, qui trouvaient, tout le long des canaux, des débits de boissons qui n’avaient quelquefois qu’eux comme clientèle. Passées les dernières péniches, de minuscules cafés, perdus dans des lieux devenus déserts par la force des choses, ont été rapidement condamnés. Il y a surtout ces cas plus ordinaires de toutes ces professions manuelles qui ont perdu leur personnel pour une foule de raisons. La mécanisation a éliminé, dans les usines et dans les fermes, des postes d’ouvriers peu qualifiés, la concurrence a fait fermer des petites fabriques, des produits n’ont pas résisté à l’évolution des technologies... autant de raisons de licencier des gens qui avaient fait leur vie dans une entreprise de terrassement, une brasserie, une usine de cannes à pêche en bambou. Les outils de travail sont aussi devenus plus exigeants. Alors qu’à une époque, pour certains, la consommation d’alcool n’était pas un obstacle pour accomplir une tâche manuelle, et qu’un ou deux litres de vin étaient toujours à portée de main dans la musette, il est devenu impossible de ne pas rester à jeun quand on travaille sur des postes engageant la sécurité des installations et des personnels. Les salariés, en secteur rural, vont presque tous au travail en voiture ou en moto. Les pauses au bistrot avant d’embaucher n’ont plus leur place dans cette nouvelle relation au travail.

 

Les changements dans les mentalités

 

Si la peur du gendarme ou du chef d’équipe participe à l’extinction de traditions qui, quoique souvent jugées pittoresques par les bons vivants, entraînaient aussi leur lot de malheurs dans les familles, les bouleversements culturels enregistrés en deux générations ont aussi leur part de responsabilités dans la disparition des bars ruraux.

Qu’on soit croyant ou mécréant, il y avait une relation étroite entre les cérémonies religieuses et les comptoirs autour des lieux de culte. Des cafetiers achetaient le journal parfois juste pour connaître les horaires des enterrements, qui contribuaient invariablement à augmenter leur chiffre d’affaire. L’effondrement du nombre des curés et des messes en campagne n’a fait que précéder celui de la population des débitants de boissons.

Les manières de s’amuser ont changé elles aussi. Le café était souvent le lieu où on trouvait des machines à sous, l’incontournable baby-foot, plus rarement un billard, toujours des jeux de cartes. Les jeux électroniques individuels ont envahi l’espace domestique, les deux boutons latéraux des flippers ont été surclassés par les manettes de consoles et autres joysticks.

L’alcool lui-même ne se consomme plus de la même façon qu’avant. Il suffit de jeter un œil sur le contenu de certaines bennes à collecter le verre ou d’observer une sortie de supermarché le samedi soir dans l’heure qui précède la fermeture pour constater que les volumes absorbés ne sont pas en franche diminution. L’alcoolisation se produit moins dans un lieu public au milieu d’étrangers mais de manière plus privée, dans la cellule familiale ou amicale. Il n’est pas sûr que la santé générale de la population en tire le moindre bénéfice. Certains évoquent enfin une forme subtile de puritanisme, qui stigmatiserait la clientèle des cafés populaires, masculine, volontiers machiste, bruyante, dépensière et facilement alcoolisée, mais cette opprobre pèse aussi sur les clients des bars de ville. Toutes ces raisons, plus ou moins objectives, concourent à compliquer la transmission des licences IV au moment où les débitants âgés cherchent des repreneurs pour leurs fonds de commerce. Beaucoup de rideaux se baissent définitivement, condamnant un peu plus les centre-bourgs à l’immobilité. Il n’est pas inintéressant de faire le parallèle entre certains résultats électoraux et la disparition du café du village, comme si une partie de la population, isolée chez elle et privée d’un lieu où exprimer ses idées, penchait au moment des élections dans le sens des extrêmes.

 

photo Guillaume Ledoux

La jeunesse en renfort

 

On pourrait, à la lecture de ce bilan, être tenté de se résigner à voir un jour les cafetiers ruraux rejoindre la longue liste, comme les sabotiers ou les charrons, des métiers condamnés par l’évolution de la société. Or, chacun a observé, au hasard de ses déplacements dans la campagne, des cafés qui donnent l’apparence d’être tout sauf moribonds, dans des villages importants, certes, mais aussi dans des bourgs minuscules sans autre activité quotidienne que l’ouverture d‘un secrétariat de mairie ou le passage d’un bus scolaire. Tous ces établissements ne sont pas proches d’une zone touristique remarquable ou d’une grande route générant un flux de visiteurs suffisant pour assurer leur pérennité.

