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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 07:59

Drevant-face

Ayant constaté que depuis plusieurs semaines des recherches fréquentes portant sur l'ancien prieuré de Drevant avaient été enregistrées par le compteur de recherches de mon blog principal Berry médiéval, il m'a paru intéressant d'assembler quelques souvenirs personnels de la campagne de fouilles qui permit, en 1974/75, de mettre au jour un certain nombre de vestiges autour de cet édifice roman.
L'origine du prieuré de Drevant remonte au milieu du XIe siècle. Les seigneurs de Charenton, qui dominent les vallées de la Marmande et du Cher, cherchent un lieu pour fonder leur nécropole familiale. Drevant, vieille cité sacrée datant du peuple biturige, a été convertie en lieu de baptême par le clergé dès les premiers temps de la Chrétienté. A l'arrivée des chevaliers de Charenton, ce village les attire tant sur le plan matériel que spirituel: l'amphithéâtre gallo-romain et les ruines alentours fournissent des perspectives de constructions et d'aménagement futurs, et le caractère très religieux de l'endroit semble plus propice qu'ailleurs à la fondation d'une cellule monastique. Deux chantiers majeurs et complémentaires sont ouverts: l'amphithéâtre est converti en forteresse et on élève un prieuré de l'abbaye limousine du Moûtier-d'Ahun sur les ruines d'un ancien bâtiment antique.
Dans les années soixante-dix, l'ensemble a piètre figure. Le prieuré est livré à l'abandon. Une grange lui a été accolée à sa gauche. Le sol de l'ancienne prieurale est en terre battue. L'eau de ravinement lors des fortes pluies d'orage pénètre à l'intérieur et disparaît dans un entonnoir qui reste inexploré à ce jour (peut-être un ancien égout gallo-romain ou une canalisation d'adduction d'eau). La façade a souffert. Un des modillons a été arraché et scellé dans une maçonnerie. On le retrouve lors de la réfection du bâtiment. Un couple décide de se lancer dans l'achat et la restauration de ce qui reste du prieuré de Drevant, avec comme objectif d'en faire une maison d'habitation. La grange est abattue, libérant l'espace pour un futur jardin. L'intérieur est rénové, des ouvertures sont percées pour éclairer l'ancienne chapelle presque aveugle, des canalisations sont prévues pour rendre les lieux habitables et là commencent les premières surprises. Toute une nécropole médiévale est mise à jour et fouillée par l'équipe du professeur Gourverst, alors conservateur du musée de Châteaumeillant. Des sarcophages de calcaire et quelques tombes en pleine terre sont retrouvés dans l'alignement est-ouest du prieuré. Une sépulture se démarque du reste: la dalle funéraire est ornée d'une grande croix pattée et sur sa partie inférieur gît une stèle funéraire romaine, représentant un personnage barbu, effigie symbolisant peut-être le gisant. Une autre dalle ornée de motifs, brisée, est retrouvée. On peut la voir scellée dans le mur nord de l'édifice.

Drevant-dalle
Une autre sépulture intrigue. Devant la multitude de petits objets métalliques -principalement des monnaies romaines- dispersées sur son terrain par les travaux de déblaiement, le propriétaire se procure un détecteur de métaux et entreprend de sonder son terrain. Son appareil lui indique la présence d'une masse de métal à l'intérieur de la chapelle. Un sondage personnel révèle la présence d'un sarcophage dans le sol de celle-ci. Découragé par la perspective de fragiliser les fondations de sa maison, le propriétaire renonce alors à décaisser autour du sarcophage pour en explorer son contenu. Aucun autre sondage n'est effectué pour savoir s'il existait d'autres sépultures, mais il est probable que nous ayons perdu là et pour très longtemps la chance de fouiller la sépulture du fondateur du prieuré ou d'un de ses prieurs. Le sol est aujourd'hui recouvert d'un dallage d'habitation.
Sous le niveau sépulcral médiéval se trouvaient quelques vestiges d'habitation gallo-romaine dont une cave en partie ornée de fresques. Beaucoup de petites monnaies y furent trouvées, de même qu'une lame de hache polie néolithique, objet talismanique ou tout simplement prévu pour servir de briquet, la surface polie de l'objet le rendant plus confortable pour la main qu'un bout de silex brut.
Devant le prieuré et l'église Saint-Julien de Drevant se trouvait de plus l'ancien cimetière du village, matérialisé aujourd'hui par la grande place de l'église. Beaucoup de sépultures de la fin du Moyen-âge s'y  trouvaient et certaines furent fouillées par une équipe du musée Saint-Vic de Saint-Amand.
Un vestige antique assez rare fut relevé juste devant le prieuré. Muni d'un authentique détecteur de mines de l'armée américaine -incapable de saisir une monnaie ou un bijou dans le sol mais calibré pour des grosses masses de métal- un prospecteur non officiel découvrit une canalisation de plomb gallo-romaine au ras de la façade de l'édifice. Le tuyau et la maçonnerie qui l'entourait purent être découpés sans dommage et déposés. Ce bloc est aujourd'hui exposé dans la salle antique du musée de Saint-Amand-Montrond. On signalera aussi, mais cette fois ci trouvée dans des conditions de recherche tout à fait orthodoxes, une petite matrice de sceau de la fin du Moyen-âge en bronze, exposée elle aussi au musée de Saint-Amand.
Il ne m'appartient pas de me substituer aux différents chefs de fouilles qui se succédèrent sur le site au cours de ces quelques années d'exploration du sous-sol. Leurs travaux ont donné lieu à des publications. Par contre, mes propres recherches sur la période médiévale m'ont permis de reconsidérer l'histoire du prieuré de Drevant dans une perspective plus large, et d'aboutir à des conclusions que la génération précédente d'archéologues n'avait pas entrevues.
Le prieuré de Drevant n'a jamais été un lieu mystérieux, ésotérique ou dissimulateur d'une quelconque crypte à secret. C'est un prieuré monastique parmi des dizaines d'autres, appartenant à une abbaye bénédictine éloignée d'une centaine de kilomètres. Son originalité provient du choix des seigneurs de Charenton d'en faire leur lieu d'inhumation principal à l'ombre de leur donjon élevé dans les ruines de l'amphithéâtre, jusqu'à ce que l'un d'eux prenne l'initiative d'aider les Cisterciens à s'implanter à Noirlac. Vers 1150, Drevant est délaissé par les Charenton et leurs proches qui préfèrent dès lors se faire enterrer dans l'abbatiale et le cimetière des moines blancs.
Le prieuré de Drevant retrouve sa fonction ordinaire. Un prieur, et quelques frères, s'y occupent à ordonner les cérémonies quotidiennes et à gérer les biens temporels que les moines du Moûtier d'Ahun possèdent autour de Drevant. Le cimetière continue à accueillir les dépouilles des religieux et des paroissiens. A la Révolution, les biens sont saisis et vendus et le prieuré échappe à la ruine, la solidité de ses murs en faisant une étable sûre pour le bétail. Le XXe siècle lui a rendu sa dignité primitive, à défaut de sa fonction, et je recommande tout particulièrement un arrêt devant sa façade, classée Monuments Historiques, dernier beau vestige médiéval du village de Drevant.

Drevant-detail


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Published by olivier Trotignon - dans moyen-âge
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commentaires

sirius 02/09/2010 08:03


En plus de m'apporter quelques intéressantes explications, votre article m'a donné l'occasion de me replonger dans les photos que j'avais faites sur le site il y a tout juste un an.

Au-dessus des trois baies de la façade, il y a une corniche soutenue par de superbes modillons sculptés; était-elle le support d'un élément architectural disparu?


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