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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 21:47

photo-prostituée

 

Il y a quelques mois, j’avais eu en main le registre d’entrée de la maison close “le Petit moulin rouge” de Saint-Amand-Montrond, et ainsi pu évoquer sur ce blog quelques destins humains de femmes venues y subir le sort des filles soumises comme dans des milliers d’autres lupanars de France.
Une lecture plus détaillée du registre prouve l’étroitesse des liens qui unissaient l’établissement saint-amandois à ses homologues de Montluçon. Ainsi, plusieurs adresses précises sont consignées par les fonctionnaires de police. Une visite sur place s’imposait pour aller à la découverte de ces cinq maisons.

30 Rue des Forges. Cet établissement est cité une fois et a été rasé depuis. A la place, aujourd’hui, se trouve un parking de résidence.

Route de Néris. Autre maison close, l’absence de numéro empêche toute localisation.

 

rue-de-la-Treille

 

La rue de la Treille. Largement la plus évoquée dans le registre, la rue de la Treille accueillait avant 1946 trois maisons différentes aux numéros 5, 7 et 10. Si le n°10 n’est plus lisible, les autres adresses donnent plus de résultats.
Le n°5 est occupé par une petite maison basse d’aspect peu engageant. Plus aucun signe extérieur ne distingue cet ancien lupanar des maisons mitoyennes.
Le n°7 est plus intéressant. Haute maison de trois étages dont un mansardé, elle semble être organisée autour d’un escalier central qui distribue des chambres devenues, à compter les boites aux lettres, des petits appartements. La porte, d’un style néo-classique, tranche avec l’aspect miteux des immeubles voisins. Le numéro est, comme la Loi l'exigeait, surdimentionné et figuré par une mosaïque de carreaux de couleurs sur le sol du trottoir. Ce détail est le dernier indice visible de l'ancienne fonction du bâtiment.

 

rue-de-la-Treille-n°7

 

Contrairement au Petit moulin rouge, bâti assez à l’écart du centre-ville, la rue de la Treille est à quelques pas du centre économique de Montluçon et du boulevard de Courtais, à à peine 10 minutes à pieds de la gare, par laquelle venaient et repartaient la majorité des pauvres femmes qui animaient ces lieux de plaisir.

 

rue-de-la-Treille-porte

 

 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 18:56

croix-n°1

 

Difficile, aujourd'hui, de savoir si cette ancienne tradition a encore quelque écho dans le souvenir des gens qui vivent aux portes de la Marche. Ces photographies, vieilles de plus de trente ans, gardent la trace d'une  tradition respectée à chaque enterrement.

Sur ces croix pourries ou broyées depuis longtemps, il était autrefois d'usage de clouer, à chaque fois qu'un enterrement passait devant elle, une petite croix façonnée dans un liteau de chêne ou de chataîgnier.

 

croix-St-Priest-n°1


Ces photos proviennent des alentours de Saint-Priest-la-Marche, dans le sud du département du Cher. Peut-être certaines de ces croix sont encore debout.

 

croix-St-Priest-n°2

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 10:42

Tertre3

 

Voici une curiosité que j’aimerais vous faire partager, juste pour rappeler le souvenir d’un artiste presque anonyme -on l’appelait l’Italien-, dont l’œuvre doit aujourd’hui avoir presque complètement disparu.

Tertre2

Cet artisan maçon vivait au bout d’un chemin de terre dans une maison qu’il avait lui-même construite, sur un plan tout simple, avec des terrasses, une galerie, une de ces constructions de misère qu’on regardait de loin avec méfiance tant l’endroit semblait toujours sur le point de s’écrouler. L’Italien avait une petite vigne, un immense figuier tué par le gel de l’hiver 84/85, et un talent inné pour la sculpture. On distinguait, vaguement, de la route, des pierres plus claires scellées dans les murs de parpaings gris.