Les clients y trouvent donc autre chose qui les amène à consommer et, en matière d’offre, on se rend vite compte que parmi les cafetiers qui résistent, nombreux sont ceux qui ont su répondre aux besoins des habitués et attirer chez eux une clientèle urbaine. C’est ainsi qu’aux traditionnels dépôts de pain, de journaux, de colis postaux, à la vente de tabac, de jeux à gratter, de timbres destinés aux gens du voisinage, les propriétaires cherchent à se forger une réputation qui dépasse les limites de la commune. Bouche-à-oreille, affichettes, messages sur le réseaux sociaux font la réclame de soirées à thème, gastronomie, jeux, chansons, musique, qui seront la sortie que cherche une clientèle en quête d’évasion de fin de semaine. La présence d’une télévision à grand écran, d’un produit rare sur la carte des boissons, d’un parking pour les consommateurs ajoute autant d’arguments pour donner envie au public de se déplacer.

Ces bars qui ont su se plier aux nouvelles règles de la société sans pour autant renier ce qui a fait vivre tant de leurs prédécesseurs sont un gisement d’emplois pour des jeunes formés aux métiers de la restauration ou du commerce, et il n’est pas anodin de remarquer que la presse locale se fait régulièrement l’écho de l’arrivée d’une nouvelle famille dans un village pour reprendre un pas de porte libéré par le départ en retraite de ses derniers gérants. Ces endroits ne sentent plus le poêle à mazout, le tabac gris, la soupe aux légumes et le vin en tonneaux. Une vie différente les anime, on espère pour longtemps.

 

O. Trotignon, novembre 2012

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 16:43

Cet article a été publié pour la première fois en 2012 dans le trimestriel Berry magazine, trimestriel disparu depuis plusieurs années. N'ayant jamais été dédommagé pour mon travail, et n'étant référencé nulle part, je fais profiter de son contenu les lecteur du Livre de Meslon. Merci à toutes et tous, et bonne lecture!

 

 Depuis des décennies, il n’est pas rare qu’on retrouve, à l’occasion d’une promenade, d’une partie de pêche, ou d’une sortie nature, des traces du passé historique et préhistorique de la région sur les bords du Cher.

 

Sables mouvants

 

Les gens qui connaissent bien la rivière vous le diront: le Cher n’est pas le long fleuve tranquille qu’on pourrait imaginer. Outre ses crues parfois torrentielles en période de fortes pluies, cette rivière a connu jusqu’aux années 80 des bouleversements d’origine humaine qui ont déstabilisé son écosystème. L’autorisation accordée à des sablières de prélever des granulats dans le lit même du cours d’eau s’est traduite par une soustraction d’un volume considérable de sables et graviers au fond de fosses qui se comblaient naturellement en attirant vers elles des sédiments apportés par le courant. Le plancher de la rivière s’est creusé, plaçant plusieurs ponts en situation de péril. Des pans de berge, sapés par le surcreusement, se sont effondrés. Des bancs de sable se sont déplacés. La topographie du fleuve a connu une évolution si rapide que les habitués observaient parfois des dépôts de graviers saisonniers, repartis vers l’aval à la première montée des eaux.

Dans un tel contexte d’instabilité des matériaux composant le lit du Cher, des quantités très importantes de graviers ont été brassées. Dans les sablières, les tamis criblaient les granulats livrés aux entreprises de maçonnerie et de travaux publics.

Toutes les conditions étaient réunies pour que les archéologues amateurs trouvent leur bonheur sur les plages et les tas de cailloux des gravières.

 

Un livre d’histoire en plein-air

 

Aucun archéologue expérimenté n’accordera jamais la même valeur aux objets récoltés au bord d’une rivière qu’à ceux exhumés lors d’une fouille programmée ou de sauvetage. Dans une fouille, les niveaux explorés sont généralement en place. Chaque trace du passé est prélevée et repérée sur un plan. Dans la prospection de surface, la recherche se fait au hasard et dépend beaucoup de la compétence et de la motivation, voire de l’acuité visuelle du chercheur. On espère le bel objet, celui qui prendra place dans une collection. Le reste est la plupart du temps négligé, faute d’intérêt ou tout simplement de place pour entreposer chez soi tout le produit de ses ramassages qui peut, au bout de quelques saisons, se révéler encombrant.

