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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 19:47

LL1

 

Selon une formule consacrée, les amis de mes amis sont mes amis. Or, comptant parmi  Les Amis de Louis Lecoin quelques joyeux compagnons, je me fais un plaisir d’attirer votre attention sur une série de manifestations saint-amandoises dédiées à un ami de la Paix, Louis Lecoin, homme à qui les gens de ma génération ont dû, entre autres, et même si moi-même je n’en ai pas profité, le statut d’objecteur de conscience.
Mon propos n’est pas de vous raconter l’histoire de ce petit bonhomme tout simple, qui a consacré sa vie à la Vie, justement, et à la Paix, luttant jusqu’à la limite de ses forces contre le militarisme, juste de vous inviter à plusieurs moments que je juge essentiels pour parfaire notre culture humaniste.
Tout d’abord, rendez-vous au musée Saint-Vic de Saint-Amand-Montrond pour y découvrir une petite exposition très riche en documents:


Louis Lecoin, une œuvre de Paix,
du 15 septembre au 12 octobre 2011, entrée libre.


Toujours au musée de Saint-Amand, le mercredi 27 septembre, en fin d’après-midi, une conférence sur Louis Lecoin dans la série initiée par notre amie conservatrice Marie-Christine Planchard “une heure, une œuvre”. L’animation est elle aussi en accès libre.
Une publication signée des Amis de L. Lecoin sera en vente sur place.

 

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Suivront deux jours de conférences et débats, les Rencontres Louis Lecoin, à la salle des fêtes de la place de la République (proche du kiosque à musique), toujours à Saint-Amand.

Le vendredi 30 septembre, à 20h30, projection du film-documentaire Le cours d’une vie.

Entrée libre


Le lendemain 1er octobre, à partir de 14h30, suivront sept interventions, dont une de Alain Rafesthain, président du Conseil Général du Cher, autour des notions de citoyenneté universelle, de pacifisme, et d’éducation à la non-violence.
Ici aussi, l’entrée est libre, mais j’ai cru comprendre qu’un petit geste des auditeurs sera apprécié pour couvrir les frais, les pacifistes disposant de moyens infiniment plus modestes que les marchands de missiles.
Certains se demanderont probablement pourquoi ces informations viennent prendre place dans un blog consacré à la vallée du Cher, à son histoire, sa faune, et son patrimoine. Remontons quelques années en arrière. Une société industrielle prétendait faire notre bonheur en venant enfouir dans nos terres deux millions de tonnes de déchets ultimes, agitant les marottes habituelles: prospérité, emploi, modernisme...
Nous n’avons été qu’une poignée à résister -victorieusement. Certains Amis de Louis Lecoin sont venus spontanément lutter à nos cotés, sans qu’on leur demande. Notre succès est en partie fondé sur leur engagement.
Je me souviens aussi des dernières rencontres Louis Lecoin. Je me suis assis dans un petit coin de la salle, et j’ai passé un après-midi merveilleux, entouré d’utopistes, à écouter parler de Paix entre les peuples. J’en ai gardé le souvenir d’un moment de profonde sérénité, de réflexion sur le monde qui nous entoure. Philosopher avec des gens de bien est devenu un privilège trop rare....

 

LL3

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 07:32

Cher2011-plage

 

Prospectant à des fins diverses les rives du Cher depuis les années 70, et habitant depuis plus de 20 ans à quelques minutes de son lit, j'ai eu tout le loisir d'observer l'évolution de la pollution apparente, celle qui n'est sans doute pas la plus sournoise, qui dégrade ce cours d'eau. Or, depuis quelques années déjà, la situation tend, pour l'aspect extérieur de l'eau et des berges, à se régulariser.
Les aînés parmi les pêcheurs racontent souvent un Cher dans lequel on se baignait, où l'on voyait ses pieds avec de l'eau jusqu'à la taille, dans lequel frétillait une faune aquatique innombrable. Puis vint le temps des engrais agricoles et des usines chimiques du bassin de Montluçon, l'odeur envahissante de chou-fleur pourri tous les matins quand le temps était bas, une eau sale, verdâtre, des filaments gluants sur les pierres, les déchets plastiques pris dans les branches basses. Même sans être particulièrement porté sur l'empalement d'asticots, le préhistorien remarquait le dépeuplement du milieu aquatique, un nuage d'alevins passant certaines années pour un événement. Les plages de la rivière contenaient assez d'objets pour ravir les archéologues du futurs: vieux solex, bouteilles, bidons de produits chimiques, électro-ménager, appareil-photo et console de jeux (un cambrioleur qui n'avait pas réussi à écouler son butin?), pièces automobiles, cadavres d'animaux....jusqu'à un petit serpentin d'alambic clandestin, preuve du goût d'un riverain pour la chimie et le pousse-au-meurtre de contrebande.