Tertre1

 

Et puis un jour, comme son figuier, l’Italien est mort et la broussaille a envahi sa petite maison de misère, où on voyait encore pendre du linge pourri par la pluie. Comme tout les lieux à l’abandon, la maison a été vandalisée, mais les pierres plus claires étaient toujours là, alors j’ai décidé de faire quelque chose d’interdit. Chargé de mon vieil appareil chargé en diapositives, j’ai écrasé les ronces et pénétré dans le domaine étrange et dérisoire de cet immigré dont je n’ai jamais su le nom. Je n’ai touché à rien, juste photographié ces sculptures dont j’ai scanné les photographies.

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Je ne sais pas commenter les œuvres d’Art. Je vous livre juste, pour le coup d’œil, cette galerie de visions personnelles d’une culture et d’une foi tressées au long des routes et des messes.
Le petit palais du maçon ultramontain a été écrasé par les engins à chenilles venus creuser les terrassements du pavillon qui allait lui succéder.
Que sont devenues ces sculptures? Volées? Remblais de carrière? Récupérées par un héritier? En voici au moins quelques photos, juste pour le souvenir.

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 10:39

prostituées3

 

Ce sont des dizaines de petites photographies d’identité, collées à la gomme arabique sur un cahier. Case par case, nous découvrons des visages de femmes, toutes entre 20 et 45 ans, unies par un même et commun destin: prostituées au Petit moulin rouge, rue du Cheval Blanc, à Saint-Amand.

prostituées2

 

Ne me demandez pas comment ce registre est un beau jour arrivé à la rédaction du quotidien local le Berry républicain. Prêté par un collectionneur, sauvé d’une benne à papier où ont fini tant d’archives contemporaines, j’ai eu la chance de pouvoir le feuilleter entièrement et, plus que les informations sociologiques qui auraient du attirer mon regard d’historien, ce sont d’autres regards qui m’ont happé. Des regards joyeux, mutins parfois, indifférents, résignés, effondrés, ceux de filles, de femmes, venues vendre leur corps ou leur force de travail sous les ordres de mme Olga, dont la devise, afin que chacun puisse rentrer chez lui l’attitude, à défaut de la conscience, tranquille, était “ discrétion, sécurité”.

prostituées6

 

Elle arrivaient en train, pas grand chose dans leur petit bagage, jamais pour très longtemps, passant d’une maison close à l’autre. Le rituel était toujours le même, les regards ironiques des employés de la gare quand elles demandaient le chemin du commissariat, les coups d’œil à la dérobée des gens croisés sur le trottoir, l’ouverture du registre par le fonctionnaire de police, la déclinaison de l’identité, de l’âge, de l’état civil, l’avœu de la dernière adresse, presque toujours un bordel, la remise de la petite photo d’identité, commandée chez un photographe là-bas, il y a  longtemps, et dont on a tout un paquet dans une petite enveloppe, et puis à nouveau la rue, les regards et enfin les deux marches pour sonner à la porte et se présenter à la sous-maîtresse. Là, visite des salons et des chambres, l’odeur de tabac froid, le rendez-vous annoncé avec le médecin, un homme, chargé du suivi vénérien des pensionnaires, un coup d’œil bref sur les sanitaires. L’eau, tirée au puits, c’est le travail des femmes à tout faire, les vieilles, celles dont les clients ne veulent plus, et qui n’ont pas eu la chance de se trouver un mari parmi leurs anciens clients célibataires. Elles aussi ont dû laisser leurs papiers au commissariat, dans la chemise rangée dans le même tiroir que le registre.

protituées1

 

