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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 21:19

loge-exterieur

En 1991, je fus invité par une association à aller découvrir un patrimoine unique et en péril: la probable dernière loge de sabotier du massif forestier de Saint-Plaisir, dans l’Allier. Même si sa situation dépasse largement l’aire géographique couverte en temps ordinaire par ce blog, il me semble utile de publier ici les ultimes traces d’une petite architecture populaire qui appartient désormais au passé.
Avant la loge même,  c’est le souvenir de son propriétaire qui revient en premier. Un pauvre et vieil homme vivant dans une petite locature en lisière de forêt. Cette maison, c’était celle de son père, avec lequel il ne s’était jamais entendu, raison pour la quelle il avait fuit jeune la région pour aller tenter faire sa vie à Rochefort, sur la côte charentaise. Et puis un jour une lettre était arrivée, l’informant de la mort de son père, et que la maison l’attendait, en héritage. Il revint pour ne plus jamais repartir, sombrant dans une triste misère, de celles qui se cachent et qui ne se plaignent jamais. A coté de la maison se trouvait l’ancien atelier de son père, sabotier de son état. Longtemps après sa mort, le minuscule bâtiment était encore là, inattendu témoignage de la vie de ces populations forestières et riche d’une multitude d’enseignements sur leur mode de vie.
Nous tentâmes de convaincre le vieil homme de vendre la cabane. Nous allâmes jusqu’à lui proposer de la démonter complètement, pour en effacer le souvenir. Peine perdue. La loge était tellement attachée au souvenir de ce père haï qu’il préférait encore la voir s’effondrer sur place, ce qui se produisit dans l’année qui suivit notre intervention.

La particularité de cet atelier de sabotier est d’avoir été construit selon une méthode rarissime: le bois empilé. Proche de certaines techniques canadiennes, scandinaves ou slaves, cette méthode employait des troncs d’arbres creusés à leurs extrémités pour accueillir l’étage suivant, et empilés jusqu’à la hauteur désirée. Quelques très rares traces de cette pratique avaient pu être relevées dans le massif de Tronçais, autour du village d’Isle-et-Bardais. En fait, dans le cas étudié, seuls trois pans de la maison étaient en bois, le dernier pignon étant un mur maçonné sur lequel s’appuyait une minuscule cheminée destinée à chauffer l’ensemble avec les chutes de bois produites par la taille des sabots. Dans ce minuscule atelier d’environ cinq mètres carrés se tenaient l’établi et l’outillage du sabotier, presque entièrement pillé bien avant notre visite.

loge-interieur

La couverture de l’ensemble était assurée par des tuiles de bois de taille irrégulière, taillées dans des souches de chênes abattus, et fixées aux lattes de la toiture par des chevilles permettant de retourner la tuile au bout d’un certain temps d’utilisation, par soucis d’économie.

loge-tuiles

L’isolation était assurée par du torchis jointoyant le contact entre les poutres. A part les pentures de la porte, achetées en quincaillerie, tout dans cette loge était indigène, ce qui en faisait un témoignage exceptionnel d’un passé qui ne laisse souvent aucune trace iconographique ou littéraire.

loge-mur-torchis

Le vieil homme est mort, une tempête est passée. Nous sommes retournés sur place plus d’un an après qu’il nous ait signifié son refus de voir la cabane de son père survivre à son souvenir. La maison était fermée, les cendres d’un feu montraient que ses derniers souvenirs avaient été consumés. La loge était effondrée, sans espoir d’en sauvegarder quoique ce soit.
Il reste ces quelques diapositives. Peut-être pourront-elles être utiles aux amateurs de traditions populaires? C’est un pan de notre patrimoine et de notre passé qui a glissé vers l’oubli.

