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5 août 2014 2 05 /08 /août /2014 09:17

Charenton

 

Ceci est un document rarement exploité qui provient de la riche collection de vues dessinées par Claude Chastillon lors de son séjour en Berry, fin XVIe ou début XVIIe, qui représente, vue du sud, la ville de Charenton.
Sur ce dessin, Charenton garde une partie de son aspect primitif médiéval. La ville ancienne est ceinte d’une muraille défendue par peut-être une dizaine de tours de défense dont une majorité crénelées. Un fossé alimenté par les eaux de la Marmande baigne une partie du pied des fortifications, le reste étant protégé par le cours de la rivière.
La disproportion de l’église montre qu’il s’agissait sans doute du seul bâtiment remarquable de la cité, l’abbaye bénédictine en les murs occupant un volume visuel moindre. Des faubourgs accueillent, à l’est, la population que les murs ne peuvent abriter.
Une demeure plus raffinée que le reste des habitations attire le regard au premier plan. Il s’agit du château cité dans la légende, franchement séparé de l’ancienne motte féodale du XIe siècle. Il ne reste plus de vestiges vraiment lisibles de cette résidence seigneuriale dont le style évoque la fin du Moyen-âge ou la Renaissance, avec ses fenêtres à meneaux.
La légende mérite quelques commentaires. Claude Chastillon, curieusement, parle ici de “Païs de Berry”, alors que Charenton appartenait à l’espace Bourbonnais”. L’erreur s’explique facilement si on se souvient que ce topographe a beaucoup travaillé sur des places berrichonnes pas très éloignées de Charenton. Le croquis de Charenton date certainement du même voyage qui le conduisit entre autres à Culan. Pour un étranger aux coutumes locales sans doute traité comme un hôte d’exception, la nuance entre les deux duchés (auxquels certains aujourd’hui s’acharnent à trouver deux identités bien distinctes) n’a certainement pas été perçue. Le dessinateur aura fait la confusion entre les deux espaces plus tard en référençant ses planches.
L’erreur peut aussi s’être produite au moment de la publication, en partie posthume, de ses remarquables travaux.

 

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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 08:25

Peufeilhoux-

 

Il est difficile de placer le château de Peufeilhoux dans une chronologie historique cohérente en l’absence de sources médiévales le concernant. La confusion des styles architecturaux, apparente au premier regard, complique encore l’évaluation du site. S’il paraît difficile de soutenir la thèse d’une fonction militaire antérieure à la Guerre de 100 ans (le château est très à l’écart des voies de communications antiques et médiévales, donc ne pouvait avoir que très peu d’intérêt stratégique), des indices, dont l’authenticité mériterait d’être confirmée, permettent de supposer que la place fut aménagée à la Renaissance pour profiter de la belle situation du plateau, dominant la vallée du Cher et orientée vers les monts d’Auvergne.

 

Peufeilhoux1

 

C’est ainsi que parmi les fenêtres néo-gothiques ont été insérés plusieurs médaillons de verre peint de style Renaissance, qui auraient été trouvés sur place, lors de la reconstruction du logis après de graves désordres de structure liées à la vétusté et au manque d’entretien.

 

Peufeilhoux2

 

Le conditionnel est de mise car, comme l’explique bien l’actuel propriétaire, qui a ouvert pour la première fois Peufeilhoux au grand public pour les journées du Patrimoine 2013, l’un de ses prédécesseurs a acheté des verrières authentiques provenant de l’église de Moulins, et les a fait poser sur plusieurs ouvertures du rez-de-chaussée, en particulier dans la chapelle. Cette donnée complique l’authentification des petits médaillons illustrés comme étant bien originaires de l’endroit.

Peufeilhoux4

 

Peufeilhoux reste un endroit à étudier dans le détail, pour séparer les différentes versions qui circulent sur l’histoire de cette résidence. Existe t-il un lien entre la motte castrale des Ris, visible au bord de la grande route, et authentifiée par mon collègue Michel Guillemain? Contient-il vraiment les pierres de l’ancien château d’Epineuil-le-Fleuriel, ce qui compliquerait encore sa lecture? Est-il complètement isolé sur son puy, ou peut-on discerner des traces d’habitat ou d’aménagements fonctionnels agricoles?

 

Peufeilhoux3

 

En attendant d’éventuelles découvertes à venir, les propriétaires ont promis de prolonger l’expérience des journées du Patrimoine en 2014, occasion à ne pas manquer pour aller se faire soit même sa propre opinion sur cet endroit curieux.