D’où venaient-elles? Fiche par fiche se dessine une géographie de la misère. Bretonnes, normandes, filles du Nord ou du Sud-Ouest, parisiennes -mais depuis combien de temps?- quelques unes venues de Marseille, de Bourgogne, de l’Est. On en croisait même qui avaient franchi la, ou les mers, pour venir en métropole. Corse, Afrique du Nord, même une Guadeloupéenne, qui, pour donner un peu d’exotisme aux fantasmes de ses habitués, se faisait surnommer Zouzou. Une allemande, au beau nom prussien, égarée en France après la crise, loin des bruits de bottes et des aigles sur les casques, amuse les hommes, surtout ceux qui ont fait la guerre, avec son accent. Un autre point commun entre elles: le train, ce train qui leur avait donné un moment l’illusion de fuir la misère des campagnes pour trouver un gentil mari dans une ville où, forcément, tout aurait été mieux. Puis les quelques sous au fond du mouchoir cousu dans le pli de la poche qui fondent dans des garnis miteux, des caboulots aux soupes claires et bientôt l’angoisse de n’avoir plus rien. La prostitution n’est pas la porte de sortie, juste un moyen de continuer un peu. Et puis il y a ces mal-mariées, ces femmes qui ne supportent plus les coups et les odeurs de vinasse et de linge sale, qui ont fui leurs maris, quand ce ne sont pas eux qui les ont mises au travail sur le trottoir. Certaines ont des enfants, confiés à une mère, à une cousine en campagne, dont elles ne parlent presque jamais, que seule une photo dans le porte-cartes et le petit mandat mensuel donnent le sentiment de rester leur mère.

prostituées4

 

Que sont-elles devenues? L’immense majorité dérive d’une maison close à l’autre, suivant des flux mystérieux sur lesquels le registre ne donne aucune information. Certaines prennent du grade, et perdent alors ce qu’un policier saint-amandois appelle leur “nom de guerre”, en devenant sous-maîtresses, pour ne pas dire contremaîtres. On les désigne par leur état-civil, leur surnom tombe dans l’oubli. D’autres abandonnent ce que le langage populaire appelait “le pain de fesses” pour servir de bonnes dans les maisons de tolérance. De filles soumises, elles deviennent bonnes à tout faire, pas sûr que ce destin soit plus enviable que le précédent.
La maladie est là, et ronge. Katie et Dolly, sans doute victimes du même mal qu’on disait “français”, à une époque, sous les ordres du docteur F., sont envoyées à l’hôpital pour y subir des “soins spéciaux”. La pénicilline fait des miracles et beaucoup ressortent guéries, jusqu’à la prochaine fois.
Certaines fuient leur condition par le haut. France X, dite Loulou, avait  22 ans quand, après être passée par les maisons de tolérance de Bourges, de Dun-sur-Auron puis de Saint-Amand, elle revint à Bourges comme doctoresse au dispensaire d’hygiène social (sic). Un destin à la Céline, qui écrit Mort à crédit à peu près au même moment.
D’autres terminent de façon sordide. Paulette, 32 ans, prostituée à Saint-Amand, passée sous-maîtresse à Nevers, succombe sous les quatre coups de revolver tirés par son amant, dit “Bébé”, dans le claque dans lequel elle officiait. Je laisse au lecteur le soin d’imaginer ce qui poussa cet homme -amoureux désespéré? proxénète à la petite semaine? fou homicide? à commettre l’irréparable.
Toutes ces tranches de destin sont là, poignantes pour qui veut bien y regarder sans esprit de gaudriole, dans ce petit cahier aux pages jaunies, biffées de rouge ou de bleu à chaque départ.
Merci au propriétaire du registre, qui, je l’espère, ne m’en voudra pas trop d’avoir ainsi pillé une partie de son trésor, et à Valérie Mazerolle, journaliste au Berry républicain, sans laquelle je n’aurais sans doute jamais eu l’opportunité de feuilleter cette archive, et dont les éclairages d’historienne contemporaniste ont été très utiles pour le médiéviste que je suis.