La période-phare des prospections de surface est la préhistoire. Depuis l’arrivée de l’Homme en Europe, des groupes de chasseurs nomades, puis, à la fin de la période, d’agriculteurs, ont fréquenté la vallée. Dans les périodes les plus froides, les hommes préhistoriques ont trouvé sur les berges du Cher du bois, des animaux à chasser et à pêcher, ainsi que de l’eau sous forme liquide, sous la croûte de glace qui couvrait la rivière.

Dans les périodes tempérées, ces avantages restaient appréciés. Les terrains meubles et sableux étaient plus faciles à cultiver que les plateaux et les collines, à la terre plus lourde et caillouteuse. Pensons aussi qu’à toutes les périodes, une rivière a servi de point de repère immuable dans un paysage de steppe ou de forêt sans reliefs flagrants. Bien qu’on soit très peu renseigné sur cette question, on estime que des petites embarcations ont pu circuler dès la fin de la préhistoire, aidant à acheminer des matières rares et indispensables comme le silex, presque absent à l’état naturel dans toute la haute vallée du Cher.

A partir de l’Antiquité, et jusqu’à la Révolution industrielle, la rivière devient un précieux auxiliaire pour l’économie régionale. Des barques y circulent, évitant des moulins et des pêcheries. On croise sur ses berges des chasseurs et des pêcheurs dont les droits sont fixés par des textes médiévaux, mais aussi tout un peuple d’artisans. On vient laver des peaux, tirer du sable pour les constructions, on y met à tremper des bouquets de chanvre pour débarrasser ses fibres de la cellulose (ce qui dégage une odeur repoussante). Des ports, modestes, mais attestés très tôt par les textes, s’y organisent et des barques aident, contre le paiement d’un droit, les voyageurs à traverser le cours d’eau. Alors que les canaux se creusent et que bientôt vont retentir les premiers coups de sifflet des locomotives à vapeur, le charbon de Commentry descend le Cher en gabares à destination des forges de Tronçais.

Chaque période a laissé des traces, sous forme de pierres taillées et d’éléments métalliques, mais aussi, et c’est plus rare, de morceaux de bois ayant appartenu à des embarcations, des ponts ou des sites d’activités hydrauliques.

 

Le musée de sable

 

Que peut-on vraiment espérer trouver lors d’une promenade au bord de la rivière? Chaque prospecteur échafaude son propre musée imaginaire, qu’il cherche à réaliser grâce au temps qu’il consacre à sa passion.

Une des vedettes de la prospection à vue n’est pas une pièce archéologique, mais de faune glaciaire. Quelques molaires de mammouth ont été ramassées au hasard des alluvions. Plus résistantes que l’ensemble du squelette, et sans aucun intérêt pratique pour les hommes préhistoriques dans l’hypothèse qu’ils aient été d’une manière ou d’une autre liés à la mort de l’animal, les dents se conservent bien en milieu humide. Leur préservation exige en conséquence un séchage lent et progressif qui peut durer plusieurs mois. D’autres traces de faune -cerfs, rennes, ours ou rhinocéros - doivent certainement exister, mais sont difficiles à reconnaître parmi les graviers.

On peut ensuite rechercher des objets très anciens, conçus pour des mains pré-humaines. Ces artefacts, en général peu spectaculaires, se présentent sous forme de petits galets brisés sur des surfaces dures pour dégager un tranchant. On parle de galets aménagés, en général associés à l’hommo erectus, mais nul n’ose proposer de datation en l’absence de fouilles scientifiques. La seule chose dont on soit certain, c’est qu’ils ont été produits ou utilisés très localement, comme le reste du mobilier préhistorique.

 

Dépassée cette époque d’outillage très fruste, les objets s’affinent et sont conçus selon des modèles connus partout en Europe. Ils sont de bons révélateurs des différentes périodes de la préhistoire, mais nul, pour les raisons précédemment décrites, ne se hasardera à proposer une datation pointue. On trouve ainsi des bifaces dont les formes peuvent être très soignées, surtout par les hommes de Neandertal, des lames de silex, produites en grandes quantités à partir de la dernière glaciation, des armes, comme des éléments de harpon ou de sagaie, ou des armatures de flèche. Un outillage spécifique à des activités domestiques ou agricoles peut être classé selon les besoins des hommes de la préhistoire comme le travail de l’os et du cuir, la récolte de végétaux, l’abattage d’arbres, la préparation de farine. Ces résidus d’outils - beaucoup des silex qu’on trouve sont des rebuts en fin de vie, et il manque toujours les manches végétaux qui servaient à les manipuler - sont assez faciles à reconnaître et identifier. Exceptionnellement, des éléments de parure sont signalés.