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 09:14

Coust-os1

 

Toutes les communes rurales ont leurs contraintes. A Coust, la priorité a été mise sur l’enfouissement du réseau électrique et le raccordement des foyers du bourg à un système de collecte et d’épuration des eaux usées. Les travaux ont eu lieu au printemps et au début de l’été 2013, et ont affecté une zone archéologique sensible: la place de l’église.
Dans nos régions, les alentours des églises sont traditionnellement des lieux de sépulture. Avant d’être conduits vers des cimetières périphériques non confessionnels, les défunts étaient enterrés, depuis le haut Moyen-âge, au plus près des lieux de culte. Coust ne fait pas exception à la règle.
Je m’étais promis de veiller au grain en cas de menace sur la zone. Plusieurs fois, je me suis déplacé pour jeter un œil aux tranchées dans le village, sans jamais observer quoi que ce soit de nature à appeler les services archéologiques à l’aide. Le secteur de l’église ne semblait pas prêt à être en travaux, puis est arrivé le mois de juin et ses contraintes: période de conseils de classe, d’examens et de tâches administratives auxquelles il n’était pas question de me soustraire, des foins qui ont traîné en longueur à cause de la météo, une grosse conférence à préparer...j’avoue avoir mis la question des travaux de Coust en queue de mes priorités du moment.

 

Coust-os2

 

Le hasard a fait que la pelleteuse a attaqué le secteur sensible juste à ce moment et que personne, ni parmi les villageois ni parmi les personnels de l’entreprise de terrassement, ne semble avoir remarqué que le godet de la pelle mécanique dévastait des tombes. Je l’ignorais moi-même jusqu’à ce que j’aille visiter le chantier où sont stockés les déblais des travaux. Le constat est sans appel: plusieurs tas de terre contiennent une abondance d’ossements humains qui prouve la destruction d’un nombre indéterminé de sépultures.
Je n’ai pas les moyens de proposer autre chose que des observations, en particulier une datation du niveau bouleversé. En surface comme en profondeur (j’ai ratissé la terre sur une dizaine de centimètres), on ne trouve ni céramique, ni perle de chapelet, ni morceaux de sarcophages, juste des os brisés noyés dans un grand volume de terre.

 

Coust-os3

 

Que conclure? Il est certain que si la pelleteuse avait remonté des stèles gallo-romaines, des boucles mérovingiennes ou des bouteilles à eau bénite par dizaines, il y aurait eu de quoi pousser des hurlements. De plus, toute l’aire funéraire n’a pas été dévastée. Il reste, sous le goudron de la place de l’église, sans doute des dizaines de tombes intactes. Il est juste dommage que personne n’ai eu le réflexe, ou tout simplement envie, de passer un coup de fil à la DRAC pour avoir l’avis d’un archéologue professionnel avant d’engager des travaux programmés de si longue date.

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 10:15

soldats-royaux

 