 

loge-fin

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 21:28

Vallon-saules

 

Il me faut, par cet article, corriger la vision que j’avais il y a quelques mois de la reconquête par le castor de la vallée du Cher.
Me basant sur des observations dans la région de Saint-Amand-Montrond, il m’avait semblé que cet animal remontait lentement le Cher vers le sud, se fixant sur certains points de la rivière avant de coloniser des nouveaux secteurs plus en amont.
Une prospection au sud de Vallon-en-Sully, dans le département de l’Allier, a prouvé que le phénomène était beaucoup plus étendu que je le croyais. A quelques centaines de mètres au nord du pont autoroutier qui franchit le Cher se trouvent des indices d’une intense activité de castors: nombreuses brindilles de saule fraîchement coupées et traînées sur la rive, traces de passage physique des animaux, avec empreintes de pattes (les premières que je vois) et troncs de saules coupés depuis plusieurs mois, voire plus d’un an. Nous sommes à plus de 20 kms d’Ainay-le-Vieil, dernier point sur la rivière où j’avais pu constater des preuves de vie de l’animal. Il est donc tout à fait possible que les castors soient présents encore plus près de Montluçon.

Vallon-traces2

Un point commun à toutes ces observations: sur trois sites sur quatre, les marques de passage sont riveraines d’anciennes sablières (Vougon, Cortel et le pont d’autoroute) avec des plans d’eau résiduels. Je n’ai nulle part pu voir d’habitats, ce qui peut indiquer que les castors les ont établi sur les eaux calmes des bras de la rivière ou des étangs laissés par les gravières, à l’écart des berges où ils se nourrissent.

Vallon-traces

Manifestement, l’espèce progresse et c’est un vrai plaisir de savoir que le Cher accueille à nouveau des hôtes disparus depuis des siècles. Je compte profiter des congés de Toussaint pour aller explorer les anciennes sablières de Nassigny, encore plus au sud que Vallon, qui pourraient bien être aussi colonisées par les castors.
A suivre, donc, sur le Livre de Meslon.

 

Vallon-pont

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 10:53

cimetiere-Ainay1

Il serait exagéré de dire que je suis passé là des centaines de fois mais c’est pourtant bien la rue d’Ainay-le-Château que j’emprunte le plus quand mes affaires me conduisent dans cette petite ville et ce n’est que cet été qu’elles ont attiré mon attention, complètement par hasard.
Elles, ce sont cette multitude de petites croix blanches plantées dans le sable ocre du cimetière d’Ainay. J’ai tout de suite associé ce que je venais de découvrir à un cimetière militaire -même rigueur dans l’ordonnancement des sépultures- avant de comprendre qui étaient les malheureux inhumés à part des autres tombes. Je venais tout simplement d’entrer pour la première fois dans le carré réservé aux pensionnaires de la colonie psychiatrique d’Ainay-le-Château.
Ici, on les appelle les bredins -prononcez beurdin- et ils font depuis des dizaines d’années partie du paysage local. On les voyait beaucoup naguère déambuler le dimanche le long des routes du nord de la forêt de Tronçais. Simples d’esprit inoffensifs, ils sont logés dans des familles d’accueil dans les villages et les fermes des alentours. La plupart de ces hommes viennent, je crois, de région parisienne. Je ne m’étais jamais posé la question de savoir ce qu’ils devenaient après leur mort. On en voit des jeunes, des plus âgés, mais après?

cimetiere-Ainay2

C’est dans le cimetière d’Ainay que j’ai trouvé la réponse. Ils sont là, sous des petites croix de béton, leur nom et leur date de décès gravés sur une plaquette de plastique et il n’y a pour grande majorité rien d’autre. Pas une fleur, pas une plaque, pas l’ombre de ce qui pourrait donner l’impression que quelqu’un pense encore à eux, à part la direction de l’hôpital.
Vous me direz que les cimetières sont pleins de tombes à l’abandon mais c’est bien souvent le temps qui passe qui distend les liens avec les gens qui ont disparu alors que là, on a l’impression que ces malheureux étaient déjà oubliés avant de mourir, et que leur enterrement s’est limité à un acte administratif. Dans un monde où le sommet de la gloire individuelle est de collectionner les amis sur Facebook ou de toiser les gens du haut d’un véhicule tout terrain aux vitres fumées, on croise aussi des vies toutes simples, presque transparentes, qui ne laisseront de traces que dans un registre, dans le souvenir d’une famille d’accueil de campagne ou d’un personnel de santé.
Aucune tombe n’a plus de vingt-cinq ans. Au bout d’un quart de siècle, il faut bien laisser la place au suivant.

