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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 18:14

arbalète

 

Bonjour à toutes et tous! Mon blog Berry médiéval étant en panne (état que j'espère provisoire), je bascule sur le Livre de Meslon les articles que je comptais y publier.
Merci de votre compréhension!


Voici une pratique juridique assez commune mais rarement décrite dans la documentation régionale: le bornage, à l'aide d'une arbalète, de la franchise de l'église de Meunet, aujourd'hui Meunet-Planches, dans l'Indre.
Cette église, construite sur une terre relevant de la seigneurie d'Issoudun, dépendait de la grande abbaye bénédictine de Saint-Sulpice de Bourges. Indépendante du pouvoir seigneurial, l'église de Meunet, comme d'autres, était au centre un espace échappant à la justice et à la fiscalité laïque. Fatalement, la question de la superficie du terrain placé sous la sauvegarde du clergé se posa.
D'un coté, le seigneur avait intérêt à ce qu'elle soit la plus réduite possible, des impôts lui échappant. De l'autre, l'abbé de Saint-Sulpice était aussi collecteur d'impôts. Plus la franchise était étendue, plus les bénéfices du monastère était élevés (même si les sommes en jeu ne devaient pas être énormes). La seule façon d'éviter des palabres sans fin entre les deux parties fut de remettre à la sagesse divine l'initiative du choix des limites.
On vint donc sur place avec une "forte baliste". Quelqu'un du parti de l'abbé se mis "à la tête" de l'église et tira deux flèches, une à sa droite, une à sa gauche. Une troisième a été tirée "en dessous" (peut-être un angle de visée inférieur à l'élévation du bâtiment. A chaque point d'impact fut plantée une croix, délimitant un quadrilatère dont l'église formait le quatrième sommet. Le terme "à la tête" est équivoque mais, si on part du principe que le bourg actuel est situé à l'emplacement du bourg médiéval, on remarque que la majorité de l'espace bâti se situe dans un périmètre correspondant à la description du texte, à condition que les traits aient été tirés devant l'église, et pas à son chevet.
On pourrait disserter à l'infini sur les variables possibles pouvant aider Dieu dans son choix d'un bon point d'impact (tension de la corde, angle de tir, poids des carreaux, vitesse du vent, savoir-faire du tireur...). Sans nul doute, nos ancêtres se sont posés les mêmes.

note au lecteur: l'arbalète, de fabrication récente, qui illustre cet article, fait partie de l'arsenal personnel des animateurs de l'association de reconstitution médiévale Les Compagnons du Sarment d'Hypocras. Je leur ai posé le problème dans ses termes, et me suis fié à leur expérience pour trouver l'arme la plus probable pour illustrer cet épisode de l'histoire berrichonne.

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 12:00

mozaïque

 

Voici sans doute le document littéraire le plus ancien qu'on possède sur la région de Charenton. Si l'archéologie et des découvertes fortuites ont prouvé depuis longtemps que les vallées de la Marmande et de l'Auron ont connu des phases d'occupation depuis l'Antiquité (aucune fouille n'a encore démontré la permanence des habitats sur de longues périodes), le cartulaire de l'ancienne abbaye Saint-Sulpice de Bourges conserve la copie d'un acte daté de l'an 818.
Le texte est assez bref et, bien entendu, rédigé dans un latin qui n'a rien de "cuisine", comme certains latinistes l'affirment parfois avec un mépris hautain envers ces millions de chartes écrites après la décadence de Rome. La langue et les formules diplomatiques sont justes conformes aux usages du temps, ce qui est un gage d'authenticité précieux pour le lecteur.
Deux hommes, Goricbodus et son fils Wuibodus affirment détenir des terres dans le pagus berrichon, dans la viguerie de Charenton, sur la rivière Utrionis (l'Auron), dans un lieu nommé Canivas (autrement écrit Canavas, dans des textes postérieurs). Il s'agit très probablement du nom ancien de Cogny, paroisse dont le territoire était riverain de l'Auron, à faible distance de Charenton.
Nous observons deux noms propres à un seul élément, à consonance germanique, ce qui ne signifie pas qu'il s'agisse de descendants de barbares de l'époque précédente, mais plus de gens baptisés selon les codes de leur temps. Le plus intéressant du texte n'est pas la position, incertaine, de la terre exploitée par les deux hommes, mais plutôt la certitude acquise de la présence d'un grand domaine administré par l'autorité carolingienne à Charenton, ancêtre ou, au minimum, prédécesseur probable de la seigneurie qui s'y développe à partir du XIe siècle.
Le texte, publié dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Centre, édition de 1912, grâce à l'archiviste Louis de Kersers, peut être facilement trouvé, avec un peu de méthode, sur la base Gallica.