Il n’est pas dans mes habitudes de puiser mes informations dans les traditions et légendes rurales mais, pour une fois, l’une d’elles a des accents familiers qui peuvent être comparés à des situations historiques précises.
Je ne m’étais jamais penché sur des traditions orales supposées remonter aux événements qui ont endeuillés le sud du département du Cher à l’époque de la Fronde jusqu’à ce que, dans le cadre d’une recherche sur un thème plus ancien, des points de comparaison puissent être établis entre du matériel historique et certains contes populaires.
Voici l’affaire: même si la source exacte demeure nébuleuse, on aurait raconté, dans les campagnes berrichonnes et bourbonnaises, des histoires dont l’origine remonterait au siège de Montrond, en 1651/1652. Mal ravitaillées, les troupes royales assiégeant la place auraient improvisé des raids dans les campagnes des environs de Saint-Amand, pillant les fermes et les villages et faisant subir à la population civile toutes les vexations imaginables en ce genre de circonstances. Des recherches sur des sources fiscales et paroissiales ont confirmé la réalité de ces méfaits.
Les paysans se seraient défendus, montant des embuscades meurtrières dont une se serait produite près de la paroisse d’Ineuil, et plus précisément à coté de l’immense étang de Villiers, aujourd’hui asséché. Des soldats de l’armée de Mazarin y auraient été massacrés et leurs cadavres jetés dans l’étang. Illustrée de détails macabres, la légende précise que l’on aurait, longtemps après l’affaire, continué à prendre des brochets monstrueux encore encombrés de débris humains. C’est certainement à ce détail farfelu que l’on doit la pérennité de cette histoire.
Sur la forme, il y a peu à dire sur la crédibilité du récit. Le brochet a sans doute plein de défauts, mais il ignore la nécrophagie, qu’on laissera aux pattes d’animaux charognards bien moins appétissants. De plus, il est difficile à admettre que des paysans puissent avoir jeté des corps dans un lac, le risque étant trop grand qu’ils soient retrouvés par leurs compagnons d’armes et que des représailles s’abattent sur la population. Enfin, la tradition n’était guère à laisser des chrétiens sans sépulture, même s’il s’agissait d’ennemis.
Sur le fond, je relève un parallèle intéressant entre cette légende et le contenu des archives judiciaires de l’époque de la Guerre de 100 ans. On y trouve, en effet, plusieurs récits de meurtres de soudards anglais ou bretons capturés par des habitants du Berry exaspérés par les exactions des troupes ennemies. Presque à chaque fois, sans qu’on ait d’explication claire sur cette pratique, les captifs étaient suppliciés par noyade dans les étangs et les cours d’eau.
Environ deux siècles séparent les deux époques, et, dans une région peu perméable à la modernité, les mêmes réflexes peuvent s’être reproduits. On proposera donc comme probable que des pillards venus du Saint-amandois ont été piégés et capturés par des paroissiens d’Ineuil ou d’une paroisse voisine. Suivant une tradition séculaire, ces hommes ont pu être traînés jusqu’au bord de l’étang de Villiers où ils ont été noyés intentionnellement. Leurs corps doivent encore se trouver quelque part dans une fosse commune, et les brochets ont pu digérer en paix.

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 10:43

Donjon-gravure

 

Je vous propose de découvrir un curieux document en alexandrins découvert en cherchant tout autre chose dans le fonds de la Bibliothèque Nationale. Ce texte pamphlétaire anonyme a été édité à Paris en 1652 et s'intitule: Balades servant à l'histoire des troubles advenus en Berry. Dans ce petit livret de huit feuillets se trouve un poème en rime dédié au siège de la forteresse de Montrond, achevé cette même année.
Ne posant aucun problème de compréhension, j'ai choisi de le recopier en conservant l'orthographe d'origine, qui lui confère une certaine délicatesse.

Ballade sur la reddition de Montrond le 1. Septembre 1652

Qu'on ne s'estonne pas si Montrond capitule,
Ses braves deffenseurs n'en seront point blasmez
Ils ne craignent pas tant les gens du Seigneur Julle,
Mais apres le long-temps qu'on les tient enfermez,
Aprse qu'ils se sont veus au point d'estre affamez,
Et de ne pouvoir plus cette place deffendre,
Après s'estre battus mieux que l'on n'auroit creu,
A l'accodement ils sont contraincts d'entendre,
Enfin le temps à fait ce que Mars n'auroit peu.

La rigueur l'hyver, l'ardente canicule;
La pluye et les brouillards souvent en l'air formez
Donnoient aux assiegeans un espoir ridicule
De voir leurs ennemis de fatigue opprimez:
Les fiudroyans canons, l'effort des gens armez,
Les mines qui mettoient tous les dehors en cendre,
Jamais les assiegez n'ont la confiance esmeu;
Tout le camp fremissoit en les voyant descendre
Enfin le temps à fait ce que Mars n'auroit peu.

Il faut pourtant ceder, c'est en vain qu'on recule,
Ils n'ont pouldre ni plomb, leurs bleds sont consommez,
Le secours vient à tard, sa force est comme nulle,
Et dans lextremité ces frondeurs renommez,
Vont sortir glorieux sans estre desarmez:
S'ils ont versé du sang, ce n'est pas sans le vendre,
Le soldat Mazarin s'en est bien apperceu,
Mais les voila dehors, ne pouvant plus attendre,
Enfin le temps à fait ce que Mars n'auroit peu.

ENVOY A MONSEIGNEUR le Prince.

Prince de qui l'abord eut surpris Alexandre
A la haute valeur Persan(1) peut bien pretendre,
S'il eut un peu plustost secours receu,
Palluau (2) ne l'eut jamais obligé de se rendre
Enfin le temps à fait ce que Mars n'auroit peu.
FIN.