 

Cher2011-nénuphard

 

On ne sombrera pas dans la mièvrerie d'une description du Cher semblable à un dessin d'élève de maternelle. Le fleuve continue à être encrassé par toute une faune de phobiques des bennes à ordures et j'imagine qu'un chimiste occuperait son hiver avec tout ce qui est dilué dans un simple verre d'eau mais objectivement, l'état de la rivière s'améliore. La réduction des épandages d'engrais, le piège que représente pour eux la végétation des rives, en constante progression faute d'entretien par les riverains, les stations d'épuration en amont et peut-être aussi la fermeture de certaines usines ont considérablement réduit la pollution visible. L'eau est plus claire qu'à une époque, et n'a plus cette odeur de vase savonneuse qui montait à chaque fois qu'on traversait en bottes. Des nénuphars, des plantes à longs filaments qui attirent les libellules occupent de plus en plus de place. La faune subaquatique est apparemment plus présente car on voit beaucoup plus de poissons et d'alevins.

 

Cher2011-poissons

 

Depuis deux ans environ, des batraciens ont envahi une partie des endroits calmes et la grosse grenouille verte, facile à repérer, peuple de longs secteurs du cours d'eau. Quand au castor, qui est un peu l'animal fétiche de ce blog, j'ai eu la bonne surprise d'en observer des traces toutes fraîches dans un endroit tout à fait inattendu, loin des anciens étangs de gravières près desquels il semble se terrer mais à proximité directe d'un petit bras mort dont il existe des dizaines d'autres un peu partout. Deux plaques de ce qui pourrait être du castoréum étaient observables au même niveau que de multiples branches de saule coupées et traînées par l'animal.

 

Cher2011-castorium

 

Tout en étant conscient qu'on ne peut généraliser cette situation constatée au sud de Saint-Amand-Montrond à toute la vallée du Cher, on se réjouira néanmoins de ces progrès, qui devraient donner envie à plus de pêcheurs, de sportifs et de promeneurs d'aller passer une partie de leur temps libre au fil de l'eau.

 

Cher2011-arbre

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 10:42

Tertre3

 

Voici une curiosité que j’aimerais vous faire partager, juste pour rappeler le souvenir d’un artiste presque anonyme -on l’appelait l’Italien-, dont l’œuvre doit aujourd’hui avoir presque complètement disparu.

Tertre2

Cet artisan maçon vivait au bout d’un chemin de terre dans une maison qu’il avait lui-même construite, sur un plan tout simple, avec des terrasses, une galerie, une de ces constructions de misère qu’on regardait de loin avec méfiance tant l’endroit semblait toujours sur le point de s’écrouler. L’Italien avait une petite vigne, un immense figuier tué par le gel de l’hiver 84/85, et un talent inné pour la sculpture. On distinguait, vaguement, de la route, des pierres plus claires scellées dans les murs de parpaings gris.

Tertre1

 

Et puis un jour, comme son figuier, l’Italien est mort et la broussaille a envahi sa petite maison de misère, où on voyait encore pendre du linge pourri par la pluie. Comme tout les lieux à l’abandon, la maison a été vandalisée, mais les pierres plus claires étaient toujours là, alors j’ai décidé de faire quelque chose d’interdit. Chargé de mon vieil appareil chargé en diapositives, j’ai écrasé les ronces et pénétré dans le domaine étrange et dérisoire de cet immigré dont je n’ai jamais su le nom. Je n’ai touché à rien, juste photographié ces sculptures dont j’ai scanné les photographies.