Si tout le monde est bien d’accord sur le peu d’intérêt scientifique que représentent ces ramassages, ils demeurent un indicateur indispensable pour mesurer l’importance de la circulation du silex d’une région à l’autre, certains secteurs du Berry en étant complètement dépourvus. Venues de Touraine ou du Massif central, certaines roches servent de bornes sur la route des importations de matière première préhistorique.

D’autres pierres façonnées attirent l’œil de l’historien, cette fois. Ainsi relève t-on la présence de meules de moulins gallo-romains et médiévaux, d’ ancres de barques, de poids de filets, de morceaux de sarcophages, de stèles romaines, souvent associés à un site archéologique connu mais parfois sont révélateurs de lieux d’occupation humaine inédits.

Les métaux représentent une très faible part des découvertes des prospecteurs de surface, en partie à cause de leur grande rareté -ferreux ou non, ils étaient souvent récupérés pour être transformés ou refondus-, en partie à cause de leur densité, qui favoriserait leur enfouissement profond dans les sables, en partie aussi à cause de l’intervention en ce domaine des chercheurs équipés de détecteurs de métaux, milieu très discret qui communique peu sur ses découvertes. Quoi qu’il en soit, les anciens prospecteurs à vue, bien avant l’arrivée de la détection électronique, trouvaient déjà peu d’objets de métal. On note dans les collections publiques quelques belles haches et épées de bronze, de très rares monnaies (difficile à voir au milieu du gravier) et quelques armes comme ce casque de soldat anglais daté de la Guerre de 100 ans contenant un crâne humain trouvé dans une sablière et conservé au musée de Saint-Amand-Montrond.

 

Quand la recherche scientifique s’en mêle

 

 

Depuis quelques années, on observe une passionnante évolution des méthodes de recherche. Partant de l’exploration à vue et sans instruments, des archéologues cherchent des vestiges d’une autre nature, principalement des traces de pieux de bois fichés dans le plancher de la rivière. Ces éléments ligneux peuvent être proches de dépôts artificiels de pierres, de restes de meules ou de tuiles. Quand un site semble prometteur, ces chercheurs, en majorité des amateurs, avec leur propre matériel et avec l’aval des autorités compétentes, reviennent sur place avec des équipements de plongée subaquatique. Le fond du Cher est alors scruté, presque centimètre par centimètre, jusqu’à des profondeurs de plus de deux mètres. Éprouvante à cause du froid et du poids des tenues - plusieurs dizaines de kilos - cette exploration méthodique donne des résultats exceptionnels pour des périodes qui vont de l’époque gauloise au bas-Moyen-âge. Moulins, pêcheries, gués, ponts -on espère un jour des épaves- s’inscrivent ainsi sur la longue liste des sites archéologiques nouvellement répertoriés, et les données recueillies, principalement les datations par carbone 14, peuvent être croisées avec des sources documentaires fournies par les fonds d’archives régionaux.

 

Nul ne sait s’il existe dans le fond du Cher des trésors comme on en imagine parfois mais il est certain que dans plusieurs générations, si nos successeurs s’intéressent encore à l’archéologie, il restera assez à découvrir pour donner envie aux curieux de la préhistoire et de l’histoire d’aller se pencher sur les grèves de la rivière, en quête de ces témoignages du passé des populations qui nous ont précédés.

  

© O.Trotignon 2012

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 18:52

 

Il y a encore quelques années, les observations de cigognes dans la vallée du Cher étaient assez rares. Il m’était bien arrivé d’apercevoir quelques individus pendant des périodes de migration. Ces animaux étaient toujours isolés, dans des prés ou des labours.
Le printemps 2018 a été exceptionnel en matière d’observation de ces migrateurs.
Complètement par hasard, j’ai repéré, en mars, trois sujets posés dans un champ tout près du pont de Meslon. La chance a voulu que ces oiseaux restent assez longtemps statiques pour que j’ai le temps d’aller chercher un appareil photo.
Prises avec un petit boitier numérique, ces photos sont de médiocre qualité mais donnent quand même une bonne idée de cette rencontre.

 

Quelques semaines plus tôt, en fin d’après-midi et par une lumière déclinante, ce sont cinq cigognes, mélangées à des hérons et aigrettes, qui chassaient dans un pré proche du bourg de Coust. Méfiantes, ces bêtes ont été difficiles à approcher, et se sont envolées très vite.