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 07:59

Drevant-face

Ayant constaté que depuis plusieurs semaines des recherches fréquentes portant sur l'ancien prieuré de Drevant avaient été enregistrées par le compteur de recherches de mon blog principal Berry médiéval, il m'a paru intéressant d'assembler quelques souvenirs personnels de la campagne de fouilles qui permit, en 1974/75, de mettre au jour un certain nombre de vestiges autour de cet édifice roman.
L'origine du prieuré de Drevant remonte au milieu du XIe siècle. Les seigneurs de Charenton, qui dominent les vallées de la Marmande et du Cher, cherchent un lieu pour fonder leur nécropole familiale. Drevant, vieille cité sacrée datant du peuple biturige, a été convertie en lieu de baptême par le clergé dès les premiers temps de la Chrétienté. A l'arrivée des chevaliers de Charenton, ce village les attire tant sur le plan matériel que spirituel: l'amphithéâtre gallo-romain et les ruines alentours fournissent des perspectives de constructions et d'aménagement futurs, et le caractère très religieux de l'endroit semble plus propice qu'ailleurs à la fondation d'une cellule monastique. Deux chantiers majeurs et complémentaires sont ouverts: l'amphithéâtre est converti en forteresse et on élève un prieuré de l'abbaye limousine du Moûtier-d'Ahun sur les ruines d'un ancien bâtiment antique.
Dans les années soixante-dix, l'ensemble a piètre figure. Le prieuré est livré à l'abandon. Une grange lui a été accolée à sa gauche. Le sol de l'ancienne prieurale est en terre battue. L'eau de ravinement lors des fortes pluies d'orage pénètre à l'intérieur et disparaît dans un entonnoir qui reste inexploré à ce jour (peut-être un ancien égout gallo-romain ou une canalisation d'adduction d'eau). La façade a souffert. Un des modillons a été arraché et scellé dans une maçonnerie. On le retrouve lors de la réfection du bâtiment. Un couple décide de se lancer dans l'achat et la restauration de ce qui reste du prieuré de Drevant, avec comme objectif d'en faire une maison d'habitation. La grange est abattue, libérant l'espace pour un futur jardin. L'intérieur est rénové, des ouvertures sont percées pour éclairer l'ancienne chapelle presque aveugle, des canalisations sont prévues pour rendre les lieux habitables et là commencent les premières surprises. Toute une nécropole médiévale est mise à jour et fouillée par l'équipe du professeur Gourverst, alors conservateur du musée de Châteaumeillant. Des sarcophages de calcaire et quelques tombes en pleine terre sont retrouvés dans l'alignement est-ouest du prieuré. Une sépulture se démarque du reste: la dalle funéraire est ornée d'une grande croix pattée et sur sa partie inférieur gît une stèle funéraire romaine, représentant un personnage barbu, effigie symbolisant peut-être le gisant. Une autre dalle ornée de motifs, brisée, est retrouvée. On peut la voir scellée dans le mur nord de l'édifice.