Tertre4

 

Je ne sais pas commenter les œuvres d’Art. Je vous livre juste, pour le coup d’œil, cette galerie de visions personnelles d’une culture et d’une foi tressées au long des routes et des messes.
Le petit palais du maçon ultramontain a été écrasé par les engins à chenilles venus creuser les terrassements du pavillon qui allait lui succéder.
Que sont devenues ces sculptures? Volées? Remblais de carrière? Récupérées par un héritier? En voici au moins quelques photos, juste pour le souvenir.

 

Tertre5Tertre7

Tertre6Tertre8

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 09:47

Boutillon-pont

 

Voici un ouvrage d’art comme il en existe des milliers sur le sol français. Il n’a rien de particulièrement remarquable mais il subit depuis plusieurs mois? années? les effets désastreux d’une circulation de poids lourds inadaptée à sa petite dimension.
Boutillon est un hameau de la commune de Saint-Pierre-les-Etieux, riverain de la Marmande, petite rivière affluente du Cher. Sous l’Ancien régime, des forges avaient fonctionné sur sa rive gauche, et un pont, de belle conception mais de dimension réduite, avait été construit pour franchir le cours d’eau. Plus tard, sans doute au XIXe siècle, un nouvel ouvrage, plus large, fut établi à une centaine de mètres en aval. Ce pont de pierre de taille comporte deux arches et est suffisant pour le passage des véhicules légers et des engins agricoles. Jusqu’à ces dernières années, il assumait sa mission sans dommages visibles, jusqu’à ce que les routiers, peut-être guidés par leurs GPS, entreprennent de l’emprunter pour rallier l’axe Saint-Amand-Montrond/Nevers à la route Montluçon/Saint-Amand.
Considérée de manière globale, la circulation des poids lourds dans ce secteur est très délicate, surtout s’ils refusent de prendre l’autoroute pour passer de l’axe nord-sud à l’axe est-ouest. Saint-Amand, ville moyenne, se traverse facilement de l’est vers l’ouest, avec un embranchement commode vers le nord, mais pose de gros problèmes lors de la traversée de son centre-ville par des véhicules de gros gabarit. La récupération de la nationale 144 en direction de Montluçon oblige les routiers à s’engager dans une rue très fréquentée à certaines heures de la journée. Certains cherchent donc d’autres solutions et surtout vont au plus court, ignorant le passage pratique par Ainay-le-Château et la forêt de Tronçais. La traversée de Charenton étant impossible à cause des rues trop étroites de la petite ville, il reste, pour son malheur, le pont de Boutillon. C’est ainsi qu’on voit de plus en plus fréquemment s’y engager des camions dont les chauffeurs, ignorant les cartes routières, se laissant guider par leurs GPS, se retrouvent sur des petites routes de campagnes, accrochant le parapet du pont au passage.

 

Boutillon2-

Pierres descellées, poussées comme des dominos, fendues par les chocs, projetées dans la rivière, le pont de Boutillon se dégrade de façon plus qu’alarmante. Quelques essais maladroits de restauration ont bien été tentés, comme ce coffrage de béton qui porte, marquée de l’index dans le ciment encore frais, l’exclamation vengeresse:


“Feineants Les Pierres!!!” (sic)

Boutillon-pierres

 

mais rien n’y fait. Le dernier accrochage a déstructuré tout le haut d’un parapet. On peut légitimement craindre qu’un prochain chauffard achève le travail et pousse la rampe dans la Marmande. Il faut ajouter que le pont n’est pas le seul à souffrir: le goudron des petites routes se fendille et, plus insidieusement, les vibrations dues au trafic expliqueraient les nombreuses ruptures de canalisations repérées le long de ces routes.

 

Boutillon1-

Je sais qu’un simple article sur un blog n’a qu’un impact microscopique sur la vie de la cité, que ce qui arrive au pont de Boutillon est “la faute à Pas-de-chance”, que les services publics sont essorés pour des raisons budgétaires, que le pont n’est pas inscrit à l’inventaire des Monuments historiques...mais il me semble, considérant que la solution existe avec le passage par Ainay-la forêt de Tronçais, qu’un arrêté municipal ou préfectoral limitant l’accès à cette partie du canton serait une promesse d’économies futures et ne gênerait en rien l’activité rurale.

