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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 17:25

JValette-mplf

Voici, en cette veille de 11 novembre, un monument injustement méconnu, ou oublié, qui mérite, je crois, d’être mis en avant. Pour le souvenir.
Dans le hall de ce qui fut jusqu’à il y a une vingtaine d’année le collège Jean Valette, dans le centre-ville de saint-Amand existe un petit monument aux Morts composé de quatre plaques de marbre blanc sur lesquelles sont portés les noms des anciens et anciennes du collège tombés lors des deux guerres mondiales et le conflit indochinois.

 

JValette-plaque

 

Sur la plus grande des plaques, posée en juin 1920, on peut lire les identités d’une partie des morts de 14 - 18. Cette première pierre fut complétée par une deuxième, plus petite, comportant de nouveaux patronymes, peut-être ceux de grands blessés décédés après l’armistice de 1918.
Une troisième plaque a été posée en honneur des tués, heureusement beaucoup moins nombreux, de la Seconde guerre mondiale. La liste a été augmentée de deux noms (taille des lettres différente et dorure plus fraîche) dont celui d’une fille.

 

JValette-39

 

Une quatrième dédicace a été enfin posée sous les plus anciennes; celle ci rappelle deux victimes de la guerre d’Indochine.
L’intention de la troisième plaque est différente des deux précédentes, car on y a noté la disparition de trois professeurs. Les enseignants, probablement nombreux à succomber en 14 - 18 (un quart des effectifs ne sont pas rentrés) ne sont pas nommés aux cotés de leurs élèves.
Ce lieu, autrefois public, est désormais fermé et peu de gens ont la possibilité de l’approcher. Il est peut-être dommage qu’il n’ait pas accompagné la translation de l’établissement scolaire quand celui-ci s’installa dans ses nouveaux bâtiments. Alors qu’il devient de plus en plus difficile d’intéresser certains jeunes à la vraie histoire, c’est-à-dire celle  qui n’est pas faite de films de guerre et de jeux vidéo, un souvenir concret des conflits du XXe siècle ne serait peut-être pas complètement démodé.

 

J-Valette-indo

 

Même si ceci est de peu d’utilité, j’ai recopié les noms gravés dans le hall du vieux collège. En voici la liste:

1914 - 1918
Arnoux Paul
Bailly André et Raymond
Balanger Auguste
Beaubois Clément
Bonhomme Marcel
Brunet Alexandre
Cabat Antoine
Champenier Jean
Coulhon Vital
Desbruères Gaëtan
Fontaine Jean
Fougère André
Frenois Paul
Fromentin Gaston
Girault Gabriel
Jacquin Jean
Jouannin Albert
Fossé Maxime
André Raymond
Tortrat Albert
Lairat Aristide
Manceau André
Minier Paul
Moniot Gustave
Morillon Louis
Nouhen Louis
Pasquet Alexandre
Pont Georges
Renaud Marcel
Rivière Charles
Roguet Maurice
Rhom Marcel
Sanvoisin André
Seron Marcel
Segrette Lucien
Taillandier Georges
Valentin Henri
Michard René
Yokel Maurice
Messet Léon
Verneuil Gaston

1939 - 1945
Bayet François
Boutillot Emile professeur
Bouet Marcel
Danjon Marcel
Giudicelli Jean professeur
de Laguérenne Jean
Langsam Paul
Halkins Maurice
May André
Plat Marcel
Rochex Lucien professeur

Walewyk Marcel
Weil Lucien
Strauss Colette

En Indochine
Tessiot Jean 1950
Fradet Raymond 1953

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 10:21

contrôle-chiens

 