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26 février 2014 3 26 /02 /février /2014 07:52

motte1

 

Voici un très intéressant vestige de l'époque féodale, élevé dans la vallée du Cher quelque part entre Saint-Amand-Montrond et Montluçon *. Cette motte castrale se présente sous la forme d'un dôme encore bien formé, d'une hauteur estimée à une petite dizaine de mètres. Ce petit ouvrage se double d'une seconde motte, plus basse, que je n'ai pu approcher à cause de repousses d'acacias qui rendent le lieu difficile à visiter. Cette défense semble appartenir à un ensemble assez complexe qui mériterait une exploration plus poussée.

 

motte2

 

Cette motte présente la particularité d'avoir été saccagée à une époque récente, semble t-il pour accueillir un hangar agricole. Elle présente une profonde saignée aux bords bien parallèles qui dégage une profonde tranchée. Les différents vestiges au sol laissent penser que quelqu'un a creusé le tertre afin de profiter des trois parois de terre et recouvert le tout d'un toit de tuiles mécaniques. L'ouverture se fait vers l'est, qui est la meilleure orientation pour l'entrée d'une étable ou d'une écurie. Une seconde soustraction, de plus faible volume, a permis la construction d'un petit bâtiment aujourd'hui en ruine.

 

motte-remblais

 

Cette tranchée, qui mettra tôt ou tard la totalité de la butte en péril, présente tout de même un intérêt: observer de quoi est fait le substrat de la motte. Sans être géologue, on remarque tout de même trois composants: une terre qui ressemble à de l'argile, des cailloux usés (venus des bords du Cher ou des terrasses alluviales) et surtout, beaucoup de pierres cassées avec des angles vifs, comme s'il s'agissait de déchets de carrière ou même peut-être de matériaux concassés exprès, l'argile servant de mortier. Une telle technique, qui n'a rien d'improvisée, explique le bon état général de la motte, qui ne s'est pas affaissée comme d'autres dans le même secteur, faites avec des remblais plus légers.

 

motte3

 

Comme c'est assez souvent le cas, je n'ai trouvé dans la documentation aucune famille féodale associée à cet ensemble défensif, soit qu'il ait été la propriété d'un si petit seigneur que l'histoire l'a oublié, soit que son légitime possesseur n'était pas un homme du cru, ayant juste confié le donjon à un officier seigneurial, transparent dans les actes du XIe au XIVe.


* Ce blog, ainsi que mon autre espace "Berry médiéval" attirent, si j'en crois les statistiques, un nombre soutenu de lecteurs détectoristes chercheurs de trésors. En solidarité avec mes collègues et amis archéologues amateurs et professionnels, j'ai décidé de brouiller les cartes et de cacher les noms et les lieux des sites archéologiques sensibles que je publie dans mes billets. Mes lecteurs prospecteurs honnêtes (et il y en a) comprendront cette prudence. Inutile donc, de m'écrire pour me demander des renseignements sur cet endroit...

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 19:21

Drevant-puits

 

Les vieilles cartes postales restent une source presque inépuisable d'informations historiques. Sur celle-ci, qui reproduit une photographie prise au moment du déblaiement de l'intérieur de l'amphithéâtre gallo-romain de Drevant, dans le Cher, est visible un élément qui n'a de valeur que lorsqu'on connaît le passé médiéval de ce site exceptionnel. Au milieu de l'arène trônait encore, équipé d'une margelle traditionnelle, le puits de l'ancien château des seigneurs de Charenton.
On se souviendra que cette maison féodale originaire de Nivernais dominait ce secteur de la vallée du Cher du XIe au XIIIe siècle. Profitant de l'élévation des murs antiques, les Charenton bâtirent au centre de l'édifice un donjon de section carrée, dont les fondations furent relevées, et impitoyablement éradiquées, au moment des travaux de mise en valeur de l'ensemble.
La nappe phréatique étant assez proche, les puisatiers médiévaux forèrent dans le grès un puits rendant autonome la forteresse en cas de siège, et, surtout, approvisionnant en eau avec un minimum d'efforts les résidents de cette place forte.