 

prostituées5

 

 

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 17:42

Urkay

Les hasards de la vie conduisent certains d’entre nous à faire des rencontres inespérées en terme de probabilités mathématiques. L’anecdote qui suit mérite d’être rapportée autant pour la petite tranche d’histoire locale dont elle éveille le souvenir que pour l’émouvant témoignage d’humanisme et de générosité qu’elle éclaire.
Qui sait comment la conversation avait glissée sur ce sujet? L’homme, un charcutier en retraite de Saint-Amand, évoquait cette partie de sa jeunesse avec beaucoup de sobriété. Il n’avait pas connu la Grande Guerre mais avait été parmi les premiers à partir en Allemagne occuper la Ruhr. Sa mission, avec ses camarades, était de garantir, les armes à la main, la bonne marche des usines du secteur dans lequel il était affecté, par des longues heures de sentinelle le long de terrils bourbeux et de voies ferrées interminables. C’est lors d’une patrouille nocturne que l’accident se produisit. Le chauffeur probablement fatigué ou pressé de rejoindre le casernement, mordit à pleine vitesse un fossé sur le bas-côté de la route, et le camion se renversa, éjectant dans la nuit tous les soldats calés à l’arrière. Notre saint-amandois eut la chance d’être projeté à travers une haie, qui amortit sa trajectoire, et il perdit immédiatement conscience. L’obscurité se referma sur sa douleur.
Il racontait la suite avec émotion:
“- Je me suis réveillé dans un grand lit, mais pas à l’ hôpital. A écouter les bruits, dehors, j’ai compris que j’étais dans une ferme. Quelqu’un m’avait déshabillé et m’avait posé des bandages sur mes blessures. Un homme est entré dans la pièce. Il s’est présenté dans un Français très hésitant. C’était lui qui m’avait trouvé, au matin, dans son champ, après que la dépanneuse militaire fut venue récupérer le véhicule de patrouille accidenté dans la nuit. L’ambulance était bien venue chercher mes copains, mais personne n’avait pensé à nous compter. Je suis resté là, inconscient, jusqu’au matin. Lui et sa femme m’ont trouvé, ont été chercher un tombereau pour me ramener jusqu’à leur ferme et, en attendant que quelqu’un aille prévenir la caserne, m’ont dispensé quelques soins.
Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander pourquoi ils avaient fait ça pour moi, un ennemi, après tant d’années de guerre et la défaite, et malgré le fait que l’armée française se comporte chez eux comme une force d’occupation. Il m’a expliqué qu’il n’avait rien contre les Français, car il avait gardé un bon souvenir de ses années de captivité en France. Il avait été fait prisonnier quelques part sur le front, et envoyé dans une grande forêt pour tailler des perches afin de confectionner des caillebotis pour assainir le sol de nos tranchées. Les bois coupés étaient rassemblés dans une petite gare, du nom d’Urkay (il prononçait “Ur-ka-i”) avant d’être chargés dans des wagons en partance pour les zones de combats. Il avait appris un peu de notre langue lors de sa détention.
Je lui ai fait répéter le nom de la gare. Urkay, près d’une grande forêt. Cela ressemblait au nom “Urçay”, assaisonné à la manière germanique. Patiemment, avec le peu de vocabulaire dont il disposait, mon protecteur entreprit de me donner quelques détails sur son camp de détention, qui achevèrent de dissiper mes doutes. L’homme avait bien été captif en forêt de Tronçais, à quelques kilomètres de ma ville natale. J’ignorai totalement que la forêt avait hébergé un camp de prisonniers avant 1918, j’étais trop jeune pour m’ intéresser à ça et les informations circulaient peu. Ayant été plutôt heureux et bien traité pendant son séjour forcé dans la région, il n’avait pas de rancœur particulière envers nos troupes. Il me dit aussi très simplement qu’il avait trouvé un homme blessé dans son champ, et que sa nationalité était un détail très secondaire.
L’ambulance est venue me chercher très vite pour me transférer dans un hôpital militaire. Quand on m’a renvoyé dans mon régiment, celui ci avait changé de secteur. Je n’ai jamais su le nom de mes sauveurs, ni celui de la ferme où ils travaillaient. Je n’ai pu leur dire qu’un seul mot, au moment ou les brancardiers m’ont glissé sur la civière: “Danke ”; merci, en allemand.”
Ces destins fugitivement croisés au gré de l’ existence sont d’une telle fragilité qu’un rien aurait suffit pour qu’ils tombent dans l’oubli. Il m’a semblé utile d’en conserver le souvenir autant pour illustrer une période méconnue de l’histoire de notre forêt que pour saluer tout l’attachement que cet ancien combattant et vaincu anonyme vouait à la valeur de la vie humaine.