Drevant-dalle
Une autre sépulture intrigue. Devant la multitude de petits objets métalliques -principalement des monnaies romaines- dispersées sur son terrain par les travaux de déblaiement, le propriétaire se procure un détecteur de métaux et entreprend de sonder son terrain. Son appareil lui indique la présence d'une masse de métal à l'intérieur de la chapelle. Un sondage personnel révèle la présence d'un sarcophage dans le sol de celle-ci. Découragé par la perspective de fragiliser les fondations de sa maison, le propriétaire renonce alors à décaisser autour du sarcophage pour en explorer son contenu. Aucun autre sondage n'est effectué pour savoir s'il existait d'autres sépultures, mais il est probable que nous ayons perdu là et pour très longtemps la chance de fouiller la sépulture du fondateur du prieuré ou d'un de ses prieurs. Le sol est aujourd'hui recouvert d'un dallage d'habitation.
Sous le niveau sépulcral médiéval se trouvaient quelques vestiges d'habitation gallo-romaine dont une cave en partie ornée de fresques. Beaucoup de petites monnaies y furent trouvées, de même qu'une lame de hache polie néolithique, objet talismanique ou tout simplement prévu pour servir de briquet, la surface polie de l'objet le rendant plus confortable pour la main qu'un bout de silex brut.
Devant le prieuré et l'église Saint-Julien de Drevant se trouvait de plus l'ancien cimetière du village, matérialisé aujourd'hui par la grande place de l'église. Beaucoup de sépultures de la fin du Moyen-âge s'y  trouvaient et certaines furent fouillées par une équipe du musée Saint-Vic de Saint-Amand.
Un vestige antique assez rare fut relevé juste devant le prieuré. Muni d'un authentique détecteur de mines de l'armée américaine -incapable de saisir une monnaie ou un bijou dans le sol mais calibré pour des grosses masses de métal- un prospecteur non officiel découvrit une canalisation de plomb gallo-romaine au ras de la façade de l'édifice. Le tuyau et la maçonnerie qui l'entourait purent être découpés sans dommage et déposés. Ce bloc est aujourd'hui exposé dans la salle antique du musée de Saint-Amand-Montrond. On signalera aussi, mais cette fois ci trouvée dans des conditions de recherche tout à fait orthodoxes, une petite matrice de sceau de la fin du Moyen-âge en bronze, exposée elle aussi au musée de Saint-Amand.
Il ne m'appartient pas de me substituer aux différents chefs de fouilles qui se succédèrent sur le site au cours de ces quelques années d'exploration du sous-sol. Leurs travaux ont donné lieu à des publications. Par contre, mes propres recherches sur la période médiévale m'ont permis de reconsidérer l'histoire du prieuré de Drevant dans une perspective plus large, et d'aboutir à des conclusions que la génération précédente d'archéologues n'avait pas entrevues.
Le prieuré de Drevant n'a jamais été un lieu mystérieux, ésotérique ou dissimulateur d'une quelconque crypte à secret. C'est un prieuré monastique parmi des dizaines d'autres, appartenant à une abbaye bénédictine éloignée d'une centaine de kilomètres. Son originalité provient du choix des seigneurs de Charenton d'en faire leur lieu d'inhumation principal à l'ombre de leur donjon élevé dans les ruines de l'amphithéâtre, jusqu'à ce que l'un d'eux prenne l'initiative d'aider les Cisterciens à s'implanter à Noirlac. Vers 1150, Drevant est délaissé par les Charenton et leurs proches qui préfèrent dès lors se faire enterrer dans l'abbatiale et le cimetière des moines blancs.
Le prieuré de Drevant retrouve sa fonction ordinaire. Un prieur, et quelques frères, s'y occupent à ordonner les cérémonies quotidiennes et à gérer les biens temporels que les moines du Moûtier d'Ahun possèdent autour de Drevant. Le cimetière continue à accueillir les dépouilles des religieux et des paroissiens. A la Révolution, les biens sont saisis et vendus et le prieuré échappe à la ruine, la solidité de ses murs en faisant une étable sûre pour le bétail. Le XXe siècle lui a rendu sa dignité primitive, à défaut de sa fonction, et je recommande tout particulièrement un arrêt devant sa façade, classée Monuments Historiques, dernier beau vestige médiéval du village de Drevant.

Drevant-detail


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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 12:51