 

Drevant-ruines

 

Il reste, aujourd'hui, au niveau du sol primitif du théâtre, les vestiges de ce dispositif, dernier témoignage de l'époque médiévale en ce lieu.

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 09:53

sceau1

 

A la fin des années 70, plusieurs campagnes de fouilles de sauvetage visèrent une nécropole médiévale et post-médiévale située devant le prieuré de Drevant. Les sépultures, à faible profondeur, étaient pour l'essentiel très dépouillées. Des épingles de linceul, quelques bijoux et monnaies et des perles de chapelet constituaient l'essentiel du mobilier funéraire.
Un objet exceptionnel fut néanmoins trouvé sur place: une jolie matrice de sceau en bronze, avec bélière de suspension, selon l'usage de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance.
Ce petit objet, bien restauré, fut identifié comme représentatif de la famille Bonnet. Selon là aussi l'usage du temps, des symboles simples illustraient les noms de famille: un cœur et une saint-Jacques pour Jacques Cœur, une tête barbue et un bar pour les Barbarin de Meslon, une effigie de pèlerin pour Pierre Pèlerin de Saint-Amand; trois têtes couvertes de bonnets sont gravées dans le blason du sceau de Drevant. A coté de l'écusson est reconnaissable un casque à cimier comme beaucoup d'armoiries en portent à l'époque, et qui indique la noblesse du titulaire du sceau.

 

sceau-3

 

Ces petites matrices ne sont pas exceptionnelles, mais demeurent rares et surtout terriblement exposées à la prédation des détectoristes (une petite masse de bronze est une des cibles les plus claires pour un détecteur de métaux). Ainsi, sur certains espaces spécialisés sur internet est-il possible d'en voir un certain nombre, souvent de belle qualité, mais privées de tout contexte archéologique. Cela n'implique pas d'ailleurs obligatoirement des pillages. On m'a signalé au moins un cas d'une matrice trouvée "à vue" en pleine ville, dans le Cher. Leur poids, le frottement du métal sur le lien qui les retenait favorisait les pertes. Ces objets étant de plus souvent identifiés à un individu, qui authentifiait ses écrits ou ses biens avec un petit cachet de cire. A sa mort, le sceau perdait toute valeur faciale, pour ne plus représenter qu'un lingot de bronze.

 

sceau-2

 

On admirera au passage la finesse du travail de l'artisan qui a gravé le négatif de cette matrice. Pour essayer de représenter l'image en positif, j'ai tenté par Photoshop une inversion d'image. Le résultat est plus artificiel que réaliste.

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 18:43

tombe-Coust

 

La petite église romane de Coust se distingue peu dans le paysage monumental de la région. Comme pour beaucoup d’autres sanctuaires ruraux, les concepteurs de ce monument ont été au plus simple, faute certainement de moyens. Sa visite permet toutefois de découvrir un élément d’art funéraire assez rare: une pierre tombale médiévale anépigraphe mais blasonnée.
La plaque se trouve incorporée dans le massif de maçonnerie surélevant l’autel par rapport à la nef. On pense à un réemploi, sans qu’il soit possible de dire si la sépulture qu’elle couvrait était à l’origine dans ou à l’extérieur de l’église. Ce remaniement l’a placée sur le passage vers l’autel, ce qui a provoqué son usure et la disparition d’une partie du motif.
Cette dalle chevaleresque porte encore les restes d’un blason, qu’un bon dessinateur pourrait sûrement restituer sans problème, tant il reste de lignes lisibles, et la gravure d’une épée à une main ressemblant aux modèles régionaux sculptés aux cotés de gisants du XIIIe. Ceci n’est qu’un indice de datation, le trait pouvant être plus récent (les motifs complexes comme celui qu’on devine étant souvent tardifs).
Il est difficile  de se prononcer sur le titulaire de ces armoiries, de toute évidence un noble du secteur. Coust compte sur son territoire plusieurs vestiges d’ouvrages militaires médiévaux, mal connus pour la période féodale.