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 21:19

loge-exterieur

En 1991, je fus invité par une association à aller découvrir un patrimoine unique et en péril: la probable dernière loge de sabotier du massif forestier de Saint-Plaisir, dans l’Allier. Même si sa situation dépasse largement l’aire géographique couverte en temps ordinaire par ce blog, il me semble utile de publier ici les ultimes traces d’une petite architecture populaire qui appartient désormais au passé.
Avant la loge même,  c’est le souvenir de son propriétaire qui revient en premier. Un pauvre et vieil homme vivant dans une petite locature en lisière de forêt. Cette maison, c’était celle de son père, avec lequel il ne s’était jamais entendu, raison pour la quelle il avait fuit jeune la région pour aller tenter faire sa vie à Rochefort, sur la côte charentaise. Et puis un jour une lettre était arrivée, l’informant de la mort de son père, et que la maison l’attendait, en héritage. Il revint pour ne plus jamais repartir, sombrant dans une triste misère, de celles qui se cachent et qui ne se plaignent jamais. A coté de la maison se trouvait l’ancien atelier de son père, sabotier de son état. Longtemps après sa mort, le minuscule bâtiment était encore là, inattendu témoignage de la vie de ces populations forestières et riche d’une multitude d’enseignements sur leur mode de vie.
Nous tentâmes de convaincre le vieil homme de vendre la cabane. Nous allâmes jusqu’à lui proposer de la démonter complètement, pour en effacer le souvenir. Peine perdue. La loge était tellement attachée au souvenir de ce père haï qu’il préférait encore la voir s’effondrer sur place, ce qui se produisit dans l’année qui suivit notre intervention.

La particularité de cet atelier de sabotier est d’avoir été construit selon une méthode rarissime: le bois empilé. Proche de certaines techniques canadiennes, scandinaves ou slaves, cette méthode employait des troncs d’arbres creusés à leurs extrémités pour accueillir l’étage suivant, et empilés jusqu’à la hauteur désirée. Quelques très rares traces de cette pratique avaient pu être relevées dans le massif de Tronçais, autour du village d’Isle-et-Bardais. En fait, dans le cas étudié, seuls trois pans de la maison étaient en bois, le dernier pignon étant un mur maçonné sur lequel s’appuyait une minuscule cheminée destinée à chauffer l’ensemble avec les chutes de bois produites par la taille des sabots. Dans ce minuscule atelier d’environ cinq mètres carrés se tenaient l’établi et l’outillage du sabotier, presque entièrement pillé bien avant notre visite.

loge-interieur

La couverture de l’ensemble était assurée par des tuiles de bois de taille irrégulière, taillées dans des souches de chênes abattus, et fixées aux lattes de la toiture par des chevilles permettant de retourner la tuile au bout d’un certain temps d’utilisation, par soucis d’économie.

loge-tuiles

L’isolation était assurée par du torchis jointoyant le contact entre les poutres. A part les pentures de la porte, achetées en quincaillerie, tout dans cette loge était indigène, ce qui en faisait un témoignage exceptionnel d’un passé qui ne laisse souvent aucune trace iconographique ou littéraire.

loge-mur-torchis

Le vieil homme est mort, une tempête est passée. Nous sommes retournés sur place plus d’un an après qu’il nous ait signifié son refus de voir la cabane de son père survivre à son souvenir. La maison était fermée, les cendres d’un feu montraient que ses derniers souvenirs avaient été consumés. La loge était effondrée, sans espoir d’en sauvegarder quoique ce soit.
Il reste ces quelques diapositives. Peut-être pourront-elles être utiles aux amateurs de traditions populaires? C’est un pan de notre patrimoine et de notre passé qui a glissé vers l’oubli.