 

Boutillon3-

 

 


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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 18:25

appel

 

Cher(e)s ami(e)s qui visitez, peut-être pour la première fois, ce blog, j’ai besoin de vos avis et conseils. Je sais qu’il y a parmi vous des gens très expérimentés en informatique, un domaine auquel mes études, qui remontent aux années 80, ne m’ont pas préparé. Comme certains le savent, je me suis engagé voici plusieurs années dans l’aventure doctorale. Une bonne partie de ma thèse est rédigée mais, le temps passant, j’ai eu le sentiment d’être bloqué dans une sorte de goulet se rétrécissant sans cesse, au point de délaisser la rédaction des derniers chapitres. Mon sujet, d’une sécheresse confinant à l’aridité, m’est apparu comme une impasse.
Il a fallu très longtemps pour que les choses se décantent, et que les failles de mon plan de départ se révèlent, en partie grâce à ces quelques 250 articles (Berry médiéval et le livre de Meslon confondus) mis en ligne et à la trentaine de conférences que j’ai eu le privilège d’animer. Sans doute réagis-je à l’ inintérêt de mon employeur pour les spécialités maîtrisées par ses agents -”sois blette et tais toi” serait un bon résumé de ma situation actuelle-, probablement suis-je porté par toutes ces rencontres avec des gens d’exception croisés dans la vraie vie, certainement vis-je la frustration de l’Inachevé, dans tous les cas, ma décision est prise: je termine ce doctorat.
Il reste un dernier obstacle, strictement technique, à surmonter: l’édition de mon mémoire.
Je suis depuis l’origine équipé en Mac et rédige tous mes écrits avec le logiciel AppleWorks 6.0.4. Les images sont travaillées avec Photoshop 6.0. Pour mes blogs, je passe de mon ancien Imac à mon MacBook par le biais d’une simple clé USB.
Connaîtriez vous un logiciel de l’univers Mac capable de récupérer des fichiers comportant textes, tableurs, graphiques et images (mes annexes font plusieurs centaines de pages) afin de pouvoir livrer le mémoire, mise en page faite par mes soins, à un imprimeur? Au delà de ce projet, ce logiciel serait ultérieurement employé pour l’édition de guides historiques et patrimoniaux dédiés au Berry.
Deuxième point sur lequel je requiers votre aide: connaissez vous un organisme qui propose des aides au financement d’un équipement informatique destiné à la recherche et à l’édition?
Afin de ne pas encombrer inutilement l’espace prévu pour les commentaires en bas de ce billet, je vous propose d’accueillir vos conseils, suggestions, propositions diverses à l’adresse suivante:

Berrymedieval@yahoo.fr

Je compte sur votre aide,
bien à toutes et tous,
Olivier Trotignon

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 10:39

prostituées3

 

Ce sont des dizaines de petites photographies d’identité, collées à la gomme arabique sur un cahier. Case par case, nous découvrons des visages de femmes, toutes entre 20 et 45 ans, unies par un même et commun destin: prostituées au Petit moulin rouge, rue du Cheval Blanc, à Saint-Amand.

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Ne me demandez pas comment ce registre est un beau jour arrivé à la rédaction du quotidien local le Berry républicain. Prêté par un collectionneur, sauvé d’une benne à papier où ont fini tant d’archives contemporaines, j’ai eu la chance de pouvoir le feuilleter entièrement et, plus que les informations sociologiques qui auraient du attirer mon regard d’historien, ce sont d’autres regards qui m’ont happé. Des regards joyeux, mutins parfois, indifférents, résignés, effondrés, ceux de filles, de femmes, venues vendre leur corps ou leur force de travail sous les ordres de mme Olga, dont la devise, afin que chacun puisse rentrer chez lui l’attitude, à défaut de la conscience, tranquille, était “ discrétion, sécurité”.