chanvre1

Cannabis. Voilà le dernier mot que je me serais attendu à trouver dans cette charte de 1180. Suivant à la loupe chaque terme du texte original de la vente d’une exploitation agricole de la région de Sancerre dans le dernier tiers du XIIe siècle, j’ai vécu un petit moment de surprise et de perplexité en déchiffrant ce mot, avant, bien entendu, de le replacer dans son contexte. Que l’on ait cultivé du chanvre dans le Berry à l’époque des Croisades est une information qui permet au moins de dater le début d’ un phénomène économique qui se poursuit jusqu’à nos jours, même si sa pratique diffère sensiblement des usages anciens.
Aujourd'hui, le chanvre est cultivé dans des parcelles de plusieurs hectares, récolté mécaniquement comme le lin, et vendu à des filatures qui exploitent la fibre de manière industrielle.
Naguère, et cela jusqu’entre les deux guerres, d’après certains auteurs, les plantations de chanvre occupaient un petit espace dans les jardins paysans, qui le cultivaient essentiellement pour disposer de liens et de petits cordages indispensables à l’exercice de leur profession. Cordes, sacs, pièces de certains vêtements étaient ainsi produits en autarcie dans les domaines agricoles, nobles et rustiques. Une chènevière est par exemple signalée en 1610 dans une métairie dépendant du château de Meslon.
De nombreux témoignages plus récents montrent que dans cette portion de la vallée du Cher située en amont de Saint-amand-Montrond, la culture du chanvre fournissait même un complément de revenus aux agriculteurs qui la pratiquaient, aidés dans leur tâche par la présence de la rivière dans les eaux de laquelle les bottes de chanvre étaient mises à rouir pour débarrasser la fibre textile de la cellulose inutile. Cette opération est curieusement à l’origine des premières pollutions qu’ait connu la rivière, le rouissage du chanvre s’accompagnant d’odeurs pestilentielles pour les riverains, comparables aux relents que dégagent certains purins d’ortie mal dosés par les jardiniers amateurs de légumes biologiques. Une fois retiré de la rivière ou des mares, le chanvre subissait l’étape de l’assouplissement de sa fibre grâce à des instruments identiques à celui photographié ci-dessous.
chanvre2
Par bonheur, la communauté Emmaüs locale mit en vente il y a une vingtaine d’années un lot d’outils récupérés dans une ferme des alentours de la Celette, près d’Ainay-le-Vieil. Parmi les différents objets proposés, cette belle braye à chanvre, réalisée en planches de chêne et n’ayant visiblement jamais servi, fournit une intéressante illustration d’une pratique ancestrale aujourd’hui disparue.

chanvre3

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 19:40

Ainay-canal1

Voici la photographie d’une intéressante initiative permettant d’entretenir à peu de frais le cours de l’ancien canal dit “de” ou “du” Berry dans sa traversée de la commune d’Ainay-le-Vieil, dans le Cher.
Le canal, déclassé dans les années 50 et vendu par parcelles au plus offrant, a connu des fortunes diverses. De Drevant à Urçay, son abandon complet s’est traduit par la fermeture des écluses, son assèchement et même son nivellement dans le secteur de La Perche. Envahi par la végétation, l’ouvrage est devenu méconnaissable. Seul l’ancien chemin de halage permettait encore d’en suivre le tracé.
Depuis quelques années, un regain d’intérêt pour cette ancienne voie de communication a encouragé les municipalités riveraines - Drevant, Colombiers et Ainay- à entretenir non seulement les chemins mais aussi le lit du canal. Sur le parcours allant du pont-canal de la Tranchasse à Drevant, ce sont des broyeurs qui tiennent propre le tracé de ce beau vestige de la première Révolution industrielle.
A Ainay, c’est un choix plus pratique et tout aussi efficace qui a été fait: la municipalité vend l’herbe qui pousse dans le canal à un cultivateur qui y fait du foin. Une coupe annuelle permet d’éviter la prolifération d’espèces ligneuses dont les racines percent la chape d’argile qui servait naguère à l’étanchéité de la voie d’eau. C’est ainsi qu’on a pu voir dans la partie la plus sèche du parcours une longue théorie de balles rondes d’un foin qui semble de bonne qualité.
Dans l’autre section, celle qui va d’Ainay à la Perche, le canal hélas reste à l’abandon. Une forte humidité résiduelle entretient une végétation de marécage incompatible avec une valorisation à des fins agricoles.
D’Ainay-le-Vieil à Saint-Amand, il n’est pas rare de voir des cyclistes, joggeurs ou simples promeneurs qui prouvent l’intérêt qu’il y a pour le public à maintenir le chemin de halage en bon état.