 

loge-fin

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 10:53

cimetiere-Ainay1

Il serait exagéré de dire que je suis passé là des centaines de fois mais c’est pourtant bien la rue d’Ainay-le-Château que j’emprunte le plus quand mes affaires me conduisent dans cette petite ville et ce n’est que cet été qu’elles ont attiré mon attention, complètement par hasard.
Elles, ce sont cette multitude de petites croix blanches plantées dans le sable ocre du cimetière d’Ainay. J’ai tout de suite associé ce que je venais de découvrir à un cimetière militaire -même rigueur dans l’ordonnancement des sépultures- avant de comprendre qui étaient les malheureux inhumés à part des autres tombes. Je venais tout simplement d’entrer pour la première fois dans le carré réservé aux pensionnaires de la colonie psychiatrique d’Ainay-le-Château.
Ici, on les appelle les bredins -prononcez beurdin- et ils font depuis des dizaines d’années partie du paysage local. On les voyait beaucoup naguère déambuler le dimanche le long des routes du nord de la forêt de Tronçais. Simples d’esprit inoffensifs, ils sont logés dans des familles d’accueil dans les villages et les fermes des alentours. La plupart de ces hommes viennent, je crois, de région parisienne. Je ne m’étais jamais posé la question de savoir ce qu’ils devenaient après leur mort. On en voit des jeunes, des plus âgés, mais après?

cimetiere-Ainay2

C’est dans le cimetière d’Ainay que j’ai trouvé la réponse. Ils sont là, sous des petites croix de béton, leur nom et leur date de décès gravés sur une plaquette de plastique et il n’y a pour grande majorité rien d’autre. Pas une fleur, pas une plaque, pas l’ombre de ce qui pourrait donner l’impression que quelqu’un pense encore à eux, à part la direction de l’hôpital.
Vous me direz que les cimetières sont pleins de tombes à l’abandon mais c’est bien souvent le temps qui passe qui distend les liens avec les gens qui ont disparu alors que là, on a l’impression que ces malheureux étaient déjà oubliés avant de mourir, et que leur enterrement s’est limité à un acte administratif. Dans un monde où le sommet de la gloire individuelle est de collectionner les amis sur Facebook ou de toiser les gens du haut d’un véhicule tout terrain aux vitres fumées, on croise aussi des vies toutes simples, presque transparentes, qui ne laisseront de traces que dans un registre, dans le souvenir d’une famille d’accueil de campagne ou d’un personnel de santé.
Aucune tombe n’a plus de vingt-cinq ans. Au bout d’un quart de siècle, il faut bien laisser la place au suivant.