(1) capitaine de la forteresse de Montrond
(2) officier commandant les troupes royales assiégeant le château.


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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 09:08

couleuvrine-décors

 

Je sais les amateurs d'armes anciennes nombreux à rechercher des sources sur l'artillerie médiévale et Renaissance, aussi me paraît-il utile de signaler un objet rare, à défaut d'être exceptionnel, propriété de la ville de Saint-Amand, dans le Cher.

 

couleuvrine

 

Le musée municipal possède en effet un canon de couleuvrine en bronze (l'affût original a disparu) datable de la Renaissance. La pièce est dans un état de conservation exceptionnel, n'ayant pas eu à subir d'exposition aux intempéries. Dernièrement, un lecteur de ce blog m'a communiqué une note non signée rédigée par le département artillerie du musée des Invalides, à Paris, faisant le point sur une couleuvrine privée ayant rejoint les collections publiques. Les informations précises contenues dans ce rapport m'ont permis de mieux apprécier l'intérêt du canon saint-amandois, qui mériterait un examen précis par un spécialiste de l'artillerie ancienne.
On notera tout d'abord le soin avec lequel a été exécutée la pièce. La gueule, la culasse et le renfort sont décorés, en particulier avec un motif qui semble figurer les armoiries du premier propriétaire.

 

couleuvrine-culasse

 

Le pivot, qui reposait sur le berceau de l'affût, n'a pas été fondu avec le fût, mais est en fer soudé au point d'équilibre. Le diamètre de sortie est mesuré à 3,1 cms, ce qui correspond à de très petits boulets plus proches des balles de mousquets que des boulets de fonte de fer signalés un peu partout en France avec des diamètres et des poids bien supérieurs.

 

couleuvrine-pivot

 

Si on suit les conclusions du musée de l'Armée sur un cas similaire, la couleuvrine de Saint-amand ne semble pas signée, ce qui serait l'indice d'une fonte réalisée dans une forge privée non agrée par la royauté pour produire des armes. Ce droit régalien de fondre des pièces d'artillerie a certainement largement été contourné dans les provinces: la région de Saint-Amand comptait au moment des Guerres de religion des dizaines de petites places fortes qui ont été équipées de bouches à feu, ce qui implique un nombre incalculable faute de sources précises mais assurément conséquent de pièces d'artillerie de courte portée dans les armureries châtelaines. L'immense majorité a disparu, victime du recyclage de ce métal rare qu'était le bronze, recherché pour d'autres usages, comme la fabrication de cloches, de médailles et monnaies, mais aussi de canons lourds comme on en trouve sur les champs de bataille jusqu'au Second empire.

 

couleuvrine-gueule

 

La couleuvrine de Saint-Amand mérite à mes yeux une étude dédiée et comparative avec les rares autres pièces appartenant à des collections publiques, comme celle, très belle aussi, du musée d'Issoudun.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 19:28

fresque-Bannegon

 

Parmi les curiosités que réserve au visiteur le château de Bannegon, dans le canton de Charenton du Cher, se trouve une fresque représentant un groupe de cavaliers, d'une facture tout à fait singulière.

 

cavalier1

 

Situé dans une des pièces d'habitation de la demeure, cet ensemble monochrome a été dessiné sur un mur. On y reconnaît plusieurs cavaliers, richement habillés à la mode de l'époque classique dont un, à la selle ornée d'une fleur de lys.
La composition, même si elle reste naïve, est particulièrement soignée. Des détails sur les costumes et sur les brides des chevaux montrent que l'artiste s'est appliqué, même si les proportion des animaux restent sous-dimentionnées.
On remarque un cavalier plus petit que les autres, qui est certainement un enfant.

 

cavalier3

 

N'étant pas formé en histoire de l'Art, je n'avancerai aucune interprétation, mais la fleur de lys suggère une inspiration royale.
J'ai été contraint de saturer les images pour les rendre plus lisibles, faute d'un éclairage adapté. Cela surprendra peut-être des visiteurs ayant eu la chance de visiter ce monument avec une meilleure lumière.

 

cavalier2

 

A découvrir aussi dans ce château, la cheminée sarrasine médiévale, sur le lien suivant:

 

la cheminée sarrasine

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 09:17

borne-5

 

J’attendais depuis plusieurs années les conditions favorables pour faire les photographies qui illustrent ce billet. La fonte partielle de la neige qui a recouvert le sud du département du Cher ces derniers jours a permis d’utiliser une ruse technique bien pratique pour rendre les clichés plus parlants.