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Elle arrivaient en train, pas grand chose dans leur petit bagage, jamais pour très longtemps, passant d’une maison close à l’autre. Le rituel était toujours le même, les regards ironiques des employés de la gare quand elles demandaient le chemin du commissariat, les coups d’œil à la dérobée des gens croisés sur le trottoir, l’ouverture du registre par le fonctionnaire de police, la déclinaison de l’identité, de l’âge, de l’état civil, l’avœu de la dernière adresse, presque toujours un bordel, la remise de la petite photo d’identité, commandée chez un photographe là-bas, il y a  longtemps, et dont on a tout un paquet dans une petite enveloppe, et puis à nouveau la rue, les regards et enfin les deux marches pour sonner à la porte et se présenter à la sous-maîtresse. Là, visite des salons et des chambres, l’odeur de tabac froid, le rendez-vous annoncé avec le médecin, un homme, chargé du suivi vénérien des pensionnaires, un coup d’œil bref sur les sanitaires. L’eau, tirée au puits, c’est le travail des femmes à tout faire, les vieilles, celles dont les clients ne veulent plus, et qui n’ont pas eu la chance de se trouver un mari parmi leurs anciens clients célibataires. Elles aussi ont dû laisser leurs papiers au commissariat, dans la chemise rangée dans le même tiroir que le registre.

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D’où venaient-elles? Fiche par fiche se dessine une géographie de la misère. Bretonnes, normandes, filles du Nord ou du Sud-Ouest, parisiennes -mais depuis combien de temps?- quelques unes venues de Marseille, de Bourgogne, de l’Est. On en croisait même qui avaient franchi la, ou les mers, pour venir en métropole. Corse, Afrique du Nord, même une Guadeloupéenne, qui, pour donner un peu d’exotisme aux fantasmes de ses habitués, se faisait surnommer Zouzou. Une allemande, au beau nom prussien, égarée en France après la crise, loin des bruits de bottes et des aigles sur les casques, amuse les hommes, surtout ceux qui ont fait la guerre, avec son accent. Un autre point commun entre elles: le train, ce train qui leur avait donné un moment l’illusion de fuir la misère des campagnes pour trouver un gentil mari dans une ville où, forcément, tout aurait été mieux. Puis les quelques sous au fond du mouchoir cousu dans le pli de la poche qui fondent dans des garnis miteux, des caboulots aux soupes claires et bientôt l’angoisse de n’avoir plus rien. La prostitution n’est pas la porte de sortie, juste un moyen de continuer un peu. Et puis il y a ces mal-mariées, ces femmes qui ne supportent plus les coups et les odeurs de vinasse et de linge sale, qui ont fui leurs maris, quand ce ne sont pas eux qui les ont mises au travail sur le trottoir. Certaines ont des enfants, confiés à une mère, à une cousine en campagne, dont elles ne parlent presque jamais, que seule une photo dans le porte-cartes et le petit mandat mensuel donnent le sentiment de rester leur mère.

prostituées4

 

Que sont-elles devenues? L’immense majorité dérive d’une maison close à l’autre, suivant des flux mystérieux sur lesquels le registre ne donne aucune information. Certaines prennent du grade, et perdent alors ce qu’un policier saint-amandois appelle leur “nom de guerre”, en devenant sous-maîtresses, pour ne pas dire contremaîtres. On les désigne par leur état-civil, leur surnom tombe dans l’oubli. D’autres abandonnent ce que le langage populaire appelait “le pain de fesses” pour servir de bonnes dans les maisons de tolérance. De filles soumises, elles deviennent bonnes à tout faire, pas sûr que ce destin soit plus enviable que le précédent.
La maladie est là, et ronge. Katie et Dolly, sans doute victimes du même mal qu’on disait “français”, à une époque, sous les ordres du docteur F., sont envoyées à l’hôpital pour y subir des “soins spéciaux”. La pénicilline fait des miracles et beaucoup ressortent guéries, jusqu’à la prochaine fois.
Certaines fuient leur condition par le haut. France X, dite Loulou, avait  22 ans quand, après être passée par les maisons de tolérance de Bourges, de Dun-sur-Auron puis de Saint-Amand, elle revint à Bourges comme doctoresse au dispensaire d’hygiène social (sic). Un destin à la Céline, qui écrit Mort à crédit à peu près au même moment.
D’autres terminent de façon sordide. Paulette, 32 ans, prostituée à Saint-Amand, passée sous-maîtresse à Nevers, succombe sous les quatre coups de revolver tirés par son amant, dit “Bébé”, dans le claque dans lequel elle officiait. Je laisse au lecteur le soin d’imaginer ce qui poussa cet homme -amoureux désespéré? proxénète à la petite semaine? fou homicide? à commettre l’irréparable.
Toutes ces tranches de destin sont là, poignantes pour qui veut bien y regarder sans esprit de gaudriole, dans ce petit cahier aux pages jaunies, biffées de rouge ou de bleu à chaque départ.
Merci au propriétaire du registre, qui, je l’espère, ne m’en voudra pas trop d’avoir ainsi pillé une partie de son trésor, et à Valérie Mazerolle, journaliste au Berry républicain, sans laquelle je n’aurais sans doute jamais eu l’opportunité de feuilleter cette archive, et dont les éclairages d’historienne contemporaniste ont été très utiles pour le médiéviste que je suis.