 

tombe-Coust1

 

J’ai, même si le résultat est maladroit, rehaussé les traits perceptibles sur ma photographie d’origine, pour rendre l’illustration plus parlante. L’idéal serait de pouvoir accéder à l’église, souvent close, et de procéder à un relevé sur la pierre.

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 19:11

coust-clocher

L’église romane de Coust, dans le Cher, est un monument que je peine à conseiller aux amateurs d’architecture médiévale. Bâti selon un plan d’une grande simplicité, une abside flanquée d’un clocher latéral, cet édifice ne présente aucun caractère remarquable qui le distingue parmi les églises du canton et de ses alentours. Peu de sculptures, peu ou pas de mobilier, un clocher dénaturé par l’ajout malheureux d’une flèche de pierre qui a écrasé les proportions romanes bien respectées à Saint-Pierre-les-Etieux et à Colombiers, l’église de Coust témoigne d’une pauvreté initiale peut-être due à la concurrence d’un prieuré de l’abbaye bénédictine de Charenton qui attirait à lui une partie des revenus perçus par l’Eglise dans cette paroisse.

 

Coust-orifice

 

Tout ceci n’a pas empêché un jeune chef d’entreprise originaire de la commune de proposer au moment des journées du Patrimoine 2012 un bouquet d’animations très originales, basées sur un son et lumières nocturnes. L’autre mérite de Julien Descloux est d’avoir assuré la visite de cet édifice toujours fermé qu’on ne fréquente que pour de rares occasions, heureuses ou malheureuses. Le clocher, en particulier, était accessible, ce qui est en général très rare, les élus locaux fermant les accès pour éviter les accidents et les malveillances (les programmateurs de sonneries de cloches peuvent être victimes de farces aussi faciles que stupides).

 

Coust-modillon

 

Le clocher est à l’image du reste du monument. Peu de choses anciennes attirent l’œil. Les cloches sont belles mais récentes, le bâti auquel elles sont suspendues a été rénové très récemment par la société Bodet, qui entretient la célèbre cloche XIIIe siècle de Sidiailles, un simple modillon anthropomorphe vient distraire le regard. Le lieu, débarrassé des pigeons qui le souillaient, est servi par un escalier solide qui en facilite grandement l’accès.
Je n’ai pas quitté l’église de Coust sans aller photographier sous tous les angles possibles ce que je considère comme la vraie rareté de l’endroit: une plaque funéraire chevaleresque anépigraphe mais blasonnée, en grande partie usée par les pas des visiteurs, qui peut dater du XIVe ou du XVe siècle. Le blason, aux contours géométriques, est illisible dans l’état mais compte assez de traits pour permettre d’un proposer une restitution, dessin sur lequel je travaille à mes moments perdus. Un visuel de cette belle pierre sera disponible sur ce blog d’ici peu.

 

coust-cloche

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 08:37

Creuzet-general

 

C’est un vestige formidable, tellement intégré dans le paysage bocager régional qu’on en finirait presque par oublier son existence: le donjon de l’ancien château du Creuzet, sur la commune de Coust, a de quoi rivaliser avec les plus belles forteresses de l’époque de la Guerre de cent ans.

Creuzet-détail-façade

 

Dominant la large vallée du Chignon et, au delà, celle du Cher, cette haute tour est un des témoignages les plus significatifs de la réaction de la chevalerie locale face à l’insécurité qui s’étaient installée dans le pays en cette fin de guerre contre les Anglais. L’ensemble était composée d’un donjon de section globalement rectangulaire isolé des champs par une enceinte garnie de tourelles rondes et d’un fossé en eau. La base de la défense de l’ouvrage repose sur l’emploi des premières armes à feu, complétées certainement par de l’archerie traditionnelle. Le dernier étage comporte une série d’ouvertures situées au dessus des mâchicoulis, ayant été équipées naguère de volets en bois, pour permettre aux défenseurs d’ajuster leurs tirs tout en restant peu exposés à la fusillade adverse. Jusqu’à l’arrivée de l’artillerie, qui n’aurait laissé aucune chance à un château comme celui du Creuzet, sa conception, peut-être avec quelques rectifications et aménagements, le mettait à l’abri d’un coup de main d’une troupe en campagne, même décidée à en faire le siège.