 

borne2

 

Pour des raisons que le lecteur comprendra facilement, je ne peux donner l’emplacement précis des bornes qui m’ont attiré hier dans les bois. La taillis où j’ai pris les photographies est une propriété privée et, dans le cas très improbable où le propriétaire lirait un jour ces lignes, je doute qu’il apprécie qu’on fasse de la publicité pour son bien.
L’autre raison est liée à la qualité particulière de certains de mes lecteurs, chercheurs clandestins avant d’être passionnés par l’histoire et le patrimoine, qui épluchent des blogs comme les miens en quête de nouveaux lieux à piller. Ces gens, qui se dissimulent derrière des pseudonymes, ne partagent pas leurs découvertes avec les historiens. Je ne vois pas pourquoi je partagerais les miennes avec eux.

 

borne5

 

Nous dirons donc que ces pierres sont placées dans une forêt de la moitié sud du département du Cher, le long d’un ancien chemin, et présentent un ensemble remarquable de bornes anciennes qui sont peut-être, comme nous le verrons plus loin, les vestiges d’une ancienne limite provinciale.
J’avoue ne pas avoir exploré les bois dans leur intégralité et ne pas savoir le nombre exact des bornes qui restent. Celle ci sont de plusieurs types.
On trouve une pierre de réemploi, un fragment de marche d’un ancien escalier tournant, planté parmi un groupe d’une demi-douzaine de très belles bornes de calcaire et de grès fin. Sur un autre chemin, une petite borne de calcaire marquée du chiffre V semble plus récente et destinée à un bornage cadastral.

 

borne3

 

Les pierres qui composent le lot principal sont gravées en profondeur d’une fleur de lys et de la date de 1735. Le travail est très soigné. Les conditions d’éclairage étant aléatoires (les tableaux ne sont pas tous orientés de la même manière) et plusieurs balises étant envahies par la végétation, j’ai souligné les gravures en remplissant les empreintes avec de la neige, méthode pratique et surtout parfaitement inoffensive pour les vestiges.

 

borne-6

 

Qu’est-ce que de telles bornes peuvent signifier? Une réponse possible m’a été suggérée par un lecteur qui avait remarqué dans la presse locale un article auquel j’avais contribué se rapportant aux limites anciennes entre les duchés du Berry et du Bourbonnais. Ce monsieur avait vu la carte qui illustrait le journal et avait remarqué la présence d’une borne fleurdelisée (que je ne connais pas) dans un autre bois coupé par la frontière entre les deux anciennes provinces. Or, dans le cas qui nous intéresse, la frontière passe dans le secteur où sont plantées les bornes, sans que je dispose d’éléments plus précis, n’étant pas spécialiste  de cette période. On peut donc, sans l’affirmer, penser que le chemin sur lequel sont fichées les pierres du XVIIIe siècle a pu être la limite des deux duchés.

 

borne1

 

Si vous même avez déjà rencontré, lors d’une promenade ou d’une partie de chasse dans la région, de telles marques, n’hésitez pas à m’en informer par mail ou par contact direct via les commentaires de cet article. La localisation précise n’est pas nécessaire mais une photographie serait la bienvenue.

 

 


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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 20:13

boulets de canon, XVIIe siècle

 