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 19:40

Ainay-canal1

Voici la photographie d’une intéressante initiative permettant d’entretenir à peu de frais le cours de l’ancien canal dit “de” ou “du” Berry dans sa traversée de la commune d’Ainay-le-Vieil, dans le Cher.
Le canal, déclassé dans les années 50 et vendu par parcelles au plus offrant, a connu des fortunes diverses. De Drevant à Urçay, son abandon complet s’est traduit par la fermeture des écluses, son assèchement et même son nivellement dans le secteur de La Perche. Envahi par la végétation, l’ouvrage est devenu méconnaissable. Seul l’ancien chemin de halage permettait encore d’en suivre le tracé.
Depuis quelques années, un regain d’intérêt pour cette ancienne voie de communication a encouragé les municipalités riveraines - Drevant, Colombiers et Ainay- à entretenir non seulement les chemins mais aussi le lit du canal. Sur le parcours allant du pont-canal de la Tranchasse à Drevant, ce sont des broyeurs qui tiennent propre le tracé de ce beau vestige de la première Révolution industrielle.
A Ainay, c’est un choix plus pratique et tout aussi efficace qui a été fait: la municipalité vend l’herbe qui pousse dans le canal à un cultivateur qui y fait du foin. Une coupe annuelle permet d’éviter la prolifération d’espèces ligneuses dont les racines percent la chape d’argile qui servait naguère à l’étanchéité de la voie d’eau. C’est ainsi qu’on a pu voir dans la partie la plus sèche du parcours une longue théorie de balles rondes d’un foin qui semble de bonne qualité.
Dans l’autre section, celle qui va d’Ainay à la Perche, le canal hélas reste à l’abandon. Une forte humidité résiduelle entretient une végétation de marécage incompatible avec une valorisation à des fins agricoles.
D’Ainay-le-Vieil à Saint-Amand, il n’est pas rare de voir des cyclistes, joggeurs ou simples promeneurs qui prouvent l’intérêt qu’il y a pour le public à maintenir le chemin de halage en bon état.

Ainay-canal2section non entretenue du canal

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 17:46

abattoir1
Voici un petit bâtiment qu’on remarque à peine sur le bord de la départementale qui conduit du village d’Ainay-le-Vieil au bourg de La Perche, mais qui a eu une certaine importance pour l’économie locale avant son abandon à une date qu’il ne m’a pas été pour l’instant possible de préciser.

Comme de nombreux villages, Ainay avait autrefois son propre abattoir, avant que l’exode rural, la multiplication du nombre des automobiles et l’arrivée des supermarchés en ville, n’asphyxient les petits commerces de proximité. Dans les années soixante, en plus de sa boucherie, Ainay disposait de plusieurs cafés, d’un hôtel, d’une épicerie, de plusieurs forgerons-maréchaux-ferrands, d’une boulangerie, d’une poste, d’une gare, et d’un curé. Les derniers commerces, bien après que la gare ait été fermée, le curé remercié, et les forgerons partis en retraite, ont fermé les uns après les autres. La boucherie-charcuterie, dont les normes sanitaires auraient plongé dans l’ hébétude plus d’un fonctionnaire européen, mais dont le boudin était suffisamment réputé pour que des gens de Saint-Amand (à environ 10 kms) fassent le détour exprès pour en acheter quelques dizaines de centimètres, a été un des premiers commerces à mettre la clé sous la porte. Avec elle fermait l’abattoir, avec sa pièce de découpe et sa petite étable prévue pour trois bêtes seulement, bâti près d’un ruisseau pour l’écoulement du sang et des déchets organiques. Un établissement identique et tout aussi anonyme est encore visible à Orval, près de Saint-Amand-Montrond, entre la route de Lignières et le Cher. Je suppose, sans avoir vraiment creusé la question, qu’il en existait de semblables dans toutes les bourgades dotées de commerces de proximité.

Les derniers à plier bagage ont été l’épicier, qui vendait encore en 1978 des cartes postales du canal fermé dans les années cinquante, l’hôtel restaurant, qui faisait aussi bar, et le boulanger, vaincu par le manque de clientèle.

Ne restent plus ouvertes que l’agence postale, qui succombera le jour où les actionnaires de la future SARL la Poste-point-quelque chose auront décidé de préférer leurs dividendes à la vente de timbres et de recommandés en secteur rural, et la boutique de cartes postales à l’entrée du château.
abattoir2 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 09:54



Devant l’état désastreux des toitures au moment de l’achat de la maison, il s’est imposé comme une nécessité d’intervenir au plus vite pour au moins boucher les trous les plus menaçants pour la sauvegarde du plus vieux bâtiment de l’ensemble.

Une autre priorité, nous semblait-il, était de retrouver un état aussi homogène et neutre que possible conforme aux traditions régionales en remplaçant toutes les verrues modernes faites de tuiles industrielles par des petites tuiles de pays. Il est inutile ici de décrire les étapes de cette réfection enfin achevée.