Creuzet-machicoulis

 

Une visite d’autres sites défensifs locaux montre que partout la réaction a été la même: des ouvertures aménagées pour la mousqueterie et la petite artillerie de siège sont visibles sur l’essentiel des façades, marque d’un repli défensif face à des troubles qui, après les avoir longtemps laissés dans une paix relative, commençaient a empoisonner le quotidien des populations du Berry et du Bourbonnais.
Une petite chapelle intérieure permettait d’assurer les services religieux.
Le château du Creuzet est loin d’être intact. Son enceinte a été démantelée, ne laissant intacte qu’une petite tourelle à trois meurtrières, qui doit son salut à l’existence d’un petit pigeonnier logé dans ses combles. Les fossés ont été en grande partie remblayés et le donjon a perdu sa fonction défensive par l’ouverture de plusieurs fenêtres, l’ajout d’une tour d’escalier extérieure et par la construction d’un pavillon ouvert sur le sud, appuyé sur la muraille. L’ouvrage demeure néanmoins vraiment impressionnant.

Creuzet-tourelle

 

Il m’est impossible de recommander son approche et la visite de ses extérieurs car le Creuzet est une propriété privée, dont je n’ai fait le tour pour la première fois qu’il y a quelques semaines, grâce au sauf-conduit accordé par les propriétaires au Centre d’études des châteaux-forts, en déplacement dans cette partie du Cher. D’autres donjons régionaux, comme celui de Menetou-Couture, sont accessibles au public et offrent de belles perspectives sur l’architecture militaire de la fin du Moyen-âge.

 

Creuzet-meurtrière

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 07:59

Drevant-face

Ayant constaté que depuis plusieurs semaines des recherches fréquentes portant sur l'ancien prieuré de Drevant avaient été enregistrées par le compteur de recherches de mon blog principal Berry médiéval, il m'a paru intéressant d'assembler quelques souvenirs personnels de la campagne de fouilles qui permit, en 1974/75, de mettre au jour un certain nombre de vestiges autour de cet édifice roman.
L'origine du prieuré de Drevant remonte au milieu du XIe siècle. Les seigneurs de Charenton, qui dominent les vallées de la Marmande et du Cher, cherchent un lieu pour fonder leur nécropole familiale. Drevant, vieille cité sacrée datant du peuple biturige, a été convertie en lieu de baptême par le clergé dès les premiers temps de la Chrétienté. A l'arrivée des chevaliers de Charenton, ce village les attire tant sur le plan matériel que spirituel: l'amphithéâtre gallo-romain et les ruines alentours fournissent des perspectives de constructions et d'aménagement futurs, et le caractère très religieux de l'endroit semble plus propice qu'ailleurs à la fondation d'une cellule monastique. Deux chantiers majeurs et complémentaires sont ouverts: l'amphithéâtre est converti en forteresse et on élève un prieuré de l'abbaye limousine du Moûtier-d'Ahun sur les ruines d'un ancien bâtiment antique.
Dans les années soixante-dix, l'ensemble a piètre figure. Le prieuré est livré à l'abandon. Une grange lui a été accolée à sa gauche. Le sol de l'ancienne prieurale est en terre battue. L'eau de ravinement lors des fortes pluies d'orage pénètre à l'intérieur et disparaît dans un entonnoir qui reste inexploré à ce jour (peut-être un ancien égout gallo-romain ou une canalisation d'adduction d'eau). La façade a souffert. Un des modillons a été arraché et scellé dans une maçonnerie. On le retrouve lors de la réfection du bâtiment. Un couple décide de se lancer dans l'achat et la restauration de ce qui reste du prieuré de Drevant, avec comme objectif d'en faire une maison d'habitation. La grange est abattue, libérant l'espace pour un futur jardin. L'intérieur est rénové, des ouvertures sont percées pour éclairer l'ancienne chapelle presque aveugle, des canalisations sont prévues pour rendre les lieux habitables et là commencent les premières surprises. Toute une nécropole médiévale est mise à jour et fouillée par l'équipe du professeur Gourverst, alors conservateur du musée de Châteaumeillant. Des sarcophages de calcaire et quelques tombes en pleine terre sont retrouvés dans l'alignement est-ouest du prieuré. Une sépulture se démarque du reste: la dalle funéraire est ornée d'une grande croix pattée et sur sa partie inférieur gît une stèle funéraire romaine, représentant un personnage barbu, effigie symbolisant peut-être le gisant. Une autre dalle ornée de motifs, brisée, est retrouvée. On peut la voir scellée dans le mur nord de l'édifice.