L'an dernier, lors de la grande braderie estivale de la communauté Emmaüs de Saint-Amand, j'ai trouvé, parmi un lot de pièces étrangères, cette petite médaille témoin de règles de police urbaine disparues.
Il s'agit, comme le montre la photographie, d'une rondelle de cuivre de 27 mm de diamètre sur laquelle est frappée la légende: "contrôle des chiens / St Amand Mont-Rond" avec un numéro, 528, frappé manuellement. Le revers est vierge.
Je n'ai aucune information sur sa destination exacte, mais on peut supposer qu'à une époque, les propriétaires de chiens étaient contraints de déclarer leurs animaux en mairie ou au commissariat de police, et que chaque bête devait porter cette médaille au collier, sous peine d'être d'envoyée à la fourrière. J'ignore si cette formalité était gratuite ou payante.
Aujourd'hui, les transpondeurs électroniques ou le tatouage sont obligatoires pour identifier les propriétaires d'animaux en divagation. Ce sont toujours les services municipaux qui se déplacent pour les chiens trouvés dans l'agglomération saint-amandoise.

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 12:54

minnenwerfer-1

 

Sauf erreur de ma part, voici la dernière pièce d’artillerie de la Première guerre mondiale visible dans la haute et moyenne vallée du Cher que je vous présenterai.
Déposé au pied du monument aux Morts de Châteauneuf-sur-Cher, ce lance-fusées allemand fait probablement partie de ces canons que l’Etat a confiés à certaines communes françaises en souvenir du nombre anormalement élevé de tués parmi les mobilisés de leur secteur. Un coup d’œil sur les plaques de marbre donnant le nom des victimes castelneuviennes de la Grande guerre pourrait étayer cette hypothèse.

 

minnenwerfer-2

 

Ceux qui auront lu des récits de guerre auront peut-être souvenir du nom de Minenwerfer comme synonyme de cauchemar des soldats des tranchées, sur qui pleuvaient à la verticale les munitions crachées par ces engins de mort.
Celui de Châteauneuf est dans un excellent état de conservation, qui devrait ravir tous les amateurs qui s’intéressent aux aspects techniques du conflit. Difficile de ne pas songer que de son tube sont parties des fusées qui ont peut-être atteint des soldats dont les noms sont gravés dans le marbre, quelque part en France ou dans d’autres pays alliés.

 

minnenwerfer-3

 

 

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 09:09

poste-Ainay-1

 

Je sais qu’il existe des associations dont l’objectif est de recenser et protéger ces souvenirs fragiles de la Seconde Guerre Mondiale que sont  ces plaques murales à la mémoire d’un événement ou de personnes ayant marqué cette période.
Il existe, sur le mur de l’ancien bureau de poste d’Ainay-le-Vieil, une dédicace au souvenir d’un fonctionnaire des PTT, mort en déportation.
Cette plaque est peu connue et perd années après années sa lisibilité, ce qui n’attire pas le regard. Les lettres perdent leur or et si la croix de Lorraine est intacte, le ruban tricolore est si passé qu’on ne le distingue plus.
J’ignore qui fut le lieutenant Rondier, et sa place dans l’organigramme de la Résistance locale, mais son nom a compté pour ses compagnons, ses proches et tout ceux qui l’ont connu avant qu’il disparaisse en Allemagne. Cette plaque en est le juste témoignage, aussi suis-je toujours un peu amer de la voir peu à peu se fondre dans la grisaille des murs de la rue.
Si l’une ou l’un de mes lecteurs avait assez de relations pour suggérer à qui de droit un nettoyage et une restauration de l’inscription - redorer 83 signes ne doit pas exiger un budget pharaonique- il me semble qu’elle ou il ferait un geste juste en faveur de la protection d’un petit patrimoine insignifiant si l’on se contente de juste lui jeter un coup d’œil en passant, mais porteur d’une mémoire profonde qui risque de se perdre aussi vite que le nom du lieutenant Rondier pâlit sur sa plaque de marbre.

