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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 09:47

alambic1

 

Il y a quelques semaines, j'ai pu enfin réaliser un projet que je nourrissais depuis plusieurs années, mais qui buttait toujours sur des obstacles de calendrier: photographier un des derniers alambics en activité dans nos régions.
Le bouilleur de cru, m. Jean-Pierre Purseigle, m'a laissé sans aucun problème faire le tour de son matériel. Hélas, la saison des fruits ayant été mauvaise en 2012, il repliait prématurément son atelier quand je suis passé le voir. L'alambic était froid et en cours de démontage mais j'avais pu le voir fonctionner il y a deux ou trois ans, lorsque j'avais dépanné une de mes connaissances qui avait fait brûler quelques litres d'eau-de-vie mais qui n'avais pu se libérer à temps pour venir chercher le fruit de sa récolte. J'avais donc, un peu par hasard, assisté à toute l'opération de distillation, ce qui m'avait convaincu de revenir pour m'attarder un peu plus longtemps sur le sujet.
Je le reconnais, j'avais envisagé l'opération avec pas mal de préjugés, et mon foie et moi nous attendions au pire. En fait, l'alambic est un lieu d'une sobriété de tabor marocain et on n'a même pas proposé un verre d'eau. J'imaginais y rencontrer des profils d'acteurs castelroussins réfugiés éthyliques dans le paradis démocratique d'outre-Oural, rien de tout ça en fait, juste pas mal de gens venu faire distiller le surplus de fruits de leurs jardins. La "goutte", comme disent les Berrichons, sert en partie pour la cuisine, en partie de monnaie d'échange contre des services pour lesquels on n'oserait pas proposer d'argent, pour ne pas vexer. Les puritains feront remarquer que l'alcool finit quand même en grande majorité par être bu. Les quantités sorties du serpentin de cuivre sont bien plus faibles que ce qu'un supermarché de campagne vend pour les beuveries du samedi soir.
J'ai senti chez l'artisan et chez ses clients beaucoup de lassitude face aux attaques continuelles menées par les ligues de vertu et les lobbies pinardiers pour faire disparaître les bouilleurs de cru. Sans doute excités par des réminiscences d'un passé où l'alcool était un poison pour les familles ou par la perspective d'avoir le monopole absolu de la vente de produits à 40°, des censeurs font peser des contraintes toujours plus lourdes sur la profession, mal connue du grand public. Beaucoup de distillateurs ont déserté les campagnes et Jean-Pierre Purseigle n'est pas optimiste pour son propre avenir. Son matériel est loin d'être neuf, ses revenus dépendent des gelées de printemps, qui peuvent anéantir les fleurs sur les arbres et son entreprise de travaux agricoles fait peu de bénéfices sur la seule activité de brûleur de fruit.

 

alambic2

 

Je n'irai pas jusqu'à conseiller à mes lecteurs de ramasser des prunes ou des poires l'automne prochain en solidarité pour les bouilleurs de cru de leur région, mais il est certain qu'il convient d'être vigilants pour que ce vieux métier ne finissent pas dans la rubrique "souvenirs du temps jadis" des musées de campagne et des albums de cartes postales anciennes.

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Published by olivier Trotignon - dans actualité
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commentaires

JB Luron 20/01/2013 19:36

Notre ami Sirius a raison de ^réciser à propos de la date que j'ai signalée dans mon précédent commentaire : 1960 correspond à la guerre d'Algérie et pour les anciens combattants de cette guerre,
il y a eu prorogayion de cette date.

Concernant les prix des prestations, celui que vous annoncez est du fait du distillateur. Un prix qui ne tient pas compte de la taxe sur les alcools de l'ordre de 12 € d'alcool pur. Lorsque vous
achetez votre alcool au supermarché, qu'il soit dretal ou non, vous payez et la prestation et la taxe, d'où la différence de prix évoquée.

JB Luron 20/01/2013 10:31

Permettez-moi de préciser quelques éléments : Par chez nous, dans le travail des "lambicains", il y a deux parties : l'alcool vinique et la distillation pour la consommation familiale (le privilège
de bouilleur de cru).

Pour la première partie, il s'agit d'un impôt en nature que le producteur doit fournir à l'état en fonction de sa récolte. En Sancerrois, c'est un entrepreneur de travaux publics qui a organisé
cela de façon rationnelle - je n'ose dire industrielle - et a raflé la quasi totalité du marché.

Pour le privilège, il s'agit d'une exemption des droits su une quantité limitée (la valeur de dix litres d'alcool pur) qui ne peut qu'être consommée mais pas vendue. Ce privilège a été aboli en
1960. Seuls ceux qui en avait déjà bénéficié ou leurs conjoints pouvaient continuer. Ce qui fait que, aujourd'hui, il ne reste que des personnes de plus de 80 ans et le plus souvent des veuves. Ce
qui a permis à certains responsables des droits indirects de remarquer que les veuves avaient un taux d'alcoolisation assez impressionnant. Ce droit n'étant pas transmissible, dans les faits, ce
sont les proches qui font la distillation au nom de ces femmes. Quant à la consommation...

Ce que ne vous pas dit votre distillateur, c'est qu'il est toujours possible pour n'importe qui de faire distiller des fruits... mais en payant les mêmes droits que vous payez en achetant votre
alcool auprès d'un professionnel.

olivier Trotignon 20/01/2013 16:49



Il me semble que le prix au litre tournait il y a deux ans autour de 6 €, ce qui reste beaucoup plus faible que pour les plus ignobles pousse-au-meurtre vendus en supermarché.



sirius 20/01/2013 10:20

Après le whisky "pur malt", voici donc la goutte "pur seigle"! Reconnaissez qu'elle était facile et tentante! En tous cas, c'est peut-être à Coust qu'ont été distillées les dizaines de kilos de
prunes qui m'ont été volées en Septembre dernier à Veaugues... "Ce sont toujours des personnes âgées qui font ça, m'ont dit les gendarmes". Il y a eu un alambic à Veaugues jusqu'à il n'y a pas si
longtemps que ça.

Ce qui les a fait disparaître serait aussi la fin des "privilèges", c'est-à-dire des exemptions de taxes accordées à certaines catégories de personnes, comme les anciens combattants.

olivier Trotignon 20/01/2013 16:52



Excellent! Et désolé pour votre récolte; ici, c'est le cresson qui disparaît et là, je confirme: les voleurs ne sont pas des jeunes.



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