La tentation était forte de compléter la restauration de ces grands toits par l’ajout d’épis de faîtage, bien que la maison n’en ait jamais compté un seul. A notre arrivée, le poinçon du toit était protégé par une simple mitre de zinc qui à défaut d’être esthétique avait au moins un pouvoir couvrant satisfaisant. Cette mitre fut remplacée par un pot à eau en terre des Archers, sans aucune valeur de collection après avoir perdu une de ses anses, que je retaillai à la meuleuse pour l’adapter au poinçon de chêne. Cette potiche servit maintes fois de perchoir aux oiseaux des environs, ce qui permit d’évaluer la taille d’un futur épis de faîtage et la commande fut passée auprès de Gilbert Delmotte, potier au hameau des Archers, seul artiste local capable grâce à son expérience en la matière de réaliser une pièce plus grande que la taille moyenne des épis traditionnels. Gilbert s’acquitta de la tâche avec sa maîtrise habituelle et tourna un bel épis à un coq et quatre poules symétriques, le coq et une poule étant destinés à être placés dans l’alignement de l’arrête du toit et ainsi orientés à l’ouest.

Pour ne pas surcharger la perspective générale, nous prîmes la décision de compléter cet ajout par un second épis de forme plus simple à l’opposé du toit. Afin de respecter une ancienne coutume, est placé dans le corps de l’épis principal une petite boite hermétique dans laquelle, sur un petit morceau de Canson, sont notés à l’encre de Chine la date de pose et les noms du potier, du couvreur et du commanditaire.

Je profite de ces lignes pour signaler l’existence d’un épis de faîtage, authentique celui-là, sur un toit du village d’Urçay, à quatre ou cinq kilomètres de Meslon, qui est à ma connaissance un des plus éloignés des lieux de production du siècle dernier.

 

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Dans l'objectif de partager avec le grand public une partie du contenu de mes recherches, je propose des animations autour du Moyen-âge et de l'Antiquité sous forme de conférences d'environ 1h30. Ces interventions s'adressent à des auditeurs curieux de l'histoire de leur région et sont accessibles sans formation universitaire ou savante préalable.
Fidèle aux principes de la laïcité, j'ai été accueilli par des associations, comités des fêtes et d'entreprise, mairies, pour des conférences publiques ou privées sur des sujets tels que:
- médecine, saints guérisseurs et miracles au Moyen-âge,
- l'Ordre cistercien en Berry;
- les ordres religieux en Berry au Moyen-âge.;
- la femme en Berry au M.A.;
- politique et féodalité en Berry;
- le fait religieux en Berry de la conquête romaine au paleo-christianisme;
- maisons-closes et prostitution en Berry avant 1946 (conférence déconseillée à un public mineur).
Renseignements, conditions et tarifs sur demande à l'adresse:
Berrymedieval#yahoo.fr (#=@ / pour limiter les spams)
Merci de diffuser cette information à vos contacts!

Archives

NON aux éoliennes géantes


Non aux projets d'implantation d'éoliennes industrielles en Berry du Sud!
Investissons dans des micro-centrales hydroélectriques sur les cours d'eau de la région.

Berry Médiéval

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Mon blog principal, consacré à l'histoire et au patrimoine du Berry et du Bourbonnais au Moyen-âge.

Les ânes de Meslon


Meslon est, en plus de son aspect historique et patrimonial, un lieu d'élevage d'ânes Grand Noir du Berry, qui portent ce toponyme comme affixe. Vous pouvez les retrouver sur le lien suivant: 
les ânes de Meslon

Histoire et cartes postales

paysan-ruthène

 

Mon nouveau blog, orienté sur le partage de photos et cartes postales anciennes pouvant être utiles à l'historien. Des photographies récentes illustrent des évènements contemporains.

A consulter sur le lien suivant:

Cartes postales et photographies pour l'Histoire