Ainay-canal2section non entretenue du canal

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 19:19

Trudaine-1

 

L’organisation des communications dans la portion de vallée du Cher qui va de Montluçon à Saint-Amand-Montrond a connu quelques importantes évolutions depuis l’Antiquité.
Comme nous l’expliquions dans un précédent article consacré au site cultuel gallo-romain de Drevant, il existe de nombreux indices qui invitent à penser, contrairement à une idée trop facilement reçue, que la voie antique qui desservait la vallée du Cher était tracée sur la rive gauche de la rivière, évitant, comme dans d’autres sites comparables en Gaule, le complexe religieux formé par Drevant. Subissant un quelconque tabou institué par le clergé antérieur à l’invasion romaine, les routes évitaient en effet les sites consacrés aux cultes indigènes. Absentes sur la rive droite de la rivière, les fondations romaines et médiévales se rencontrent régulièrement le long d’un axe menant d’Allichamps, où la voie coupait le Cher, à Montluçon. La rive droite, sans être complètement déserte, parait nettement moins peuplée. Jusqu’au XVIe siècle, les principales foires, comme en témoigne le géographe Nicolas de Nicolaÿ, se tiennent sur la rive gauche du Cher.
Pourtant, Nicolaÿ signale à plusieurs reprise l’existence d’une route, ancêtre de la RN 144, passant par Urçay et Meaulnes, et conduisant de Saint-Amand à Montluçon. Cette voie, nommée “Grand chemin de Saint-Amand à Montluçon”, est bien représentée à la fin de l’Ancien Régime sur l’atlas Trudaine. Si son dessin est fidèle, elle passait à Meslon entre le château et l’étang alimentant le moulin, juste à l’emplacement de l’actuelle route nationale. Elle explique entre autre la présence d’un ancien relais de poste à Urçay, dit “Au lit on dort”, devenu comme partout “Au lion d’or”.

Trudaine2

Ce grand chemin, qui laisse de coté d’anciennes cités comme Ainay-le-Vieil, La Perche, Epineuil ou Vallon, témoigne de la nécessité de relier deux cités de la rive gauche du Cher en plein essor économique, Saint-amand et Montluçon, et de s’affranchir des péages sur le Cher qui compliquaient les communications et alourdissaient la fiscalité locale sur les marchandises.
Le XIXe siècle, avec la Restauration et le Second Empire, a plongé l’ancienne voie romaine dans un oubli presque complet, au point qu’on hésite aujourd’hui sur la situation de son tracé entre Orval et La Perche. Il est curieux de constater que l’autoroute A 71 recopie assez fidèlement le tracé de la première voie qui vit défiler les piétons, cavaliers et véhicules de l’Antiquité jusqu’aux guerre de religion.

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 09:55

 

aigle1

L’affaire se passe en 1979. A l’époque, je faisais encore partie de l’équipe qui s’occupait du déblaiement, (un peu) de la fouille et de la consolidation des ruines du château de Montrond. Les chantiers se déroulaient pendant les vacances scolaires et le site était ouvert à tous vents toute l’année, libre aux gens du cru de venir s’y détendre à tout moment, seuls ou avec quelques bénévoles, sans rien avoir à demander à personne.

C’est ainsi qu’un samedi après-midi, seul sur le site et muni d’un pic et d’une pelle, je poursuivais le déblaiement d’un mur chemisant le pied du donjon de la forteresse. Le chantier de Pâques, quelques temps avant, avait déjà bien entamé ce secteur. Parmi les découvertes notables figurait une splendide tête de griffon, une des plus belles sculptures alors trouvées sur place, qui, une fois lavée et brossée, avait rejoint les vitrines du musée de Saint-Amand-Montrond. 

aigle3

Le remblais, composé de terre rapportée et de déchets de démolition du château, n’était pas à proprement parler une couche archéologique, mais pouvait contenir de très belles pierres de taille utiles pour les restaurations à venir. Les racines des arbres fouillaient profondément la zone et c’est en tentant d’en arracher un rideau qui gênait le front de fouille que je fis dégringoler tout un pan de remblais très meuble, découvrant du même coup, et le terme de stupéfaction est un euphémisme, la silhouette d’un oiseau acéphale aux ailes largement ouvertes, au fond de la tranchée.