 

Depuis, j’ai pu, au mois de juillet, observer deux cigognes sur les bords du Cher, entre Meaulne et Epineuil-le-Fleuriel et, plus récemment, ce qui semble être un nid, à confirmer, toujours près du Cher mais plus au sud, dans l’Allier, près de Nassigny.

 

© Olivier Trotignon 2018

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 12:00

mozaïque

 

Voici sans doute le document littéraire le plus ancien qu'on possède sur la région de Charenton. Si l'archéologie et des découvertes fortuites ont prouvé depuis longtemps que les vallées de la Marmande et de l'Auron ont connu des phases d'occupation depuis l'Antiquité (aucune fouille n'a encore démontré la permanence des habitats sur de longues périodes), le cartulaire de l'ancienne abbaye Saint-Sulpice de Bourges conserve la copie d'un acte daté de l'an 818.
Le texte est assez bref et, bien entendu, rédigé dans un latin qui n'a rien de "cuisine", comme certains latinistes l'affirment parfois avec un mépris hautain envers ces millions de chartes écrites après la décadence de Rome. La langue et les formules diplomatiques sont justes conformes aux usages du temps, ce qui est un gage d'authenticité précieux pour le lecteur.
Deux hommes, Goricbodus et son fils Wuibodus affirment détenir des terres dans le pagus berrichon, dans la viguerie de Charenton, sur la rivière Utrionis (l'Auron), dans un lieu nommé Canivas (autrement écrit Canavas, dans des textes postérieurs). Il s'agit très probablement du nom ancien de Cogny, paroisse dont le territoire était riverain de l'Auron, à faible distance de Charenton.
Nous observons deux noms propres à un seul élément, à consonance germanique, ce qui ne signifie pas qu'il s'agisse de descendants de barbares de l'époque précédente, mais plus de gens baptisés selon les codes de leur temps. Le plus intéressant du texte n'est pas la position, incertaine, de la terre exploitée par les deux hommes, mais plutôt la certitude acquise de la présence d'un grand domaine administré par l'autorité carolingienne à Charenton, ancêtre ou, au minimum, prédécesseur probable de la seigneurie qui s'y développe à partir du XIe siècle.
Le texte, publié dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, édition de 1912, grâce à l'archiviste Louis de Kersers, peut être facilement trouvé, avec un peu de méthode, sur la base Gallica.

© Olivier Trotignon 2015

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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 19:19

ex voto

 

Je constate depuis plusieurs années l'intérêt du public de la vallée du Cher pour l'histoire et le patrimoine de la région. Comme il m'est difficile, pour des raisons liées à la rédaction de ma thèse, d'écrire dans les mois à venir de nouvelles conférences, j'ai décidé de rafraîchir un thème soutenu il y a plusieurs années à l'invitation du regretté Office de tourisme de Vesdun, et qui avait réuni un public très nombreux.
J'avais proposé une relecture du site gallo-romain de Drevant à la lumière de ce que nous connaissons sur les croyances et les pratiques religieuses de la société gallo-romaine. L'argumentaire, reposant sur un croisement de sources historiques et archéologiques, avait permis de proposer une vision plus spirituelle que matérielle -pourtant la plus en vue depuis le XIXe siècle- de la fonction de ce site majeur qu'est Drevant.
Je relance donc cette conférence, qui sera offerte à mes amis du CASA, en hommage à leur travail sincère et désintéressé en faveur de l'éducation universelle, à la fin du mois de juin 2015. Elle sera disponible pour les associations, comités d'entreprise ou établissements scolaires dès le printemps.
Contact et conditions en messages privés sur Berrymedieval#yahoo.fr (remplacer le # par @, pour éviter les spams).

© Olivier Trotignon 2015

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 09:37

Cher-moutons

 