 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 08:37

Creuzet-general

 

C’est un vestige formidable, tellement intégré dans le paysage bocager régional qu’on en finirait presque par oublier son existence: le donjon de l’ancien château du Creuzet, sur la commune de Coust, a de quoi rivaliser avec les plus belles forteresses de l’époque de la Guerre de cent ans.

Creuzet-détail-façade

 

Dominant la large vallée du Chignon et, au delà, celle du Cher, cette haute tour est un des témoignages les plus significatifs de la réaction de la chevalerie locale face à l’insécurité qui s’étaient installée dans le pays en cette fin de guerre contre les Anglais. L’ensemble était composée d’un donjon de section globalement rectangulaire isolé des champs par une enceinte garnie de tourelles rondes et d’un fossé en eau. La base de la défense de l’ouvrage repose sur l’emploi des premières armes à feu, complétées certainement par de l’archerie traditionnelle. Le dernier étage comporte une série d’ouvertures situées au dessus des mâchicoulis, ayant été équipées naguère de volets en bois, pour permettre aux défenseurs d’ajuster leurs tirs tout en restant peu exposés à la fusillade adverse. Jusqu’à l’arrivée de l’artillerie, qui n’aurait laissé aucune chance à un château comme celui du Creuzet, sa conception, peut-être avec quelques rectifications et aménagements, le mettait à l’abri d’un coup de main d’une troupe en campagne, même décidée à en faire le siège.

Creuzet-machicoulis

 

Une visite d’autres sites défensifs locaux montre que partout la réaction a été la même: des ouvertures aménagées pour la mousqueterie et la petite artillerie de siège sont visibles sur l’essentiel des façades, marque d’un repli défensif face à des troubles qui, après les avoir longtemps laissés dans une paix relative, commençaient a empoisonner le quotidien des populations du Berry et du Bourbonnais.
Une petite chapelle intérieure permettait d’assurer les services religieux.
Le château du Creuzet est loin d’être intact. Son enceinte a été démantelée, ne laissant intacte qu’une petite tourelle à trois meurtrières, qui doit son salut à l’existence d’un petit pigeonnier logé dans ses combles. Les fossés ont été en grande partie remblayés et le donjon a perdu sa fonction défensive par l’ouverture de plusieurs fenêtres, l’ajout d’une tour d’escalier extérieure et par la construction d’un pavillon ouvert sur le sud, appuyé sur la muraille. L’ouvrage demeure néanmoins vraiment impressionnant.

Creuzet-tourelle

 

Il m’est impossible de recommander son approche et la visite de ses extérieurs car le Creuzet est une propriété privée, dont je n’ai fait le tour pour la première fois qu’il y a quelques semaines, grâce au sauf-conduit accordé par les propriétaires au Centre d’études des châteaux-forts, en déplacement dans cette partie du Cher. D’autres donjons régionaux, comme celui de Menetou-Couture, sont accessibles au public et offrent de belles perspectives sur l’architecture militaire de la fin du Moyen-âge.