Un peu pris au dépourvu, il faut bien l’avouer, par l’importance de la découverte, et incapable de mettre seul la pierre à l’abri, je courrais chercher l’aide de mon camarade J.C.L., alors employé au Musée Saint-Vic, qui téléphona à un journaliste qui vint sur l’heure photographier la bête et donna même un coup de main pour charger la pierre -une quatrième personne ayant proposé son aide entre temps- dans le coffre d’une camionnette. Nous descendîmes l’oiseau au musée pour le mettre en sécurité et surtout vérifier sur place l’idée qui avait germé en voyant la sculpture décapitée: la tête de griffon était-elle celle de notre volatile?

Je me souviens encore du silence respectueux et un peu tendu quand JCL, ayant ouvert la vitrine et rapporté la tête de griffon, l’essaya sur le cou de la statue encore dans la voiture et que pour la première fois depuis des dizaines d’années, l’aigle de Montrond put être vu dans sa totalité par quatre témoins assez émus par l’évènement qu’ils venaient de vivre.

Dans les mois qui suivirent, la tête et différents fragments fragilisés par l’action des racines furent recollés par un artisan local. L’aigle est depuis visible dans la salle d’exposition du musée Saint-Vic et demeure à ce jour la plus belle sculpture découverte dans les ruines de Montrond. Postérité improbable mais hélas ô combien bien réelle, Ie volatile a même été cloné en la figure d’un autre aigle, scellé dans le bassin du jardin du musée, qui pissotte un petit jet d’eau prostatique ravitaillant en oxygène appauvri les quelques poissons rouges de service, initiative d’une prétention sur laquelle je préfère taire mes sentiments.

Il reste que l’aigle de Montrond n’a pas livré tous ses secrets. Son emplacement d’origine nous est totalement inconnu. Placé au dessus d’une porte ou d’une cheminée, il a été déposé par les démolisseurs du XVIIIe ou XIXe siècle, qui ont certainement eu le projet de le revendre ou de le reposer quelque part dans Saint-Amand. Son emplacement -à l’extérieur du donjon, posé proprement sur le sol prêt à être emporté, prouve que les pillards ont changé d’avis et ont décidé de l’abandonner sur place.

S’agit-il, comme on l’affirme avec un certain orgueil, de l’”aigle de Condé”? Objectivement, un prince de sang royal comme le Grand Condé, propriétaire de Montrond jusqu’à la Fronde, se serait-il reconnu dans cette sculpture pataude, œuvre d’un sculpteur local, qui, pauvre homme, n’avait certainement jamais vu un aigle de sa vie? On peut penser que la statue, de facture récente, a dû être commandée, comme d’autres, à un atelier de tailleurs de pierre dont le style d’exécution, à défaut d’être académique, a le mérite de la sincérité. Je laisse au lecteur le soin de l’imaginer là où bon lui semblera, dans cette immense forteresse et résidence princière et l’invite à aller, ou retourner la voir, au musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond.

 

aigle2

 

The Montrond castle's eagle

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 12:19

barbarin1
Qu'on me permette de remercier publiquement un chercheur régional, m. Georges Magnier, animateur de l'association des Amis de la Tour et du Patrimoine de Sainte-Sévère-sur-Indre, pour sa clairvoyance et l'aide qu'il m'a apportée pour l'identification de cette pierre blasonnée trouvée il y a quelques années dans le ruisseau qui passe au pied de notre maison. Sur la partie gauche de l'écu était visible une tête barbue, évoquant sans ambiguité possible la famille Barbarin, propriétaire de Meslon pendant cinq siècles, mais celà n'identifiait ni le titulaire de ces armoiries ni la date de leur composition. C'est aujourd'hui chose faite grâce à la recherche de mon confrère de Sainte-Sévère, à qui j'emprunte, avec son accord, la démonstration suivante:

 

 "Il s'agit d'un écu parti (divisé en deux verticalement), portant en 1 (à gauche) les armoiries de la famille Barbarin (il s'agit d'armes parlantes, une tête d'homme barbu) et en 2 (à droite) les armoiries de la famille de la Ville ("d'argent à la bordure engrêlée de gueules"). Ces dernières armoiries figurent dans l'armorial de H. de Maransange, Dictionnaire des anciennes familles du Berry, t.II, p.214: la famille est attestée dans l'Indre, à Villebuxière, en 1539, et je la trouve aussi à Nouzerines, en Creuse, en 1519.     Or je vois dans le Nobiliaire du Berry de H. Desgranges, t.II, p.246, que Jean Barbarin, écuyer, seigneur de Meslon, a épousé en 1502 Marguerite de la Ville, laquelle était veuve en 1542. C'est donc dans la première moitié du XVIe siècle que cet écu a été réalisé pour le couple, ce qui correspond bien à son style."

barbarin2 


Voici encore une belle démonstration, pour ceux qui pourraient encore en douter, qu'internet est un espace d'échange et de recherche privilégié pour les historiens et archéologues.