Il y a deux ans, j'avais écrit quelques lignes dans ce blog à propos des boulets de canons trouvés lors des terrassements et des fouilles sur la butte du château de Montrond, dans le Cher. Cherchant sur un tout autre sujet, j'ai eu la chance d'isoler un texte tout à fait intéressant ayant un rapport direct avec l'artillerie employée lors du siège de 1651-52.
Il s'agit d'une lettre datée du 20 juillet envoyée par Le Tellier, secrétaire d'état à la Guerre de Louis XIV, au cardinal Mazarin. Le ministre annonce la prochaine arrivée à Compiègne d'un bateau chargé de neuf canons de batterie, deux bâtardes, quatre couleuvrines moyennes, un faucon et deux affûts de canon, le tout venu de Montrond.
La date ne laisse aucun doute sur les circonstances: Turenne, qui se prépare à livrer bataille en Artois contre les troupes espagnoles commandées par le prince de Condé, rassemble en vue de l'affrontement, toute l'artillerie disponible. On peut donc admettre qu'il était resté à Montrond des canons en bon état, qu'on a été cherché on ne sait comment pour les amener jusqu'à la Seine avant de les charger sur une embarcation remontant l'Oise jusqu'à Compiègne. L'ironie de l'histoire veut que les pièces à l'origine en batterie derrière les fortifications condéennes aient été retournées deux ans après contre les troupes de l'ancien propriétaire du château de Montrond.
Les quatre calibres cités: un canon et trois modèles de couleuvrines (moyenne, bâtarde, faucon) sont universels dans les armées de l'époque et sont bien connus des historiens militaires. Le seul problème que je n'ai pas réussi à résoudre est le poids des munitions annoncées, qui correspondent mal aux modèles locaux que j'avais mesurés. Seul le plus petit des boulets que je connaît pourrait avoir été moulé pour le faucon. Les autres s'écartent de plusieurs kilos des poids annoncés. Il faudrait l'avis d'un expert en métallurgie ancienne pour savoir si la qualité des fontes et leur densité pouvaient varier d'une fonderie à l'autre, ce qui expliquerait les différences entre la théorie et la réalité.
Je ne sais pas s'il y a quelque orgueil à en tirer, mais il semblerait que des canons saint-amandois aient servi au roi Louis XIV à gagner la première bataille de son règne...

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 19:59

La-Celette-1

 

Comme un célèbre reptile antédiluvien censé hanter les eaux d'un loch écossais, la question du souterrain-refuge de la Celette émerge parfois dans les conversations. En l'absence totale d'indices sur le terrain, j'ai recherché la relation de la découverte de cette cavité artificielle pour me faire une opinion sur le sujet.
Il faut rechercher dans le rapport d'activité de la Commission historique du département du Cher, daté de 1851. On y trouve consignées les pièces produites pour l'expertise de l'ensemble, en particulier les observations de l'abbé Bérard, qui livre une description détaillée de la cavité et produit un plan relevé in situ.
De toute évidence, ce souterrain a bien existé. La trace de coups de pics, sa géométrie organisée prouvent que les ouvriers qui ont mis au jour complètement par hasard un puits d'entrée n'ont pas ouvert une grotte naturelle, mais, d'une étendue d'une douzaine de mètres, elle n'avait pas les dimensions exagérées qu'on lui prête parfois.
Dès l'annonce de son ouverture, ce sont les savants locaux qui ont été les premiers sur place, un médecin de Saint-Amand et le curé de La Celette. Les berruyers ne se sont pas déplacés, et ont raisonné avec les éléments qu'on leur avait communiqués. Cette distance avec l'événement, même si le rapport d'exploration était particulièrement soigné, mais surtout l'environnement intellectuel et culturel très particulier de cette période ont orienté les conclusions de ces éminents lettrés dans un sens qui perturbe encore aujourd'hui l'objectivité de ce dossier.
On note par exemple que l'hypothèse la plus probable, d'une marnière sans doute assez récente, est rejetée d'un trait de plume. Cette thèse raisonnable ne s'accommode pas avec la culture savante imprégnée de littérature antique. La fosse a beau être creusée dans la marne pure, aucun vestige n'est relevé sur le sol, les prétendues tombes sont vides, La Celette est une minuscule bourgade autour de laquelle on ne trouve presque aucune trace d'occupation humaine, le texte parle d'emblée de souterrain-refuge, emploie le mot crypte et produit comme pièce justificative un plan dessiné à la règle et au compas, qui donne au tracé de l'excavation une régularité démentie par la description elle-même.

 

La-Celette-2-

 

Toutes les interprétations en accord avec la mode du temps sont proposées. Le prêtre voit une nécropole monastique, les savants de Bourges une création du peuple Biturige de l'époque de la conquête de la Gaule, s'appuyant sur l'autorité des récits de César pour avoir le dernier mot.
Nous sommes en 2012. La pratique de l'Histoire et de l'Archéologie ont fait des progrès abyssaux depuis. N'allons surtout pas ironiser sur l'esprit qui animait nos prédécesseurs, ces gens étaient dans la logique de leur temps. Simplement, si le souterrain existe encore, n'a pas été transformé en citerne à lisier et réapparaît un jour, il est plus que probable que les chercheurs n'y trouveront que les vestiges d'une marnière, qui n'est sans doute pas unique en son genre dans le secteur, ouverte pour amender les champs.

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