 

Creuzet-meurtrière

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 15:45

congrès

 

Je tiens à remercier publiquement les organisateurs du 17e congrès castellologique d'avoir mis Meslon au programme de ses visites dans le Cher du 01 au 05 juin 2011. Nous avons ainsi eu le plaisir de recevoir dans la petite enceinte médiévale de Meslon une cinquantaine de membres du Centre d'Etude des Châteaux-Forts. Nos vestiges font bien pâle figure face à des citadelles de prestige comme la tour de Vesvres ou le château de Mehun-sur-Yèvre, mais ont au moins permis à tous ces spécialistes de mesurer l'immense variété du patrimoine militaire qu'offre la région.
Ce moment nous a permis, pour la première fois depuis que nous avons entrepris la rénovation du site, de bénéficier de l'avis éclairé de chercheurs en architecture militaire sur la chronologie des différentes étapes de construction de l'ensemble.
La matinée s'est poursuivie par une étape au donjon du Creuzet, voisin de Meslon, auquel un billet sera consacré dans peu de temps, et une visite du château de Bannegon, qui sera abordée sur mon autre blog "Berry médiéval".

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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 22:15

ordures

 

Notre maître soixante-cinq à tous, Pierre Dac, avait eu ce mot sublime: “mieux vaut s’attendre au prévisible que d’être surpris par l’inattendu”. Ce que je constate, dans mes promenades autour de la vallée, était, hélas, tristement prévisible, lorsque l’entreprise chargée de collecter les ordures dans le Saint-amandois a décidé d’appliquer à ses clients le principe du “produire moins pour payer moins”. L’idée, simple, est d’inciter le public à rejeter moins de déchets en triant plus les matières recyclables et en compostant ce qui peut l’être, en comptant le nombre de fois où l’on sort sa poubelle dans une année. Les plus gros producteurs d’immondices sont pénalisés financièrement alors que les éco-citoyens voient leur redevance allégée. Ce programme, peut-être économiquement défendable, est en train de transformer la région en une vaste décharge à ciel ouvert.
Pour réduire leur facture, certains n’hésitent pas à abandonner leurs sacs poubelles sur les aires de repos, dans les fossés et même dans la rivière. Matériels électro-ménagers, plaques de ciment amianté, déchets de bricolages, sont devenus fréquents le long des petits chemins de campagne, où on ne croise presque jamais personne.
Pire encore, les feux de détritus se font au grand jour, au fond des jardins, empuantissant l’air et menaçant la terre et les eaux de ruissellement de tous les composés chimiques produits par la combustion d’ordures qui n’atteindront jamais une décharge contrôlée.
J’ai ainsi découvert, le long du chemin de halage du canal de Berry, près de Drevant, plusieurs restes de foyers où se mélangent des fonds de clapiers à lapins, des prospectus, des boites de conserves, des briques alimentaires, des conteneurs plastiques alimentaires, le tout demi fondu, dispersé par le vent, véritable insulte au bon sens et à l’environnement.
Tout à fait clairement, nous vivons un intolérable retour en arrière, lorsque à la campagne on jetait ses déchets dans les haies ou qu’on les enterrait dans son jardin, à la nuance près que notre société de consommation produit beaucoup plus de détritus qu’il y a cinquante ans. Pour de mesquines, pour ne pas dire minables économies de quelques euros par an, on salit sans retenue une région qui mise sur le tourisme vert pour consolider son économie. Il y a, dans cette situation ubuesque, quelque chose qui me dépasse.

 

 