 

poste-Ainay

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 10:36

crapouillot-1

 

Beaucoup moins rares que les canons, comme ceux de Verneix et de Saint-Désiré, dans l’Allier, les crapouillots demeurent des petites pièces d’artillerie de tranchée intéressants à observer. Un exemple de ces mortiers de petit calibre se trouve exposé devant le monument aux Morts de la commune de Meillant, dans le Cher.
C’est en lisant les Carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, un des récits les plus complets et les plus justes sur le quotidien des fantassins français pendant la Première guerre mondiale que j’avais été intrigué par ce nom. Quelques pages d’encyclopédie plus tard, j’avais été surpris de reconnaître ces petits tubes presque verticaux qu’on trouve devant certains monuments du souvenir, peu impressionnants, mais très populaires auprès des troupes à cette époque.
Le crapouillot de Meillant est dans un bon état de conservation, mais j’ignore s’il est complet. On reconnaît sur la photo la butée servant à bloquer le mortier contre la paroi de l’abri pour neutraliser le recul. L’intérieur du tube n’est pas visible, bourré de gravier par les gamins du village.
Je ne sais pas non plus s’il y a une signification à la présence de cet engin à Meillant. A-t-il été amené là par simple soucis de rendre plus martial le pied du monument, comme les traditionnels obus qu’on voit un peu partout, ou a-t-ilsété déposé dans cette commune en regard du nombre de victimes par rapport à la population, comme ce fut le cas pour les canons allemands envoyés dans l’Allier?
Pour les lecteurs qui souhaiteraient s’informer plus en détail sur les crapouillots, le Musée de l’armée, à Paris, présente un exemplaire équipé de sa torpille, et propose en ligne un fichier gratuit téléchargeable qui fait le point sur ce sujet.

 

crapouillot-2

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 11:34

Bigny-1

L’observation que j’ai faite cette semaine m’aidera sans aucun doute à me méfier encore plus qu’avant des idées préconçues.
Pour moi, ayant approché quelques barrages sur le Cher, la digue de Bigny-Vallenay, qui a fait couler beaucoup d’encre dans la presse locale depuis quelques mois, devait être un ouvrage de plus dont la destruction programmée me laissait indifférent. Comme d’autres, je me l’étais imaginée en béton, si bien que je n’avais jamais encore pris la peine de suivre la route qui y mène jusqu’à ce qu’un ami archéologue m’invite à venir observer des techniques de prospection subaquatique. Ce que j’ai vu sur place m’a surpris et m’inspire des sentiments partagés.
La digue de Bigny est un ouvrage d’art ayant eu pour fonction d’alimenter en eau les forges du lieu. Elle retient les eaux du Cher pour les dévier dans un bief qui n’a plus aujourd’hui d’utilité économique. Ce bief rend toutefois quelques services aux éleveurs et aux riverains. Des directives européennes visant à rétablir la continuité des cours d’eau naturels pour les migrations de faune sauvage et, pourquoi pas, pour les sportifs qui circulent en canoë (j’ai été naguère de ceux-là), l’ont condamnée à être dynamitée, ce qui a provoqué un débat houleux et des recours auprès des tribunaux compétents.

 

Bigny-2

 

Objectivement, il y a de quoi se poser beaucoup de questions sur ce projet, avec de nombreux arguments contradictoires qui soulignent le caractère embarrassant du dossier.
Le barrage de Bigny est bien un obstacle majeur construit dans le lit du Cher. Aucun poisson migrateur, tel que le saumon, ne peut le franchir. Certains diront qu’il n’y a plus de saumons dans le Cher depuis belle lurette, mais ceci était aussi vrai pour les castors, qui font un retour remarqué sur nos berges.
Le bief n’est pas un cours d’eau naturel, ce qui est exact, mais il a certainement fixé, avec le temps, un biotope qui se moque bien que les sables sur lequel il prospère soient mouillés par un canal artificiel.
La retenue n’a plus d’intérêt en termes économiques pour l’industrie locale, mais rien n’empêche de penser que le bief pourrait un jour alimenter une micro-centrale hydro-électrique, bien préférable à ces horreurs d’éoliennes industrielles qui saccagent nos paysages.
La digue est, ce que je n’imaginais pas du tout, un bel ouvrage monté en pierres de taille et appartient indiscutablement au patrimoine industriel de la région. Hélas, et c’est tout aussi indiscutable quand on l’observe de près, elle est proche de la ruine. L’eau la traverse et la ronge au point qu’une grande crue comme celle de 1977 pourrait l’emporter. Je ne suis pas spécialiste dans ce domaine, mais je sais ce que coûtent des travaux pour remettre en état une vielle maison, et j’imagine les budgets pharaoniques qu’il faudrait pour remettre en état le barrage. L’historien que je suis comprendrait mal qu’on mette de l’argent dans un tel projet alors que tant de sites médiévaux manquent de moyens pour résister aux dommages des saisons.