Drevant-dalle
Une autre sépulture intrigue. Devant la multitude de petits objets métalliques -principalement des monnaies romaines- dispersées sur son terrain par les travaux de déblaiement, le propriétaire se procure un détecteur de métaux et entreprend de sonder son terrain. Son appareil lui indique la présence d'une masse de métal à l'intérieur de la chapelle. Un sondage personnel révèle la présence d'un sarcophage dans le sol de celle-ci. Découragé par la perspective de fragiliser les fondations de sa maison, le propriétaire renonce alors à décaisser autour du sarcophage pour en explorer son contenu. Aucun autre sondage n'est effectué pour savoir s'il existait d'autres sépultures, mais il est probable que nous ayons perdu là et pour très longtemps la chance de fouiller la sépulture du fondateur du prieuré ou d'un de ses prieurs. Le sol est aujourd'hui recouvert d'un dallage d'habitation.
Sous le niveau sépulcral médiéval se trouvaient quelques vestiges d'habitation gallo-romaine dont une cave en partie ornée de fresques. Beaucoup de petites monnaies y furent trouvées, de même qu'une lame de hache polie néolithique, objet talismanique ou tout simplement prévu pour servir de briquet, la surface polie de l'objet le rendant plus confortable pour la main qu'un bout de silex brut.
Devant le prieuré et l'église Saint-Julien de Drevant se trouvait de plus l'ancien cimetière du village, matérialisé aujourd'hui par la grande place de l'église. Beaucoup de sépultures de la fin du Moyen-âge s'y  trouvaient et certaines furent fouillées par une équipe du musée Saint-Vic de Saint-Amand.
Un vestige antique assez rare fut relevé juste devant le prieuré. Muni d'un authentique détecteur de mines de l'armée américaine -incapable de saisir une monnaie ou un bijou dans le sol mais calibré pour des grosses masses de métal- un prospecteur non officiel découvrit une canalisation de plomb gallo-romaine au ras de la façade de l'édifice. Le tuyau et la maçonnerie qui l'entourait purent être découpés sans dommage et déposés. Ce bloc est aujourd'hui exposé dans la salle antique du musée de Saint-Amand-Montrond. On signalera aussi, mais cette fois ci trouvée dans des conditions de recherche tout à fait orthodoxes, une petite matrice de sceau de la fin du Moyen-âge en bronze, exposée elle aussi au musée de Saint-Amand.
Il ne m'appartient pas de me substituer aux différents chefs de fouilles qui se succédèrent sur le site au cours de ces quelques années d'exploration du sous-sol. Leurs travaux ont donné lieu à des publications. Par contre, mes propres recherches sur la période médiévale m'ont permis de reconsidérer l'histoire du prieuré de Drevant dans une perspective plus large, et d'aboutir à des conclusions que la génération précédente d'archéologues n'avait pas entrevues.
Le prieuré de Drevant n'a jamais été un lieu mystérieux, ésotérique ou dissimulateur d'une quelconque crypte à secret. C'est un prieuré monastique parmi des dizaines d'autres, appartenant à une abbaye bénédictine éloignée d'une centaine de kilomètres. Son originalité provient du choix des seigneurs de Charenton d'en faire leur lieu d'inhumation principal à l'ombre de leur donjon élevé dans les ruines de l'amphithéâtre, jusqu'à ce que l'un d'eux prenne l'initiative d'aider les Cisterciens à s'implanter à Noirlac. Vers 1150, Drevant est délaissé par les Charenton et leurs proches qui préfèrent dès lors se faire enterrer dans l'abbatiale et le cimetière des moines blancs.
Le prieuré de Drevant retrouve sa fonction ordinaire. Un prieur, et quelques frères, s'y occupent à ordonner les cérémonies quotidiennes et à gérer les biens temporels que les moines du Moûtier d'Ahun possèdent autour de Drevant. Le cimetière continue à accueillir les dépouilles des religieux et des paroissiens. A la Révolution, les biens sont saisis et vendus et le prieuré échappe à la ruine, la solidité de ses murs en faisant une étable sûre pour le bétail. Le XXe siècle lui a rendu sa dignité primitive, à défaut de sa fonction, et je recommande tout particulièrement un arrêt devant sa façade, classée Monuments Historiques, dernier beau vestige médiéval du village de Drevant.