Mes amis archéologues, botanistes et spécialistes de la faune sauvage vous le diront: le Cher est un espace à l’abandon. Hormis ces passionnés et quelques pêcheurs, de plus en plus rares, la rivière n’attire plus grand monde. Parfois un camp de nomades s’y fixe quelques mois, des abrutis viennent y vidanger en pleine nature leurs bolides, un bricoleur du dimanche, de temps à autre, en profite pour charger une remorque de gravier, quelques jeunes s’y réunissent la nuit en été autour d’un feu de saule, cette rivière n’attire plus grand monde.
Si on se plonge un siècle en arrière, on découvre une situation fort différente. La rivière fait alors partie du tissu économique local, comme auxiliaire, ou au contraire comme obstacle, aux activités quotidiennes. Remarquons tout d’abord cette femme âgée qui fait paître ses moutons juste à coté de l’actuel pont entre Saint-Amand-Montrond et Orval. La berge est soigneusement tondue, preuve que les animaux y ont passé du temps.
On peut supposer que comme beaucoup d’autres éleveurs de l’époque, la bergère profite de droits d’usage collectifs, souvent appelés “communaux” dans les campagnes, dont tout un chacun pouvait user à sa guise, sans payer de droits de location. Cet accès public avait le mérite d’entretenir les rives, aujourd’hui en partie envahies par la végétation faute d’entretien.

 

Cher-linge

 

Moins pollué qu’aujourd’hui, mais pollué quand même par les industries et le rouissage du chanvre en amont, le Cher accueille les femmes venues laver leur linge près du confluent avec la Marmande. Cette photographie tirée des collections municipales de Saint-Amand illustre indirectement le contenu d’une communication présentée il y a un an ou deux par mon correspondant et archéologue subaquatique m. Patrick Defay, relative aux tanneries saint-amandoises. Ce chercheur a retrouvé de nombreuses traces laissées par le traitement des peaux au bord de la petite rivière à l’époque où la photographie a été prise. La qualité de l’eau ayant à souffrir de cette industrie, elle ne permettait pas d’y laver le linge. On remarque que toutes les lavandières ont apporté leur lessive juste avant le point de confluence, là où l’eau est encore acceptable. D’autres, utilisant l’eau de la Marmande pour les mêmes fins, s’installaient toutes en amont du quartier des tanneurs, et jamais en aval.

 

Cher-bac

 

Obstacle pour le passage des gens et des bêtes, le Cher était franchi par endroit par des bacs dont les origines pouvaient remonter à l’ancien Régime, voire au Moyen-âge.
Celui de la Roche fut remplacé par une petite passerelle très pratique pour les piétons et cyclistes qui gagnaient grâce à elle un temps précieux entre leur domicile et le quartier du canal. La crue de 1977 a balayé ce pont, que nul n’a jugé utile ensuite de reconstruire.

© Olivier Trotignon 2014

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13 septembre 2014 6 13 /09 /septembre /2014 09:59

st-Pierre1


L’histoire m’avait été racontée il y a longtemps. Vers le début du XXe siècle, le clocher de l’église romane de Saint-Pierre-les-Etieux, dans le Cher, aurait été l’objet d’un important remaniement. Cet épisode de la vie de cette petite commune trouve sa confirmation dans l’iconographie contemporaine.

 

st-Pierre2

 

La vallée de la Marmande est une zone dans laquelle les bâtisseurs d’églises de la période romane ont suivi un modèle particulier de clochers latéraux et l’ont appliqué à Coust, Colombiers, Charenton et Saint-Pierre. Cette disposition architecturale leur a permis de construire des ouvrages plus hauts que l’aurait permis une élévation au dessus de la nef de ces sanctuaires de dimensions modestes, le poids de la maçonnerie étant supporté par le sol naturel et non pas par les murs des églises.

 

st-Pierre3

 

A une date inconnue, il semble que le clocher de l’église de Saint-Pierre ait commencé à présenter des signes de faiblesse, amenant la mairie à prendre une décision radicale: raser une partie de la tour. Le haut clocher fut donc réduit de presque de moitié, ramenant l’ensemble à des proportions beaucoup plus modeste. Hormis la haute toiture de pierre et les clochetons latéraux, c’est un étage entier qui fut mis à terre.
Dans un deuxième temps, un toit ordinaire fut construit et couvert de tuiles mécaniques sans doute produites par la grande tuilerie de Charenton, toute proche.
Si cette démolition a fortement amputé un monument qui rivalisait avec l’église voisine de Charenton, elle n’a pas pour autant défiguré le site, dont la silhouette se rapproche de beaucoup de petites églises du Poitou, dont l’art a fortement imprégné les bâtisseurs romans berrichons.

 

st-Pierre4

 

Pour l’anecdote, il apparaît que les belles pierres du clocher de Saint-Pierre sont encore sur la commune, réduites à l’état de moellons d’un mur de soutènement d’un terrain bâti, dans le hameau des Vivons, à trois kms environ de leur emplacement initial.

© Olivier Trotignon 2014

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Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
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