 

Bigny-perte

 

En conclusion, je suis incapable de savoir dans quel sens faire pencher les plateaux de la balance. La Justice tranchera dans ce dossier. En attendant, il n’est peut-être pas inutile de se munir de bottes et d’un bon appareil-photo avec zoom (l’accès est proscrit, il faut respecter la Loi) pour venir récolter quelques images et, qui sait?, quelques souvenirs d’un lieu qui pourrait complètement changer d’aspect dans les mois à venir.

 

Bigny-digue

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 07:45

fosse-Champdeuil1

 

Profitant de cette lumineuse fin d’hiver où les bêtes ne sont pas encore revenues aux champs, je suis passé photographier deux vestiges dont la présence témoigne d’une probable ancienne exploitation agricole disparue depuis quelques décennies, située le long de l’ancien chemin qui menait de Saint-Amand-Montrond à Charenton-du-Cher, délaissé depuis longtemps au profit de la nouvelle route qu’ empreintent aujourd’hui les véhicules, et qui a en partie été effacé depuis le remembrement qui a affecté tout le secteur.
Le premier objet remarquable est une margelle de puits carrée avec une ouverture circulaire, à peine visible dans un buisson. Plusieurs autres, du même modèle, sont encore en place le long de l’ancien chemin. A chaque fois, elles se situent dans des hameaux ou dans des périphéries urbaines. L’existence d’une telle pierre en plein champ, au bord d’une mare servant d’abreuvoir pour les bovins, est incongrue à moins de la replacer près d’une petite locature dont les traces ne sont plus perceptibles sous l’herbe des prés.

 

puits-Champdeuil

 

La seconde trace d’occupation est plus nette mais aussi moins pertinente. Un bel abreuvoir pierré est visible à quelques dizaines de mètres du puits. Le fond est entièrement pourvu de pierres pour éviter que les animaux ne s’enfoncent et les bords sont montés avec un appareil similaire arrangé avec un soin certain. Si ce type d’aménagement ne trahit pas forcement la proximité d’un ancien habitat, il est un indice supplémentaire d’une possible exploitation agricole disparue du paysage.

 

fosse-Champdeuil2-

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 10:28

canon-Verneix1

 

C’est la lecture de ce formidable récit de guerre de Maurice Genevoix “Ceux de 14” qui m’a donné envie de retourner à Verneix, dans la haute vallée du Cher, revoir cet obusier allemand, un “77”, rival des “75” français, datant de la Guerre de 14, et déposé, presque en ruine, sur la place de l’église, près du monument aux morts. Ma première surprise fut de trouver une pièce d’artillerie en bien meilleur état que naguère, les roues et les bancs des artilleurs restaurés, repeinte, et protégée sous un abri avec une notice explicative relatant l’histoire de l’arme.

 

canon-Verneix2

 

A Verneix, on sait prendre soin du Patrimoine.
La seconde surprise, c’est le nombre des noms gravés dans le marbre pour une si petite commune: 57 hommes tombés au feu, soit une hécatombe de jeunes et de moins jeunes hommes, le temps du premier conflit mondial. Aucun nom de victime de la  Seconde guerre mondiale, ni des guerres de décolonisation, n’a été rajouté.
Il n’est pas dans mes habitudes de piller le travail de mes confrères, aussi, même s’il est anonyme, je remercie l’auteur de la notice de replacer le canon dans son contexte historique. La commune, particulièrement frappée, a reçu de l’état, en gage de reconnaissance de la nation, cet obusier allemand, trophée dérisoire d’un conflit absurde dans lequel la jeunesse de la terre où je vis a laissé son sang et sa chair, comme si quelques centaines de kilos d’acier et de bois pouvait faire oublier les larmes des épouses et des mères de ces pauvres gens.
Devant ce canon, on évoquera des valeurs de patriotisme, on fera un travail d’historien des armées ou la promotion du patrimoine local. Qu’il me soit permis de mettre sur le plateau le plus léger de la balance la valeur la plus lourde, celle de la vie de tous ces pauvres types balayés par l’acier adverse, quelle que soit leur nationalité, qui ne sont plus que des noms dans la pierre.
Que leur mort nous serve à préserver la Paix.