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 17:42

Urkay

Les hasards de la vie conduisent certains d’entre nous à faire des rencontres inespérées en terme de probabilités mathématiques. L’anecdote qui suit mérite d’être rapportée autant pour la petite tranche d’histoire locale dont elle éveille le souvenir que pour l’émouvant témoignage d’humanisme et de générosité qu’elle éclaire.
Qui sait comment la conversation avait glissée sur ce sujet? L’homme, un charcutier en retraite de Saint-Amand, évoquait cette partie de sa jeunesse avec beaucoup de sobriété. Il n’avait pas connu la Grande Guerre mais avait été parmi les premiers à partir en Allemagne occuper la Ruhr. Sa mission, avec ses camarades, était de garantir, les armes à la main, la bonne marche des usines du secteur dans lequel il était affecté, par des longues heures de sentinelle le long de terrils bourbeux et de voies ferrées interminables. C’est lors d’une patrouille nocturne que l’accident se produisit. Le chauffeur probablement fatigué ou pressé de rejoindre le casernement, mordit à pleine vitesse un fossé sur le bas-côté de la route, et le camion se renversa, éjectant dans la nuit tous les soldats calés à l’arrière. Notre saint-amandois eut la chance d’être projeté à travers une haie, qui amortit sa trajectoire, et il perdit immédiatement conscience. L’obscurité se referma sur sa douleur.
Il racontait la suite avec émotion:
“- Je me suis réveillé dans un grand lit, mais pas à l’ hôpital. A écouter les bruits, dehors, j’ai compris que j’étais dans une ferme. Quelqu’un m’avait déshabillé et m’avait posé des bandages sur mes blessures. Un homme est entré dans la pièce. Il s’est présenté dans un Français très hésitant. C’était lui qui m’avait trouvé, au matin, dans son champ, après que la dépanneuse militaire fut venue récupérer le véhicule de patrouille accidenté dans la nuit. L’ambulance était bien venue chercher mes copains, mais personne n’avait pensé à nous compter. Je suis resté là, inconscient, jusqu’au matin. Lui et sa femme m’ont trouvé, ont été chercher un tombereau pour me ramener jusqu’à leur ferme et, en attendant que quelqu’un aille prévenir la caserne, m’ont dispensé quelques soins.
Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander pourquoi ils avaient fait ça pour moi, un ennemi, après tant d’années de guerre et la défaite, et malgré le fait que l’armée française se comporte chez eux comme une force d’occupation. Il m’a expliqué qu’il n’avait rien contre les Français, car il avait gardé un bon souvenir de ses années de captivité en France. Il avait été fait prisonnier quelques part sur le front, et envoyé dans une grande forêt pour tailler des perches afin de confectionner des caillebotis pour assainir le sol de nos tranchées. Les bois coupés étaient rassemblés dans une petite gare, du nom d’Urkay (il prononçait “Ur-ka-i”) avant d’être chargés dans des wagons en partance pour les zones de combats. Il avait appris un peu de notre langue lors de sa détention.
Je lui ai fait répéter le nom de la gare. Urkay, près d’une grande forêt. Cela ressemblait au nom “Urçay”, assaisonné à la manière germanique. Patiemment, avec le peu de vocabulaire dont il disposait, mon protecteur entreprit de me donner quelques détails sur son camp de détention, qui achevèrent de dissiper mes doutes. L’homme avait bien été captif en forêt de Tronçais, à quelques kilomètres de ma ville natale. J’ignorai totalement que la forêt avait hébergé un camp de prisonniers avant 1918, j’étais trop jeune pour m’ intéresser à ça et les informations circulaient peu. Ayant été plutôt heureux et bien traité pendant son séjour forcé dans la région, il n’avait pas de rancœur particulière envers nos troupes. Il me dit aussi très simplement qu’il avait trouvé un homme blessé dans son champ, et que sa nationalité était un détail très secondaire.
L’ambulance est venue me chercher très vite pour me transférer dans un hôpital militaire. Quand on m’a renvoyé dans mon régiment, celui ci avait changé de secteur. Je n’ai jamais su le nom de mes sauveurs, ni celui de la ferme où ils travaillaient. Je n’ai pu leur dire qu’un seul mot, au moment ou les brancardiers m’ont glissé sur la civière: “Danke ”; merci, en allemand.”
Ces destins fugitivement croisés au gré de l’ existence sont d’une telle fragilité qu’un rien aurait suffit pour qu’ils tombent dans l’oubli. Il m’a semblé utile d’en conserver le souvenir autant pour illustrer une période méconnue de l’histoire de notre forêt que pour saluer tout l’attachement que cet ancien combattant et vaincu anonyme vouait à la valeur de la vie humaine.

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Published by olivier Trotignon - dans histoire récente
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