Drevant-detail


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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 10:02


La forme visible dans l'eau correspond aux fondations du pont XIXe

Dès les années 1180, dans la charte de franchise du village voisin de La Perche, est évoquée l’existence d’un passage sur le Cher, appelé gué de Meslon. En 1243 Mathilde de Charenton, héritière de l’ancienne seigneurie du même nom, accorde par testament à l’église Saint-Étienne de Bourges (c’est-à-dire à la cathédrale) une rente annuelle de soixante sous tournois à prendre sur les foires de La Perche et sur le péage de Meslon. Beaucoup plus tard, alors que la seigneurie de Meslon est l’objet en 1783 d’une saisie féodale en raison des dettes de son propriétaire, l’huissier berruyer qui vient effectuer la saisie traverse le Cher sur le “batteau de Mellon” et évalue les revenus du péages dans l’acte de saisie.

Sans être exceptionnelle, cette longévité de près de six siècles d’une pratique consistant à faire payer les voyageurs pour le passage de la rivière montre l’existence très ancienne d’un bac prolongeant l’ancienne route de Coust à Meslon, attestée en 1283 et au delà un axe de circulation menant de Charenton-du-Cher à Ainay-le-Vieil, là où passait l’ancienne voie antique de Bourges à Néris, elle même reliée à des réseaux de communication beaucoup plus étendus. La topographie de la vallée du Cher explique le choix des gens du Moyen-âge qui trouvèrent à Meslon un vallon ouvrant un passage facile à travers les talus escarpés de la rive droite de la vallée du Cher, comme en on relève quelques autres, comme les vallées de l’Aumance et du Thizon, en direction de Montluçon. L’aménagement et l’entretien d’un bac revenant au seigneur du lieu, on remarque qu’au XIIIe siècle ce droit était exercé par la maison de Charenton, dont le fief de Meslon était le vassal.

On peut supposer que le bac de Meslon disparut après le Premier Empire, lorsque l’Etat décida de tracer une nouvelle route entre Saint-Amand-Montrond et Montluçon, délaissant l’ancienne voie Allichamps/Ainay/Epineuil/Vallon/Montluçon et fut définitivement remplacé par le pont de fer démoli en 1994. A cette époque, une mission de prospection du site par les services d’archéologie départementaux ne permit pas de repérer de vestiges d’aménagement de l’ancien dispositif de passage dans le périmètre des travaux du nouveau pont. Connaissant les fluctuation des cours de la rivière, il est possible que le lieu de l’ancien péage ait été depuis longtemps détruit par l’érosion, ou par les travaux du premier pont sur le Cher.

Signalons au passage l’existence d’un gué à quelques centaines de mètres en aval,  prolongeant le chemin reliant la petite seigneurie de Cortel à Ainay-le-Vieil, bien visible sur les anciens cadastres.

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Mon blog principal, consacré à l'histoire et au patrimoine du Berry et du Bourbonnais au Moyen-âge.

Les ânes de Meslon


Meslon est, en plus de son aspect historique et patrimonial, un lieu d'élevage d'ânes Grand Noir du Berry, qui portent ce toponyme comme affixe. Vous pouvez les retrouver sur le lien suivant: 
les ânes de Meslon

Histoire et cartes postales

paysan-ruthène

 

Mon nouveau blog, orienté sur le partage de photos et cartes postales anciennes pouvant être utiles à l'historien. Des photographies récentes illustrent des évènements contemporains.

A consulter sur le lien suivant:

Cartes postales et photographies pour l'Histoire