 

canon-St-Désiré

 

Un autre 77, en moins bon état mais tout aussi intéressant, est visible sur la place du Monument aux morts de la commune de Saint-Désiré, dans le département de l’Allier. J’avoue, au moment où j’ai pris cette photo, ne pas avoir songé à compter les noms sur  la stèle.

 

 

A arma alemã de Verneix

La pistola alemana de Verneix

La pistola tedesca di Verneix

The German gun of Verneix

Das deutsche Gewehr von Verneix

Niemiecki pistolet z Verneix

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 08:40

aqueduc-Tranchasse-1jpg

 

Cette semaine, mon ami Colum Boischaut*, dans son enquête du mardi, est revenu du château d’Ainay-le-Vieil le calepin vibrant de légendes relatives à des souterrains censés relier la forteresse et plusieurs sites médiévaux dont Meslon. Envisageant, depuis un certain temps de m’attaquer à ce thème, l’article du Berry républicain a précipité les choses. Voici quelques éléments de réflexion sur la question du Boischaut souterrain.

Le souterrain de Meslon
S’il existe un souterrain reliant Ainay à Meslon, le même reliait Meslon à Ainay. C’est sur ce principe de départ que j’ai, depuis que j’ai emménagé sur la rive du Cher opposée à Ainay, noté toutes les allusions à une galerie souterraine partant quelque part pour arriver, il faut bien l’avouer, on ne sait où.
Là, l’imagination de mes interlocuteurs a fait merveille. J’ai ainsi appris qu’un souterrain, dont on voyait distinctement la voûte, partait de ma cuisine. La confusion avec mon four à pain, effectivement voûté, est évidente. Une autre source m’a soutenu que de ma cour partait une galerie permettant d’aller se réfugier à Ainay en cas de coup dur, recoupant la légende connue à Ainay. En admettant, fait fort improbable, que les ingénieurs médiévaux aient eu les ressources pour creuser un tunnel sur plus d’un kilomètre - la même énergie aurait été tout aussi utilement dépensée à renforcer les murailles d’Ainay et de Meslon (qui n’appartenaient pas au même seigneur, soit dit en passant) - ils auraient réussi le tour de force d’imperméabiliser leur galerie pour passer la nappe phréatique du Cher. Il ne s’agit plus de faits, mais de fées...
Le souterrain s’envole, mais la légende reste. Des vestiges objectifs peuvent donner l’amorce d’une réponse concernant l’origine de cette histoire.

 

aqueduc-Tranchasse-2-

 

L’aqueduc et les souterrains-refuge

Pour de simples raisons géologiques, il est exclu qu’un souterrain parte de l’ancienne forteresse de Meslon. Toutefois, la présence d’une cavité quelque part n’est pas totalement à réfuter. Plusieurs descriptifs de la seigneurie de Meslon sous l’Ancien régime signalent la présence de vignes sur le coteau qui domine les bâtiments et il n’existe pas de cave enterrée sur place, l’eau de la nappe phréatique du ruisseau de Meslon se rencontrant à environ 4 mètres de profondeur du sol actuel. Y avait-il quelque part une cave creusée à flanc de coteau, dans le calcaire, et fermée par un mur pour y conserver le vin? On connaît un tel aménagement à la ferme de Pellevoisin, à quelque kilomètres. Pour l’instant, je n’ai rien observé d’anormal dans les environs.
L’aqueduc gallo-romain Meslon/Drevant est aussi un candidat sérieux à la genèse de la légende spéléologique. Longtemps crevé à plusieurs endroits et parfaitement visible au ras du sol, il peut avoir été le germe de bien des souvenirs imprécis.
Deux sites proches retiennent enfin l’attention: les souterrains-refuge de Changy (entre Coust et l’Etelon) et de La Celette (à l’ouest d’Ainay). Ces deux cavités artificielles - celle de La Celette était immense et fera bientôt l’objet d’un billet sur ce blog - étaient accessibles, ont été visitées par des gens d’ici, et sont très certainement la clé de tous les racontars qui circulent encore sur les entrailles mystérieuses de notre terroir.
Une légende souterraine de plus à enterrer, en somme...