Je ne saurais que trop vous recommander une visite sur le lien suivant, avant d'aller flâner dans les rues de Sainte-Sévère lorsque les beaux jours seront propices à la découvertes des vieilles pierres du Berry:

les amis de la Tour de Sainte-Sévère

barbarin3 

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 19:43

silex-pirot
Bien que décriés par les puristes de la Préhistoire, les ramassages de surfaces ont permis une évaluation assez précise de la circulation du silex pressignien dans la vallée du Cher et dans ses alentours.

Le précurseur de cette estimation avait été le regretté professeur Émile Hugoniot, inventeur et directeur des fouilles du Camp de César et longtemps conservateur du musée municipal de Saint-amand-Montrond qui, tirant les enseignements d’un colloque dédié au Néolithique, nous avait, dès 1977, sensibilisé au problème des importations de silex tourangeau dans le sud du Berry, en nous recommandant dès cette époque de tout ramasser, sans nous fixer sur les seules pièces de collection dignes de figurer dans une vitrine de musée.

Le matériel récolté, peu abondant mais assez significatif pour être étudié par mme N. Mallet, présente une typologie assez inattendue.

silex-scie    

La vallée du Cher et les territoires qui l’environnent ont été les lieux de découvertes de quelques belles pièces parmi lesquelles nous relevons des lames de “poignards”, des couteaux à moissonner, ou scies à encoches, des armatures de flèches ou de petites pointes de lances, lames complètes ou fragmentées. Ces outils agricoles et armes de chasse prouvent l’existence d’un flux de marchandises parties du Grand-Pressigny pour l’usage des populations locales à la fin du Néolithique.

Il est impossible de savoir si le Berry du Sud était une destination finale ou une simple étape sur une route commerciale pouvant cheminer sur plusieurs centaines de kilomètres au delà de notre territoire.
silex-musée    

La première originalité soulignée par l’étude de mme Mallet est la présence d’un micro-outillage informe inattendu dans un principe d’importation de “beaux objets”. Les populations néolithiques locales disposaient de petits éclats et lamelles de silex extrait en Touraine, sans qu’on sache si ces objets correspondent à des importations de matière première taillée localement ou de petits objets ramenés du Pressigny par les mêmes courants commerciaux qui ont drainé de grandes lames de poignards jusque sous nos latitudes.

L’autre conclusion de cette étude est que les néolithiques n’ont pas été les premiers à utiliser de la matière première tourangelle pour confectionner leur outillage. Certaines pièces accusent un profil Paléolithique supérieur bien marqué, et certains silex sont encore plus anciens, datés du Moustérien. Je vous renvoie à ce sujet sur une publication antérieure sur ce blog.
silex-pointe    

L’étude de Nicole Mallet n’a pas permis de faire la lumière sur la rumeur de la découverte, au XIXe siècle, de véritables “livres de beurre’ dans la vallée de l’Aumance. L’absence de preuves bénéficiant au doute, il semble bien que les affirmations selon lesquelles des nuclei similaires à ce que les agriculteurs exhumaient par dizaines à chaque labour dans les champs voisins d’Abilly ou du Grand-Pressigny auraient été trouvés vers Meaulne ou Hérisson soient un canular. Les talons de livres de beurre découverts par m. Perchat en forêt de Tronçais entrent dans la catégorie des objets informes produits au Pressigny et ramenés en l’état par les voyageurs préhistoriques et non dans celle des indices de débitage à la mode pressignienne dans notre région.
silex-talon    

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Published by olivier Trotignon - dans préhistoire
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