 

* Colum Boischaut est un enquêteur légendaire du Berry républicain qui, tous les mardis, exhume une part oubliée du patrimoine ou de l'histoire du Saint-Amandois

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 08:47

Coix-Banse-1

 

C’est un très vieux et surtout très imprécis souvenir qui m’a amené un après-midi d’hiver devant la Croix Banse, autrement connue sous l’appellation de Croix du piqueur, dans les bois d’Arpheuilles-Le Pondy.
Mon espoir était de retrouver une pierre gravée, vue il y a au moins 40 ans, d’où le manque de fraîcheur de mon inspiration, évoquant le suicide d’un homme retrouvé pendu à l’emplacement de l’épitaphe. J’ai, en vain, et en vélo, cherché cette borne là où je croyais me souvenir de l’avoir vue. La Croix du piqueur, notée sur la carte IGN au 1:25000 de Charenton-du-Cher, semblait une bonne piste, qui s’est révélée, une fois sur place, fausse, mais tout aussi intéressante.
La Croix Banse est un petit monument de calcaire d’environ 1m50 de hauteur, couverte de lichens et d’algues, ce qui fait perdre tout contraste à ses photos, portant gravé sur ses deux faces le texte suivant:

“Banse tué le 13 août 1840 chasseurs priez pour lui”

 

Coix-Banse-2-

 

Sur une des faces de la croix se trouve le logement d’une petite plaque, aujourd’hui disparue.
Le hasard m’a mis en présence d’une lettre, conservée dans un fonds privé, qui propose une explication à la présence de ce vestige dans un secteur forestier isolé et aujourd’hui peu fréquenté. En voici la transcription:

“L’histoire véritable du piqueur est la suivante: les deux équipages de madame de Saint Aldegonde (fille du duc de Mortemart) et du prince d’Aremberg chassaient ensemble dans la forêt de Meillant. Les deux piqueurs étaient Banse pour madame de Ste. Aldegonde et Charleville pour le prince d’Aremberg. En fin de chasse, Banse fut tué. On raconta qu’un sanglier avait passé l’allée où étaient bordés les deux piqueurs, que Charleville avait tiré mais que la balle ayant ricoché, Banse était tombé. Mais personne dans le pays et dans les équipages ne crut à cette version et tout le monde demeura convaincu que Charleville avait assassiné Banse. La croix qui fut érigée porte encore le nom de Croix-Banse et tout le pays connaît le carrefour de la Croix.Banse. Il y eu longtemps une plaque commémorative portant le conseil de prudence suivant:

“Quand au bois, ventre auras
Et qui à balle chargeras
Devant, derrière tireras
Car de flanc ricocheras
Et ton compagnon tueras”

Ceci se passait en 1842.”

A part la divergence dans les dates, ce texte a le mérite de présenter le contexte de la mort du piqueur et surtout de restituer le monument dans son intégralité, la plaque, dont on voit encore les vis de fixation, étant manquante. Ce que le témoin ne rapporte pas par écrit, ce genre de chose étant immorale, c’est la raison pour laquelle tout le monde était persuadé que la mort du chasseur n’était pas accidentelle. Les mauvaises langues (ou les gens bien informés?) de l’époque rapportaient que la femme de Charleville n’aurait pas été insensible aux charmes de Banse. Le coup de fusil fatal aurait donc conclu une affaire de cocu.

 

Coix-Banse-3-

 

Si cette histoire vous a intéressé(e) et que vous disposez d’informations sur cette autre pierre cachée dans les bois d’Arpheuilles, pensez à me contacter!


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